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Mon intervention sur un tabou médiatique : l’analyse de la politique antisectes

Voici le résumé de ma contribution à la Conférence de Dijon du vendredi 29 avril 2016 sur le thème « Lutte antisectes : bilan et perspectives ». L’événement, qui a rassemblé plus de 70 personnes, était organisé par CAP LC et Débredinoire.

Dijon CAP DEB

Thierry Delval, membre de Cap LC (au micro), Thierry Bécourt, président de Cap LC, et JL ML. Photo : Cap LC.

Avant d’entamer mon propos, je me suis présenté ainsi :

- Je suis « journalistologue », une nouvelle spécialité, dont je suis le fondateur, s’intéressant à l’introduction de la « pensée » dans le traitement des informations d'actualité. J’agis pour une épistémologie du travail journalistique et notamment, tout prioritairement, pour une connaissance, par l’informateur, de ses propres présupposés, préjugés et partis pris automatiques[1].

- Je défends les victimes des dérives de la lutte antisecte. Je ne suis pas opposé à – je reconnais même la nécessité de – traquer et dénoncer les manipulations des groupes et des personnes disposant d’une quelconque autorité et abusant de la faiblesse ou de la crédulité des autres. Mais alors, que cela soit fait partout – et non seulement dans les mouvements spirituels ou les médecines douces ! Car cette traque centrée contre les mouvements injustement baptisés par le gouvernement « sectes » ou « à risque sectaire » est source d’innombrables souffrances et injustices qui n'émeuvent personne, pas même les défenseurs des droits de l'homme...

Des médias partiaux et fuyant le débat

Les médias ne transmettent que les informations qui paraissent confirmer le « danger des sectes ». Partant de faits parfois réels, ils ne présentent que l’aspect négatif des choses, taisant toute information inverse, ne donnant la parole qu’aux accusateurs.

Un exemple flagrant de cette partialité : l’émission « L’emprise mentale : quand les thérapeutes dérapent » sur France 5 le 19 avril 2016. Tous les acteurs et tous les invités au débat qui a suivi étaient à charge, la commentatrice du reportage puis la journaliste du débat n’apportant aucune contradiction, bien au contraire. La peur et l’émotion (familles éplorées en gros plan) ont servi d’arguments plutôt que la réflexion et la recherche de compréhension.

Inversement, quand la scientologie gagne un procès en France contre l’Etat et l’Unadfi, c’est le silence total. Ou quand elle est blanchie (en Belgique), après 18 ans d’enquête, la plupart des médias français, quand même obligés de dire un mot de cet événement retentissant, se contentent des quelques lignes diffusées par l’AFP…

Certains journalistes vont même inventer des faits pour émouvoir plus leurs lecteurs, comme ce carnet intime fictif d’une victime présenté comme réel dans le livre enquête d’Antoine Guélaud (TF1) « Ils ne m’ont pas sauvé la vie ».

Journalistes : une profession sans régulation nationale professionnelle

Alors que partout dans le monde, dans les pays démocratiques, existent des instances nationales pour écouter les plaintes du public envers les médias, comme les conseils de presse, où siègent éditeurs, journalistes et représentants du public, en France, le projet de création d’un Conseil de presse, porté par l’APCP dont je suis co-créateur, n’aboutit toujours pas.

Marcel Disko, président de la Miviludej.

Marcel Disko, président de la Miviludej.

J’ai notamment participé à un groupe de travail sur le vocabulaire employé par les journalistes dans le cadre de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), émanation de l’APCP. A mon initiative, et malgré les vives résistances de certains, l’atelier a mis également à son agenda les mots « secte » et « dérive sectaire ». Le rapporteur de ce groupe de travail a entendu mes arguments.

Enfin, je me suis pris à imaginer, sur le mode humoristique, ce que pourrait être une instance de régulation du travail de ma profession présidée par un certain Marcel Disko (dessin ci-contre).

Perspectives

L’information diffusée par CAP LC, Débredinoire et des conférences comme celle-ci permet d’alerter les Français sur les dérives de cette chasse aux sorcières d’un autre temps et d’inviter les victimes de ces discriminations à ne pas se laisser faire, par exemple, en demandant systématiquement un droit de réponse (presse écrite et internet).

Certes, il faut combattre les abus, mais des organismes comme la Miviludes, l’Unadfi, le CCMM et la Fecris, instances partiales et focalisées contre les personnes et les mouvements qui agissent pour défendre la conscience et les alternatives, doivent être réformés. Si l’on peut leur reconnaître l’utilité d’offrir une écoute attentive des victimes des personnalités ou groupes nocifs (ça arrive malheureusement), ils devraient agir comme médiateurs plutôt que comme inquisition et tribunal parallèles sans déontologie ni contrôle.

Si j’œuvre contre le racisme des matérialistes radicaux et des athées extrémistes qui voudraient éradiquer toute marque de transcendance dans notre société ; si je me fais l’avocat des groupes qualifiés de l'infamant « sectes », à l'incompréhension de beaucoup, c’est bien parce que je suis épris de justice et de fraternité.

C’est pourquoi aussi j’invite tous les groupes spirituels et toutes les professions thérapeutiques non reconnues et non réglementées à concevoir des référentiels éthiques universels et à mettre en place des cellules d’écoute des doléances à l’intérieur même de leur mouvement ou pratiques.

Enfin, je plaide pour que chaque mouvement, chaque personnalité charismatique fassent preuve d’humilité en reconnaissant qu’ils ne peuvent détenir seuls la vérité, que la société n’est pas forcément leur ennemie et qu’ils apprennent à communiquer avec le monde de telle sorte qu’ils puissent apporter leurs valeurs et leurs connaissances de façon désirable par tous.

[1] Le magazine Reflets a publié en décembre 2014 (n° 14) un dossier courageux sur le traitement médiatique du conflit israélo-palestinien, en insistant précisément sur l’analyse du filtre de toute personne prétendant informer.

« Sectes » et vocabulaire : une manipulation journalistique généralisée

Il ne se passe une semaine sans qu’un média national ou local ne sorte une affaire de «secte», donnant ainsi l’impression, comme aimait le dire l’ancien président de la Miviludes, d’un véritable «fléau». Cet article décrypte la manipulation opérée par la plupart de mes confrères pour entretenir frauduleusement cette paranoïa.

Tribune Lyon 3

La plupart des journalistes, en France, emploient de façon illégale le mot « secte », terme infamant et qui fait très peur à tous. Ainsi, dans sa dernière édition, Tribune de Lyon offre à ses lecteurs une « enquête sur les sectes les plus actives à Lyon ». Dans chapeau introductif, le journaliste écrit : « De l’Église de scientologie aux Témoins de Jéhovah (TJ), les principales organisations reconnues comme « sectes » par l’État sont bien présentes dans l’agglomération ».Tribune Lyon 2

Dans le corps de l’article, pour contredire le porte-parole des TJ à Lyon qui déclare que « l’appellation "secte" n’est plus valable, car nous sommes enregistrés sous le statut d’association », le journaliste n’oppose aucune dérive constatée, ni même aucun fait délictueux supposé. Non, il lui suffit de rétorquer, en lieu d’argument définitif : « Et pourtant, les Témoins sont toujours considérés comme une secte par l’État ». Et la messe est dite !

Pourtant, le mot « secte » ne devrait plus avoir cours, du moins pour qualifier en France tous ces mouvements pacifiques qui ont autant le droit d’exister que n’importe quel autre groupement de citoyens.

Atteinte à la liberté de croyance

Le terme « secte », en effet, n’a pas de définition légalement parlant. Il a même dû, par « sécurité juridique », être éliminé du vocabulaire administratif et politique : il portait en effet atteinte à la liberté de conscience, de croyance ou de religion.

Le signe le plus manifeste de cette évolution sémantique est visible au sommet de l’État (niveau du premier ministre) dans le changement de nom de l’organisme national chargé de la question « sectaire ». Ainsi la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils), créée en 1998, est devenue, en 2002, la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires » (Miviludes).

De même, si les trois premiers rapports parlementaires, depuis 1983, s’attaquaient aux « sectes », le dernier, qui s’interrogeait sur « l'influence des mouvements à caractère sectaire » (2013) porte la marque de ce nécessaire changement terminologique.

Les journalistes, apparemment, ne s’estiment pas tenus par une rigueur langagière qui leur compliquerait le travail. Car ils seraient obligés d’être précis et factuels et d’enquêter eux-mêmes sur le terrain, au lieu de se contenter de s’appuyer sur l’autorité de la parole publique, en fait sur la propagande des « antisectes » officiels ou autoproclamés.

« Reconnue comme secte »

Il faut dire que l’État s’accommode parfaitement de cette confusion car elle lui permet de bénéficier du soutien aveugle des médias et de continuer sa politique discriminatoire et arbitraire sans être l’objet d’une analyse trop scrupuleuse de son travail. Sur le site de la Miviludes, les anciens rapports sur les « sectes » sont toujours affichés et, à différents niveaux, le mot « secte » peut encore être vu.

Mais, nous l’avons avec la Tribune de Lyon (et elle n’est pas la seule !), les journalistes vont encore plus loin, n’hésitant pas, pour justifier leurs articles à charge, à claironner que tel ou tel mouvement est « reconnu comme secte » par l’État ou le gouvernement. Tout simplement parce que son nom figure dans le fameux rapport de 1995 qui comportait une liste de 173 mouvements qualifiés de « sectes ».

Or cet argument est irrecevable.

Régulièrement, notamment dans les réponses aux questions aux parlementaires, les ministres successifs sont obligés de rappeler que la République ne reconnaît ni religion ni secte et que seuls doivent être considérés les troubles à l’ordre public ou les atteintes effectives aux personnes ou aux biens.

« Rapport dépourvu de valeur juridique »

Le 10 mars 1998, le ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement publiait une circulaire précisant que « le rapport parlementaire de MM. Alain Gest et Guyard [1995] n’a pas d’effet juridique sur l’action administrative de l’État en matière de ce que le langage courant dénomme « sectes », celles-ci étant, comme toutes religions, simplement soumises au droit commun. » Et cette circulaire de préciser : « Aucun groupement n’a donc jamais été classé comme « secte » par la République ».

Le 27 mai 2005, M. Raffarin, alors premier ministre, publiait une circulaire « relative à la lutte contre les dérives sectaires ». Il y précisait : « Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à l'index, d’exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres ». Et il terminait en disant que « le recours à des listes de groupements sera évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères ».

De même, la « liste noire » de 1995 a fait l’objet de décisions de justice, notamment celle du tribunal administratif de Caen qui, en 2005, a conclu dans une affaire concernant les TJ, que [l’accusé, un hôpital en l’occurrence] ne saurait, en tout état de cause, se prévaloir d’un rapport établi par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale classant les Témoins de Jehovah parmi les "sectes", un tel rapport étant dépourvu de valeur juridique »[1].

Caractère sectaire : une appréciation « subjective »

Il arrive souvent, également, que les médias, « alertés » par une vigilante association de dénonciation de « sectes », pudiquement revêtue de la noble cape de la « défense de la famille », que les médias, donc, se scandalisent que tel ou tel mouvement puisse simplement tenir une réunion dans une salle d’une ville

Groning

Or, dans une réponse apportée au député Jean-Pierre Brard qui l’interrogeait sur la possibilité d’interdire les manifestions publiques organisées par des mouvements listés par le rapport parlementaire sur les sectes, le ministre de l’intérieur avait répondu en 1998 à l’Assemblée nationale (source) : « Aux termes de l’article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958, la France, république laïque, respecte toutes les croyances. Dès lors, le droit ignore la notion de secte, à laquelle n’est attachée aucune conséquence juridique. L’appréciation du caractère sectaire d’une association est nécessairement subjective. La qualification de « secte » donnée à certains groupements ou associations ne saurait donc, à elle seule, fonder légalement un refus de mise à disposition. [...] Un refus ainsi motivé serait gravement attentatoire à la liberté de culte à valeur constitutionnelle. »

Atteinte grave et manifestement illégale

Pareillement, en 2007, « le Conseil d’État a jugé que le refus opposé à une association cultuelle [en l’occurrence, il s'agissait des TJ] de lui accorder la location d'une salle municipale, surtout lorsqu’il est consécutif à d’autres refus de même nature opposés à des associations identiques et annulés précédemment par le juge administratif, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion dès lors que la commune ne fait état d’aucune menace à l’ordre public, mais seulement de considérations générales relatives au caractère sectaire de l’association, ni d’aucun motif tiré des nécessités de l’administration des propriétés communales ou du fonctionnement des services (JRCE, 30 mars 2007, Ville de Lyon, n° 304053) » (source).

Ainsi, au mépris de leur déontologie comme du droit, bafouant tant la présomption d’innocence que le droit du citoyen à la liberté de croyance, liberté « fondamentale », bien des journalistes se sentent autorisés, en utilisant le mot "secte", à salir à longueur de colonnes et d’émissions des groupes de citoyens parce que les préjugés, la peur de la différence, l’intolérance ou la médisance les ont d'avance condamnés.

MondeMême le journal dit "de référence" (Le Monde) n’hésite pas à concevoir une rubrique spécialisée baptisée, non pas "Analyse du phénomène sectaire", mais, illégalement, "Lutte contre les sectes"... Ce qui, en rapport avec le droit républicain, signifie en fait « lutte contre une catégorie de personnes déclarées sous-citoyens », ce qui rappelle, dans l’esprit, de bien mauvaises et douloureuses attitudes nationales…

 

[1] Sans compter que ce rapport a été réalisé dans la précipitation, sans exigence méthodologique, sans étude de terrain et sans information contradictoire et qu’il est de toute façon, de l’aveu même de l’ex-président de la Miviludes, obsolète. Constater que la presse française s’appuie sur un document si médiocre et vieux de plus de vingt ans pour justifier son dénigrement, c’est mesurer son degré de professionnalisme.

Une mission d’enquête parlementaire sur trente ans de politique nationale antisecte

A l’initiative du parti Arc-en-ciel (AEC), les députés ont décidé ce 21 mars 2016 la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « la façon dont le pays lutte contre les sectes depuis le début des années 80 jusqu’à aujourd’hui ».

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Séance d'une commission d'enquête parlementaire. Photo : Assemblée nationale.

Décontenancés par les attentats perpétrés par des sectes terroristes en 2015, un certain nombre de parlementaires, interpelés par des parents de victimes et par des articles de presse, ont voulu comprendre pourquoi, alors que la France est « lourdement engagée depuis plus de trente ans dans la lutte contre les sectes, notre système institutionnel n’a pas su prévoir ni endiguer la montée des dérives sectaires djihadistes sur le territoire ». Il faut donc effectuer un « diagnostic sans concession » de ce système pour pouvoir proposer, éventuellement, des « pistes de réforme ».

La commission sera présidée par le député centriste Abou Pikar. Jacques Renard (divers gauche), qui préside le groupe d’études sur les sectes à l’Assemblée nationale, a été désigné rapporteur.

Une sous-catégorie de citoyens

Dans l’exposé des motifs présenté par Bernard Ammoytier (droite), les députés disent vouloir « mesurer l’efficacité de [cette] politique ». Ils s’interrogeront en effet sur les raisons qui ont motivé la constitution de quatre commissions d’enquête (un record absolu pour une seule thématique), la création de la Miviludes et d’une police spécialisée, le financement public des associations dites « antisectes », le vote de lois spécifiques « visant une sous-catégorie de citoyens », etc. Le tout pour aboutir à la multiplication des groupes sectaires (116 en 1982, 172 en 1995, plus de 800 aujourd’hui), à l’explosion des signalements de dérives sectaires, notamment dans le domaine de la santé, et à l’engagement de nombreux jeunes Français dans le fanatisme islamiste.

Les « sectes » : un problème « mal posé »

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Le sociologue Jacques Pourdieu. Dessin : JL ML.

Selon le sociologue Jacques Pourdieu, la politique française de « lutte contre les sectes » repose sur une base « totalement erronée » : les « adeptes » de ces mouvements, tout comme les jeunes recrues des djihadistes, seraient en quelque sorte « envoûtés » par les groupes manipulateurs qui emploieraient des techniques visant à « annihiler leur libre arbitre ». Leurs comportements seraient ainsi téléguidés ; l’emprise mentale de leurs mentors sur leur conscience serait LA cause de leur dérive et de leur changement de vie.

« Certes, on ne peut nier l’existence de propagandes, de tentatives de suggestion et de séduction, admet Jacques Pourdieu. Mais un sujet humain est et reste un sujet ! Il existe toujours une part de choix, d’adhésion volontaire en tout individu. C’est son désir de donner un sens à sa vie, c’est son besoin de transcendance qui le font opter pour telle ou telle perspective autre. En fait, le peu d’attrait des religions, des schémas idéologiques ou médiatiques entourant le candidat à la conversion face, en contraste, à l’excitation de voies exaltantes parce que semblant absolues, constitue LA vraie faille de tout le système. Donc, en se contentant de diaboliser l’offre « différente », au lieu d’améliorer, d’enrichir et de diversifier l’offre existante, les pouvoirs publics et la presse s’interdisent toute compréhension juste et, par là, tout traitement adéquat du problème ».

Les parlementaires ont tenu, cependant, à souligner « le rôle indispensable d’accueil des angoisses et d’écoute » des familles tenu tant par la Miviludes que par les associations dédiées, affirmant que leur investigation portera surtout « les suites qui sont données à ces signalements ». Nombre d’observateurs, notamment dans le milieu scientifique et à l’étranger, ont en effet critiqué « la partialité, l’agressivité, le non respect de la présomption d’innocence, la discrimination arbitraire et l’abus de pouvoir » des instances qui luttent contre les sectes.

Une information neutre et indépendante

Le président de la commission a évoqué en conférence de presse la possibilité de :

- faire évoluer la politique nationale « du tout répressif vers une meilleure connaissance et une reconnaissance sociale, sous des conditions à définir, de certains groupes et voies thérapeutiques empruntées » ;

- remplacer l’arsenal existant par « une information neutre et conçue par des experts indépendants, [ainsi que par] un dispositif de recueil des plaintes impartial intégrant le principe du contradictoire et adossé à un mécanisme éthique de médiation ».

Les élus devront rendre leurs conclusions à la mi-octobre.

(Rubrique : Infaux)

 

 

Il faut défaire la Miviludes et intégrer socialement les « sectes douces »

La bête répression française des minorités spirituelles, qualifiées de « sectes », a certainement joué comme facteur aggravant dans la haine des jeunes sans repères contre le pays. Il faut avoir le courage de le reconnaître et de changer de politique.

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Partie du drapeau de l'Etat islamique (Daech).

Pourquoi les jeunes Français représentent-ils la nationalité la plus importante parmi les étrangers ralliés à Daesc en Syrie ? Outre les raisons historiques liées à notre passé colonial et au fond de racisme qui pourrit nos relations avec nos immigrés et leur descendance, il en est une qu’il faudra bien un jour regarder en face : parce que la France est seul le pays qui a mis en place une politique très élaborée de répression des minorités spirituelles. C’est un des pays les plus matérialistes qui soit et qui a peur du « spirituel ».

Or, la personne humaine a besoin d’idéal, de transcendance.

Or qu’offre-t-on à la jeunesse de notre pays ? Nos valeurs démocratiques ? Certes, elles sont belles. Mais elles sont contredites par nombre de nos comportements. Ne voit-on pas, par exemple, comme les marchands se réjouissent dans notre pays qui est le 3e vendeur d’armes au monde ? Et puis, la corruption, les lobbies, les conflits d’intérêt, etc., qui pourrissent la vie économique (cf. le domaine de la santé, par exemple) et politique (l’aide aux dictateurs africains qui continue aujourd’hui), une presse sans régulation déontologique, tout cela fragilise le lien social.

La laïcité ? Sans la transcendance, elle n’est pas « sexy ». Elle ne peut motiver les jeunes parias, encore moins si elle est comprise restrictivement, comme c’est souvent le cas en France, c’est-à-dire en excluant le religieux ou le spirituel de l’agora.

Imaginons un instant que la France n’ait pas mis en place cette politique irréfléchie, sectaire pour le coup, contre les minorités spirituelles QUI N'ONT JAMAIS ASSASSINE PERSONNE, NI POSE DE BOMBES, NI FAIT EXPLOSER LEURS MEMBRES AU MILIEU DU PUBLIC. Pourquoi je les appelle « sectes douces ».

Témoins de Jéhovah, scientologues, raéliens, moonistes, charismatiques de tout poil, anthroposophes, etc., auraient naturellement investi aussi les banlieues sans être inquiétées à prioiri comme c'est le cas aujourd'hui. Avec plusieurs conséquences positives :

- elles auraient pu attirer dans leur rang bien des jeunes à la recherche d’un idéal, d’un absolu auquel se consacrer à un moment clé de leur développement ;

- ces groupes se seraient confrontés à la fois à la société et aux autres groupes. Ils auraient été obligés de se poser des questions, de modifier certaines attitudes trop extrêmes, de s’améliorer sous l’aiguillon de la concurrence, etc. Or, en les marginalisant aujourd’hui comme le font tous nos gouvernements, ils les renforcent dans leurs identités particularistes. Se sentant injustement persécutés et n’ayant aucune tribune pour s’expliquer socialement, ils se sentent confortés dans « leur » vérité et se durcissent sur leur position.

- la société aurait pu découvrir et mieux apprécier encore les apports de ces approches. Il n’y a pas que l’athée, le croyant traditionnel, le fou d’Allah et l’agnostique (ou l’indécis). Il y a aujourd’hui bien des moyens différents de croire en Dieu de façon constructive, positive et bénéfique pour chacun et tous. D’ailleurs, même réprimées, ces approches intéressent déjà bien du monde. Que ne serait-ce si on cessait de les discriminer !

Les athées et les matérialistes, au lieu de se réfugier facilement – et vainement –, derrière la laïcité, devraient alors redoubler d’intelligence et d’imagination pour attirer des « clients ».

Reste une question : oui, mais laisser des citoyens être ainsi sous emprise est contraire à nos valeurs d’émancipation !

Cessons de rêver : l’influence, l’emprise, la dominance, la violence sont omniprésentes dans notre société ! Elles sont peu visibles mais cependant bien réelles. Publicités, hiérarchies, manipulations plus ou moins perverses, abus de toute nature, sont à l’œuvre à tous les niveaux. Un seul exemple, combien de morts par violence dans les couples dans les « sectes » décriées en France : 0 ou quelques unités ? Et dans les familles « normales » : 267 en 2011 !

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Sigle de la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contres dérives sectaires.

Il serait temps de faire cesser ou fortement évoluer la Miviludes, véritable instance de discrimination dont j’affirme qu’elle a une part de responsabilité, indirecte certes mais réelle, dans l’accroissement de la haine qui pousse des jeunes déshérités mal accompagnés à se faire exploser aujourd’hui au milieu de nous.

 

 

> Sur Altermonde sans frontière : « Depuis 15 ans, les chasseurs de sectes étatiques claironnent que la France, suivie par la Belgique, ont mis en place « un arsenal unique au monde » pour lutter contre ce fléau. Résultat ? Aujourd’hui, et au vu des derniers événements tragiques, ce sont précisément ces deux pays qui sont devenus les terreaux les plus fertiles pour des sectes radicales criminelles. »

« Secte » et « dérive sectaire » : des mots à éviter

Cela fait deux décennies que je tente d’alerter mes confrères et l’opinion publique sur le mauvais usage, tant par les pouvoirs publics que par la presse, des mots « secte » et « dérive sectaire ». J’ai enfin été entendu.

La profession journalistique reconnaît que l’emploi des mots « sectes » et « dérive sectaire » ne va pas de soi. Et suggère de les éviter.

L'Observatoire de déontologie de l'information (ODI) vient de publier un texte de son groupe de travail sur le vocabulaire, inventaire illustré des principales erreurs ou difficultés d’emploi des mots à partir d’exemples recueillis lors des derniers mois.

« Les mots sont souvent mal employés, mal perçus (ce qui n’est pas la même chose) et peuvent faire mal, très très mal. »

Sont étudiés :
- Erreurs, fautes d’emploi ou d’appréciation
- Réfugiés, exilés, migrants
- Terrorisme, terroriste ; État islamique
- Juifs de France
- Secte ou dérive sectaire.

A mon initiative, et malgré les vives résistances de certains, l’atelier a mis également à son agenda les mots « secte » et « dérive sectaire ». Le rapporteur de ce groupe de travail, Loïc Hervouet, a entendu mes arguments.

Voici ce qu’il en dit, après avoir étudié la question de plus près (extrait du rapport) :

ODOI secte

C’est pour moi une grande satisfaction, car c'est la première fois depuis plus de 20 ans qu'un confrère prend la peine d'écouter et d'étudier honnêtement mes explications et de vérifier par lui-même, et partage mon analyse.

Loïc Hervouet est journaliste, enseignant d'éthique du journalisme, ancien DG de médias, de l'ESJ Lille (mon école !) et ancien médiateur de RFI.

Après toutes ces années de refus, de portes fermées et même de mépris à mon égard sur ces questions, c'est une grande satisfaction que j'ai plaisir à partager avec vous, mes lecteurs qui connaissez mon investissement sur ce terrain.

J'ai bien conscience que ce n'est qu'un petit pas, qui s'ajoute cependant à la création de l'Association de préfiguration d'un Conseil de presse (APCP) et de son émanation l'ODI à laquelle j'ai ardemment participé.

Puisse malgré tout ce petit pas être l'occasion de débats dans les rédactions et dans la société. En tout cas, il constitue d'ores et déjà une base déontologique à laquelle les "blessés de l'information" pourront désormais ouvertement demander que les médias se réfèrent.

 

 

« Chasse aux sectes » : l’Etat atteint les limites de sa politique erronée

Apparemment, la « chasse aux sectes » s’essouffle en France. Deux médias s’en émeuvent et accusent l’Etat d’avoir baissé la garde et délaissé la « chasse aux gourous ». En fait, aveuglés par leurs présupposés, ils ne comprennent pas que la politique nationale dans ce domaine est tout simplement… aberrante.

Cet article de Libé a déclenché l'interpellation de l'Etat sur sa politique "antisectes".

Cet article de Libé a déclenché l'interpellation de l'Etat sur sa politique "antisectes".

Dans la « lutte contre les sectes », l’Etat a-t-il « baissé les bras », comme le laisse entendre la Chaîne parlementaire (LCP 24 avril 2015) ? Est-il même « à la dérive », selon le jeu de mots facile et douteux en Une de Libération du 15 avril 2015 ? A-t-il vraiment « délaissé la traque aux gourous », comme l’en accuse le quotidien ?

Il suffit de connaître ce dossier pour savoir que l’Etat français est un des plus actifs au monde dans la stigmatisation et la répression des groupes et individus « différents ». Il est un des seuls au monde à avoir mis en place une législation, une instance et une police spécifiques pour « lutter contre les sectes et les dérives sectaires ». Dans la plupart les administrations ont été désignés des « correspondants sectes ». Des formations sont organisées à l’intention des élus locaux et même des magistrats (bonjour l’indépendance de la justice !). Des conventions ont été passées avec de multiples organismes publics et privés pour « prévenir ». Y compris avec des médias, avec LCP, par exemple (bonjour l’indépendance des médias !) Des associations loi 1901 sont même directement financées par l’argent public pour « alerter » les décideurs et la population.

Bref, la France dispose d’un arsenal de lutte contre les sectes unique au monde mis en place depuis vingt ans.

Et pourtant, la presse se plaint de sa passivité. Car, non seulement les « sectes » existent toujours, mais elles sont partout, changent de forme, s’infiltrent dans les hôpitaux et même « dans les académies de médecine » (France 2, Envoyé spécial, 20 mars 2014).

Catherine Picard, interrogée sur LCP, tacle le ministère de la santé qui ne réunit plus son groupe de travail sur les médecines douces.

Catherine Picard, interrogée sur LCP, tacle le ministère de la santé qui ne réunit plus son groupe de travail sur les médecines douces.

Le Figaro n’hésite pas à employer un ton alarmiste pour déclarer en titre : « Dérives sectaires en santé : un fléau en nette progression ». Alors ? Pourquoi ce sentiment que rien n’est fait ?

L'absence de définition du terme "secte" condamne l'Etat à l'impuissance

Tout d’abord parce que le pouvoir, ayant soigneusement évité de définir juridiquement la "secte" et la "dérive sectaire", ne peut donc pas grand chose judiciairement. Alors il fait des moulinets avec les bras. Il se contente de sonner le tocsin, d’accuser des « sorcières », de désigner des boucs émissaires, sans pouvoir prouver ses dires ! Et notamment, que les sectes sont un véritable fléau, qu'elles causent chaque année d'énormes quantités de morts, qu'elles sont infiltrées partout, qu'il y a 60 à 80 000 enfants "embrigadés dans des sectes, etc.

Les condamnations pour « manipulation mentale » (transformée en « abus de faiblesse » ou "emprise mentale") son extrêmement rares. Et, comme nous sommes en France dans un pays de droit, il doit apporter la preuve de ses accusations pour pouvoir condamner quiconque. Acharné à combattre sa bête noire la scientologie, il est parvenu, grâce notamment à la « sensibilisation » qu’il a lui-même effectuée auprès des juges, à la faire condamner (un recours européen est en cours).

Mais c’est à peu près tout.

La 6e puissance mondiale serait-elle vraiment démunie devant quelques grandes « organisations internationales » et une multitude de groupuscules sans scrupule bardés d’avocats, disposant de ressources financière quasi illimitées et décidés à prendre le pouvoir ?

Qui peut croire cela ?

Erreur d'analyse

Une deuxième raison de son impuissance, notamment face à l’essor des « médecines douces », qui seraient selon le pouvoir la nouvelle « porte d’entrée des sectes », c’est son erreur d’analyse. C’est de condamner toute pratique de santé qui ne soit pas « validée par la science ». C’est un moyen, apparemment facile pour lui, de séparer le bon grain (« la médecine basée sur des preuves ») de l’ivraie (« les dérives sectaires dans le domaine de la santé »).

Sauf que le bon grain est souvent faisandé : conflits d’intérêt, puissance d’infiltration de l’industrie pharmaceutique dans les lieux de décision sanitaire, effets secondaires des médicaments mal maîtrisés, corruption, etc. Et que l’ivraie est aussi constituée de plantes très bénéfiques même si mal connues : méditation, massages, remèdes et approches naturels, magnétisme, foi, etc.

Après avoir mis en place un groupe de travail chargé de faire ce tri, le pouvoir s'est vite rendu compte que la tâche état au dessus de ses moyens, étant donné sa (fausse) conception des choses.

Deux exemples récents nous montrent combien la politique française, principalement emmenée par la Miviludes, est aberrante et néfaste.

La naturopathie : vraie profession ou dérive sectaire ?

Saviez-vous que la profession de naturopathe était enfin reconnue ? Cette nouvelle réjouira les nombreux partisans des médecines douces : un diplôme reconnaît officiellement la profession de naturopathe.

Suisse

Le hic, c’est que cela se passe en Suisse.

En France, la naturopathie est toujours déclarée "dérive sectaire" par la Miviludes…

Au même moment, la Miviludes publie son rapport annuel 2014 . Voilà ce qu'elle dit de la naturopathie, entre autres...

Au même moment, la Miviludes publie son rapport annuel 2014 . Voilà ce qu'elle dit de la naturopathie, entre autres...

La méditation de pleine conscience : dérive sectaire ou alternative aussi efficace que les antidépresseurs ?

Les sœurs de Bouvier de Cachard, qui ont créé il y a 20 ans l’association Secticide, à Verdun, pour « lutter contre les dérives sectaires en France et dans le monde », ont reçu en octobre 2014 la visite et le soutien de Serge Blisko, président de la Miviludes.

Blisko
Le Républicain lorrain du 18 octobre 2014 nous apprend alors que la méditation de pleine conscience est désormais placée dans leur collimateur des « antisectes ». La raison : c’est une pratique qui soutient un enseignement « non-dualiste » ! Méfiez-vous donc de cette pratique non reconnue officiellement par l’Académie.

Quelques mois plus tard, dans un article publié sur son site le 21 avril 2015, le Point titre : « Contre la dépression, la méditation aussi efficace que les antidépresseurs ». Et précise : « Une étude britannique loue l'efficacité de la "méditation de pleine conscience" contre les rechutes de dépression. Une alternative sérieuse aux médicaments ».

MPC

Bien évidemment, il faut agir contre les charlatans et les escrocs. Mais désigner les « sectes », dont on a toujours aucune définition juridique, comme bouc émissaire, c’est se poser à soi-même des limites impossibles à franchir dans un Etat de droit…

Paradoxalement, toute l’énergie et les millions d’euros dépensés chaque année dans cette improductive « lutte contre les sectes » n’entament ni la vindicte ni lea bonne conscience de l’Etat et des médias. Charlatans et margoulins ont encore de beaux jours devant eux si les « antisectes » ne se mettent pas à réfléchir un peu plus loin que du bout de leurs clichés...

2 – Les « sectes », symptômes des maux et lacunes de notre société

La meilleure arme des ennemis de la diversité spirituelle, la plus puissante, celle qui a montré dans l’histoire des persécutions sa terrible efficacité, c’est l’amalgame que permet le mot indéfinissable de “secte”. On mélange tout dans cette notion injurieuse, bien pratique parce que sans définition précise et sans existence juridique, ce qui est pain bénit pour les calomniateurs.

pilori 1

Le pilori. Coutumes de Toulouse, 1296, BnF.
Les médias ont remplacé l'appareil en bois et démultiplié l'impact de la punition.

Végétarisme, nouvel âge, médecines naturelles, prière hors églises reconnues, désintérêt pour la télévision, scolarisation à la maison, appartenance à un groupe de taille international ou à un petit groupe local rassemblé autour d’une démarche originale, critique du système médical ou critique globale de la société, tout devient prétexte à stigmatiser l’original. En outre, le « coupable à priori » n’est même pas appelé à s’expliquer. Il suffit qu’il soit dénoncé comme « secte » ou suspect de « dérive sectaire » par une officine comme la Miviludes ou l’Unadfi pour être considéré comme ennemi de la nation. Et être exposé au pilori des médias...

Quelle régression au pays des Droits de l’homme ! Alors que nous avons été parmi les premiers à affirmer que tout accusé a le droit d’être confronté à son accusateur pour s’expliquer devant une cour impartiale, un homme ou un groupe d’hommes accusé en France d’être un gourou ou une “secte” est arbitrairement traîné dans la boue et socialement discriminé, sans jamais être entendu ! et avec la bénédiction (laïque !) de la majorité de nos concitoyens, des médias et des pouvoirs constitués.

La croyance en la culpabilité de l’autre fausse le jugement

À l’étranger d’ailleurs, on s’inquiète de cet esprit d’inquisition. Plusieurs pays plus respectueux de la liberté de penser, plus ouverts à la diversité des croyances et des pratiques sociales, protestent contre les pratiques françaises. En vain jusqu’à présent. Mais cela pourrait changer face à la volonté de la France d’exporter son "modèle" discriminatoire à l’échelle de l’Europe (nous y reviendrons).

Il n’est pas question, bien sûr, d’ignorer certains risques (inhérents à toute démarche spirituelle authentique) et certaines dérives. Encore faut-il combattre ces dérives dans tous les secteurs de la société – et pas seulement chez les minorités spirituelles !

Comment une "présomption de culpabilité" peut conduire à une immense erreur judiciaire.

L'affaire d'Outreau.- Comment une "présomption de culpabilité" peut conduire à une immense erreur judiciaire.

Encore faut-il également que ces délits soient effectivement constitués et prouvés. On a vu, dans l’affaire des « acquittés d’Outreau », par exemple, combien la croyance en la culpabilité de l’autre pouvait fausser complètement tout le processus judiciaire pourtant mis en œuvre par des professionnels et des organismes officiels. Que dire alors de culpabilités proférées sans information contradictoire, sans avoir suivi les circuits d’une telle instruction !

Au dire même de l’administration, et au vu de l’extrême rareté des condamnations, les cas avérés de dérives sectaires par les “sectes” sont exceptionnels. Ils ne justifient en aucune manière l’ostracisme dont les minorités religieuses ou thérapeutiques sont frappées dans leur ensemble.

C’est comme si l’on interdisait aux Français toute consommation de fruits et de légumes sous prétexte que 1 % de ces aliments contiennent des doses de pesticides supérieures aux normes admissibles…

Notre tâche, ici, va être de montrer qu’il est indispensable de manger des fruits et des légumes, quitte à se renseigner sur leur provenance et les conditions de leur production pour faire un tri. Les fruits et les légumes étant, dans notre métaphore, les enseignements spirituels différents.

Une chasse aux sorcières d’un autre âge

La chasse aux sorcières menée en France, digne d’un autre âge, masque une lutte contre des évolutions qui remettent en cause certains aspects du système en place. Cela est particulièrement visible dans le domaine de la santé.

Nos sociétés ont une conception très mécaniste du corps humain. Depuis Pasteur, le microbe est devenu un ennemi. L’essentiel de l’arsenal thérapeutique contre les maladies s’est donc orienté vers une éradication par tous les moyens de cet adversaire invisible. Au lieu de chercher à comprendre le pourquoi de son action néfaste, on le tue.

microbesAu lieu de chercher à savoir pourquoi le microbe, présent depuis l’origine dans l’organisme, se met soudain à le perturber. En cherchant seulement à éliminer le trublion, en oubliant le terrain dans lequel il végète, on s’abstient de décrypter le signal qu’il émet. On s’empêche ainsi d’agir efficacement sur les causes du déclenchement de la maladie. On se prive d’apporter une solution en profondeur aux maux que nous prétendons combattre. Tout en provoquant d’autres maux, comme les résistances aux antibiotiques et les empoisonnements chimiques par excès de médicaments.

De la même façon, les "sectes" sont, au pire, des symptômes des dysfonctionnements et des manques de notre société. Au mieux, elles annoncent des évolutions souhaitables, des préfigurations de paradigmes plus féconds. Dans un cas comme l’autre, les diaboliser et tenter de les dissoudre est injuste, vain ou contre-productif (elles se multiplient !). Les responsables, les décideurs et les intellectuels ont tous intérêt à étudier sereinement et sérieusement le problème - s’ils veulent vraiment aider à sa résolution.

Une certaine idée de la vérité

C’est par l'étude précise des faits, l’honnêteté intellectuelle, l’effort de penser par soi-même et le respect de l’autre que nous parviendrons à tisser entre nous tous les liens dont l’absence immobilise et sclérose notre pays. Et monte des catégories de population les unes contre les autres. La leçon de la dernière guerre ne sera-t-elle donc jamais apprise ? On dit : « Plus jamais ça ! » et chacun continue allègrement à taper sur ses boucs émissaires.

Il faut inviter chacun à rechercher lui-même le vrai (et non faire confiance à des entités qui ont intérêt à calomnier). Car le comportement d’une société, notamment vis-à-vis de ses marges, dépend en premier lieu du rapport qu’elle entretient avec la vérité, de la conception qu’elle a de la vérité. L’ensemble des lois, et des instances mises en place pour permettre leur application, a toujours pour base une certaine idée de la vérité. Que celle-ci soit expressément définie ou non. Qu’elle soit consciente ou non.

Par exemple, en France, seule la médecine « basée sur des preuves » est dite valable parce qu’elle est assimilée à la vraie médecine, tout le reste étant billevesées fuligineuses, voire criminelles. Or, assimiler connaissance scientifique et vérité est un abus cognitif.

Et si les "sectes", dans ce contexte, ont bien au moins une utilité, c’est celle de forcer notre réflexion sur la vérité et les modalités d’accès à cette (ou à ces) vérité(s), de nous pousser à approfondir notre connaissance de nous-mêmes, des autres, des fossés qui nous séparent comme des liens qui nous unissent, ainsi que des nos croyances, de nos illusions, de nos prétentions à connaître et… de nos atouts.

 > A suivre : 3 – Christianisme : des superstitions « exécrables » et « maléfiques ».

> Déjà paru : Sectes, religions et liberté de pensée : 1 – Une question éminemment politique

Liberté de pensée, sectes et religions : 1 – Une question éminemment politique

Débredinoire propose à partir d’aujourd’hui une série d’articles qui seront publiés chaque semaine. Le fil conducteur de ce long dossier est une approche originale de la question « sectaire », loin des clichés véhiculés par le pouvoir, les médias et quelques lobbies.

> Voir en fin d'article la liste de tous les articles parus.

Cette approche nous permettra de remonter loin dans le passé pour analyser comment la question de la « différence » (intellectuelle et spirituelle) a pourri nos relations sociales et politiques tout au long de notre histoire. La France sait mal gérer ce qui contrarie sa vision de la « vérité » et risque de concurrencer les monopoles et les intérêts en place.

La politique française envers les nouveaux mouvements religieux et thérapeutiques, baptisée « lutte contre les sectes, ou contre les dérives sectaires » pour se donner bonne conscience, peut aussi se comprendre comme le combat du pouvoir et des grands lobbies pour empêcher l’émergence de contestataires très convaincus ou de créatifs culturels. L’opinion, manipulée par les autorités tout autant que par la presse, qui n’a jamais fait la moindre enquête neutre et sérieuse sur le sujet, vit dans la crainte d’une menace largement irréelle.

Même le journal dit "de référence" n'hésite pas à créer une rubtrique spécialisée baptisée, non pas analyse du phénomène sectaire, mais "Lutte contre les sectes"...

Même le journal dit "de référence" n'hésite pas à créer une rubrique spécialisée baptisée, non pas "Analyse du phénomène sectaire", mais carrément "Lutte contre les sectes"...

La question du traitement à réserver à ces approches différentes et complémentaires est en fait une question majeure de société. C’est une question :

- philosophique (elle touche au problème crucial mais toujours non résolu des relations entre le corps et l’esprit)

- scientifique (comment faire le tri, dans le domaine de la santé, par exemple, entre les démarches valides et les autres)

- juridique et pénale (comment départager le crime et l’escroquerie de l’erreur ou de l’innovation en matière de soin)

- politique (qui est compétent pour décider en la matière ; quels mécanismes pour éviter tout conflit d’intérêt et abus de pouvoir)

- sociale (les deux tiers des Français ont recours aux médecines douces)

- médiatique : la presse relaie avec complaisance, quand elle ne l´attise pas, la propagande discriminatoire du pouvoir

- économique (trou de la sécurité sociale ; immense marché actuellement protégé par un monopole), etc.

La question des “sectes” : une question éminemment politique et philosophique

Elle touche à la fois aux rapports individu/groupe, minorité/collectivité, tradition/innovation ; aux rapports conscience/instincts/hérédité/conditionnements ; à la place de la transcendance et de la subjectivité dans une société matérialiste et soumise aux “pensée uniques” .

Elle réactualise avec insistance la question éternelle (que s’efforcent d’éluder tout à la fois les pouvoirs religieux, politiques et économiques) : qu’est-ce que penser par soi-même au milieu des autres ?

Nous développerons ici la thèse que, à rebours des idées reçues, la “secte” (communauté spirituelle, philosophique ou thérapeutique) naît d’une résistance multiforme à ce modèle. A ce titre, elle peut même constituer une étape positive sur le chemin de l’autonomie de la pensée. Et donc de l’individuation.

Ce thème fait peur et fait rarement l’objet de débats, tant il est définitivement entendu qu’il existe en France d’infréquentables sectes, toutes manipulatrices et malfaisantes, motivées seulement, sous le masque trompeur de la religion, par l’appât du gain et le fanatisme destructeur. Et conduisant à la mort.

Une autre analyse est possible. C’est l’objet de cette série d’articles.

« Sectes » : au-delà des clichés réducteurs et infâmants

Il faut aller au delà des clichés pour mieux appréhender la réalité et saisir l’intérêt de réfléchir sans passion sur l’essor de ces mouvements “différents”. Ces groupes qui sont méprisés en toute ignorance de cause et au sujet desquels l’information est donnée seulement par le seul biais de ceux qui ont intérêt (économique ou idéologique) à les réduire au silence (nous en reparlerons).

Commençons tout de suite par ce qui sera sans doute le plus désagréable à entendre à certains : ces “mouvements” sont appelés non seulement à durer mais à proliférer et s’étendre. Du moins, tant que la société n’a pas mûri, tant que des relations interpersonnelles confiantes et ouvertes ne sont pas établies entre les différentes opinions. Tant que le besoin de spiritualité ou de transcendance inhérent à tout homme n’est pas satisfait par les églises “reconnues” ou par les régimes politiques en vigueur.

De même, nous le verrons plus loin, le problème des “sectes” est aussi celui de la place de la “vérité” en démocratie.

De fait, ces mouvements ont historiquement toujours constitué - et constituent toujours aujourd’hui - des indicateurs de voies nouvelles, multiples, parfois convergentes, pour faire évoluer les positions dominantes et sclérosées. Mouches du coche, contestataires, en proposant d’autres modes de pensées et de comportements, ils appuient là où ça mal, là où la société et son organisation sont fragiles ou injustes. Ce faisant, ils font évoluer les mentalités, plus ou moins maladroitement, parfois de façon répréhensible (comme beaucoup d’acteurs dans notre société), mais de façon irrépressible.

Ces mouvements, écoles, groupes de personnes, communautés, églises (Scientologie, Témoins de Jéhovah pour nommer les plus connues), parfois individus (appelés par certains “créatifs culturels”), appliquent des techniques ou se réfèrent à des enseignements originaux, différents de la culture dominante. Ces voies impliquent généralement une vision globale de l’être humain et de ses rapports avec ses semblables, l’univers ou Dieu, que la vision soit thérapeutique, philosophique, spirituelle ou tout cela à la fois.

Elles sont toutes plus ou moins dans le collimateur des "antisectes" :

Acupuncture, Angélisme, Aromathérapie, Art thérapie, Auriculothérapie, Bio-énergie, Chanelling, Chiropraxie, Chromothérapie, Clarification, Communication non-violente, Danse sacrée, Décodage Biologique, Développement Personnel, Do-yin, Drainage lymphatique, Ennéagramme, Esotérisme, Etiopathie, Eutonie, Fleurs de Bach, Feng Shui, Géobiologie, Gestalt-thérapie, Graphologie, Homéopathie, Hypno-sophrologie, Hypnose thérapeutique, EMDR (Intégration par les Mouvements Oculaires), Kinésiologie, Magnétisme, Massages sensitifs, Massages ayurvédiques, Massages chinois, Meditation, Médecine chinoise, Micro-kinésithérapie, Morpho-psychologie, Musicothérapie, Myothérapie, Naturopathie, Nutrition, Ostéopathie, Phytothérapie, PNL, Prière, Produits biologiques, Psycho-généalogie, Psychologies, Psychologie, Retraites spirituelles, Qi Gong, Reiki, Rebirth, Réflexologie, Shiatsu, Sophrologie, Stress, Tantra, Thalassothérapie, Yoga, Zen, etc.

Pour bien des Français, ces mouvements n'ont rien à voir avec des "sectes". Qui, en effet, n’a pas au moins une fois bénéficié de ces nouvelles approches de la santé ou de la conscience au monde ? Popularisées par les magazines féminins, par certains magazines spécialisés, par de nombreux ouvrages, et présentées sur divers salons, objets de stages attirant un public sans cesse croissant, ces démarches répondent à un besoin de sensibilité, d’écoute attentive et de chaleur humaine qui est rarement satisfait par les acteurs “officiels” des grandes églises et de la médecine académique.

La dangerosité « sectaire » très largement surestimée

De même, et c’est là sans doute que se situe le nœud de la question des “sectes”, ces démarches permettent à l’individu une prise en charge personnelle de son destin et de sa santé. Echaudé par les excès et parfois l’inhumanité des pratiques conventionnelles, le citoyen cherche des voies qui ne soient pas uniquement dictées par l’Etat et la science “officielle”.

Quand le Conseil de l'ordre des médecins veut illustrer un dossier sur les "dé"rives sectaires", il présente une séance de méditation en une de son bulletin (n°21 janvier 2012).

Quand le Conseil de l'ordre des médecins veut illustrer un dossier sur les "dérives sectaires", il présente une séance de méditation en une de son bulletin (n°21 janvier 2012).

Si les “sectes” étaient toutes des groupes pseudo-religieux masquant en réalité des entreprises totalitaires destinées uniquement à détourner les avoirs et les biens de leurs adeptes ou à les conduire à la mort, ces pages n’auraient pas de raison d’être. Nous n’aurions aucune raison en effet de défendre ce type de comportements.

Or, la réalité sur cette question est bien différente des représentations qu’en véhiculent les médias, les associations dites “antisectes” (Unadfi, CCMM, Fecris, etc.) et les pouvoirs publics (Miviludes, ministère de la santé). Nous tâcherons ici de démontrer que la “dangerosité sectaire”, même si elle peut exister, est très largement surestimée. Elle s’est muée, en France, en mythe.

La propagation de ce mythe est contraire, non seulement à ceux qui en sont victimes, mais aussi à la société toute entière et même aux antisectes déclarés qui se privent ainsi de réel efficace. Une meilleure compréhension du phénomène et de ses enjeux nous rapprochera de la réalité. Et aiderait la France à renouer avec le rayonnement intellectuel et spirituel qui a fait, dans le passé, l’admiration du monde entier.

Ce qui est de moins en le cas aujourd’hui en raison de sa politique officiellement discriminatoire.

Il y a plusieurs façons d’aborder la question des “sectes” : de façon passionnelle ou rationnelle, de façon polémique ou philosophique, de façon idéologique ou en s’appuyant sur des faits. Tout ce qui sera dit ici s’appuiera sur des faits, la plupart du temps ignorés de tous, et notamment des adversaires des sectes. De même, une réflexion philosophique tâchera d’éclairer les enjeux de cette tension si vive en France, plus vive que n’importe quel autre pays au monde, si ce n’est en Chine et dans les pays soumis aux dictatures.

Mus par une farouche volonté d’inconnaissance, les antisectes ont gagné, apparemment, la bataille, médiatique et politique : plus des deux tiers des Français estiment qu’il existe des sectes dangereuses infiltrées un peu partout. Mais ils ont d’ores et déjà perdu la guerre puisque ces mouvements non seulement n’ont pas disparu, mais se sont professionnalisés, modifiés, diversifiés. Et multipliés, surtout, prouvant la vanité de la politique menée dans notre pays. Aujourd’hui, les sectes semblent partout, dans le milieu de l’entreprise comme dans celui de la santé, dans les administrations comme dans le champ culturel.

Le revers de cette lutte contre les pratiques soi-disant sectaires est que tout individu s’aventurant en une voie un peu originale, dans le domaine de la pensée, de la santé ou du spirituel, peut désormais être inquiété par des vigiles normalisateurs publics et privés, ces derniers étant de plus financés par nos impôts. De plus en plus nombreuses sont les personnes qu’une dénonciation calomnieuse au titre d’appartenance à une secte (que cela soit vrai ou non) a cassées, leur faisant perdre leur travail, leur famille, leurs enfants, les obligeant parfois à quitter le pays. Les conduisant même à la dernière extrémité (cf. affaire Yves Jullien, directeur du centre Epinoia, qui s'était suicidé en 2000 après une campagne de dénigrement orchestrée par l'Unadfi).

Est-il normal, dans le pays dit des « droits de l’homme », des citoyens soient officiellement discriminés pour leurs croyances sans qu’il soit prouvé qu’ils aient personnellement commis un quelconque crime ou délit ?

> Tous les articles de l'enquête :

21 - Penser par soi-même, un idéal encore lointain

20 – La pression du « religieusement correct » conforte le risque de sectarisme

19 – Paradoxalement, être membre d’une «secte» permet de résister à la pensée unique

18 – Déviance aujourd’hui, mœurs tolérées demain. Comment savoir ?

17 – Pour un « marché » libre des cultes et des convictions

16 – Du positif dans la chasse aux sorcières «antisecte» à la française

15 – L’imposant arsenal français contre les « sectes » est unique au monde

14 - Les "sectes : des religions qui  n'ont pas réussi ?

13 - L'Eglise catholique : des principes que la Miviludes pourrait classer "dérives sectaires"

12 – Désormais, après l’avoir combattue, l’Eglise profite de la liberté de conscience

11 - Hegel : « Ce droit inaliénable de l’homme de se donner ses lois du fond de son cœur »

10 - La foi contre la raison versus la foi en la raison

9 - « Ils osent refuser à l’Eglise le droit d’exercer la censure ! »

8 - Liberté de la presse, « liberté exécrable, la plus funeste » !

7 – L’Eglise : « Que chaque individu soit soumis aux puissances ! »

6 - La liberté de penser ? Un droit « chimérique et monstrueux » !

5 – Les mauvais comportements des croyants éloignent les « gentils » de Dieu

4 - Ce que tout Français et les catholiques doivent aux protestants

3 - Christianisme et protestantisme, deux ex-sectes aujourd'hui "fréquentables"

2 - Les « sectes », symptômes des maux et lacunes de notre société

1 - Sectes, religions et liberté de pensée : Une question éminemment politique

Jean-Claude Guillebaud ratifie la répression des «hérésies» au nom de l’institution «Eglise»

Dans son bloc-notes de la Vie du 29 janvier 2014, le journaliste écrivain Jean-Claude Guillebaud affirme que les institutions religieuses sont « indispensables » pour « apprivoiser le croire » et se prémunir ainsi des « hérésies » et des « sectes ». Un discours qui oublie de se mettre soi-même en question.

Jean-Claude Guillebaud en soutien de la "chasse aux sectes", je ne m'attendais pas à vision discriminatoire de la part de cette grande figure intellectuelle.

Jean-Claude Guillebaud en soutien de la "chasse aux sectes" : je ne m'attendais pas à cette position discriminatoire de la part de cette grande figure intellectuelle.

L’hérésie, la secte, c’est toujours l’autre… Dans son article intitulé « On ne croit pas « dans son coin" », J-C Guillebaud écrit que les institutions religieuses sont indispensables « pour apprivoiser et purifier nos convictions, nos croyances ou notre foi religieuse. (…) [Les] croyances solitaires et [les] bricolages individuels débouchent le plus souvent sur des engouements sans profondeur ni maturité. (…) Une croyance nomade ou sans racines est vulnérable, dansante comme un feu follet. Elle peut s’agenouiller devant le premier gourou venu ou rejoindre n’importe quelle foule exaltée. (…). Les hérésies ou les sectes naissent de cette façon. Quand saint Augustin s’employait, aux IVe et Ve siècles, à combattre les hérésies chrétiennes, il agissait un peu comme le font aujourd’hui nos organismes spécialisés ».

Je suis déçu de constater que cet éminent confrère, qui a produit d’excellentes analyses sur le fonctionnement des médias, n’ait pas conservé le même esprit libre et critique envers la (sa ?) religion. Le voir ainsi justifier la répression menée par les autorités françaises, par le biais de « nos organismes spécialisés », contre les minorités spirituelles, ne me semble pas digne de sa stature de penseur.

En effet, il veut ignorer que cette répression est conduite de façon arbitraire et non contradictoire, essentiellement sur la base de craintes, de rumeurs, de dénonciations anonymes et d’intérêts contrariés.

"L'institution est à la fois nécessaire et menaçante"

Pourtant, dans son bloc-notes, l’essayiste reconnaît que « le rôle central de l’institution » est « ambivalent » car elle est à la fois « nécessaire et menaçante. Nécessaire en ce qu’elle constitue une machine à apprivoiser le croire, à lui donner forme et profondeur ; menaçante car elle est toujours tentée par la sclérose, la répression dogmatique. Une institution tend à persévérer dans son être en défendant ses propres intérêts. (…) À cause de cela, elle est portée à enrégimenter ses membres, à étouffer leur liberté, à leur imposer ses dogmes. Elle craint, par principe, la dissidence, l’objection critique ».

M. Guillebaud ne voit pas que, précisément, ce qu’il stigmatise comme étant des « hérésies et des sectes » sont nées des insuffisantes de l’institution à laquelle il adhère et qu’il tente de défendre. Que ces dissidences sont la marque d’aspirations à plus de liberté, à une foi plus spontanée, plus vive, plus incarnée dans le quotidien. Certes, le risque existe qu’elles se fourvoient elles aussi, pour certaines d'entre elles, dans le dogmatisme et l’hostilité.

Mais l’église catholique - et J-C Guillebaud - auraient bien tort de les mépriser et plus encore d’encourager la discrimination officielle qui s’exerce à leur encontre : ce serait oublier les premiers temps de l’église, quand elle-même était combattue comme hérésie, et au vu de sa situation de minorité dans de nombreux pays encore aujourd’hui…