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Face aux fake news et pour une information fiable : le label vérital

La lutte contre les fake news pourrait passer par l’engagement de tout informateur à respecter les règles déontologique et épistémiques de fabrication de l’information qui rendent celle-ci fiable et intégrant le plus grand degré de vérité possible : la démarche véritale.

Les fake news, notion qui englobe les fausses informations et les canulars, sont aujourd’hui à la une. Des initiatives ponctuelles, comme celles des Décodeurs de l’info, voient le jour pour tenter de les déjouer. Parfois utiles, elles ne vont guère plus loin, cependant, dans un grand nombre de cas, que le souci de re-coder autrement l’information.

Il y aurait bien un moyen simple, bien que demandant beaucoup de volonté pour être mis en place, d’apporter une certaine garantie de fiabilité de l’information : la démarche véritale.

L’originalité de cette démarche est qu’elle ne s’attache pas à décider si une information est vraie ou fausse, ce qui conduit à des débats et polémiques interminables, mais à savoir si l’informateur a procédé à toutes les étapes constitutives d’une information digne de ce nom. Autrement dit, ce n’est pas le produit lui-même qu’on examine pour savoir s’il est vrai ou faux, c’est la démarche de l’informateur, du fabricant de la nouvelle : satisfait-elle aux exigences présidant à la construction d’une information fiable ?

Un exemple simple : ferez-vous plus confiance à une ou à deux sources d’information sur un sujet donné ? Bien évidemment à deux. C’est ainsi que l’un des critères d’une information fiable est que cette information a été élaborée à partir de plusieurs sources, ou de plusieurs points de vue, notamment en cas de situation conflictuelle opposant nécessairement des protagonistes opposés.

Autre idée : ferez-vous plus confiance à une information émise par le témoin oculaire d’un événement ou par quelqu’un qui dit avoir entendu que, etc. ? Un autre critère sera donc de privilégier l’information de personnes qui sont allées « sur le terrain », qui ont assisté directement à l’événement dont il est question.

Troisième exemple : ferez-vous confiance à un informateur qui ignore les remarques ou revendications qu’on lui adresse, qui évite le débat sur son travail, qui ne corrige pas ses erreurs, etc. ? Un autre critère sera donc l’acceptation et même la mise en musique de la critique sociale sur le plan déontologique.

Et ainsi de suite.

La démarche véritale nomme les différentes étapes de la procédure que doit mettre en œuvre tout informateur sérieux et rigoureux, et qui espère conquérir la confiance de son public. Ces étapes – on le voit – ne concernent pas le FOND de l’article ( ou de l’émission), mais la façon dont cet article a été fabriqué. C’est pourquoi elle ne limite en rien la liberté d’expression. Et pourquoi elle peut être éventuellement vérifiée par des observateurs extérieurs. Ce qui permettrait de « labelliser » l’information ainsi élaborée.

En attendant, tout informateur sérieux pourrait s'engager à respecter l'essentiel de cette procédure, en tout cas dans son esprit.

On a compris en quoi cette démarche ne garantit pas la vérité de telle ou telle information. Seulement, elle certifie que l’informateur a honnêtement et sérieusement suivi toutes les étapes qui permettent de produire une information crédible. Et le degré de vérité de ce type d’information labellisée est assurément plus élevé que la plupart des autres informations qui ne donnent aucune assurance sur la qualité du processus de fabrication de l’information.

La démarche véritale réunit de façon exhaustive l’ensemble des éléments de cette procédure de qualité :

Plan factuel (descriptif, constat)

1 – Exactitude (vérité, conformité, justesse, cohérence, …)

2 – Précision (concision, rigueur, clarté, particularité, …)

3 – Complétude (logique, complexité, exhaustivité, circonstancié…)

4 – Vérification (sur le terrain, auprès des acteurs concernés,…)

5 – Recoupement (avec d’autres sources, auprès d’autres acteurs…)

6 – Distinction fait/opinion (dans la mesure du possible)

7 – Investigation (originalité, information recherchée ou rapportée, de première ou seconde main, etc.)

8 – Éléments fournis par le public (commentaires, rectifications,…)

Plan de la signification (interprétatif, jugement)

1 – Test du contradictoire (les thèses autres ou inverses ont été étudiées)

2 – Honnêteté intellectuelle (conscience, sincérité, bonne foi, hiérarchisation, absence de manipulation, etc.)

3 – Impartialité (neutralité, absence d’animosité, équité, objectivité…)

4 – Respect de la loi (en général + en particulier loi juillet 1881)

5 – Intégrité (ni pub ni autocensure, refus des cadeaux, du copinage masqué…)

6 – Indépendance rédactionnelle interne (pub, actionnaire) et externe (Etat, acteurs puissants,…)

7 – Relativisme (nuance, prudence, pas de jugement moral sur les personnes, se mettre à la place de l’autre, modestie,…)

8 – Tact, humanité (respect, sensibilité, ouverture d’esprit,…)

Toute information, même la plus descriptive et objective possible, comporte nécessairement une part de subjectivité : choix du sujet, de l’angle, du périmètre (lieu, temps, personnages, etc.), interprétation, etc. C’est pourquoi nous pouvons étudier toute information publiée sous ses deux aspects descriptif et interprétatif, factuel et significatif, du constat et du jugement.

>> Pour les articles d’opinion (éditorial, commentaire, critique, caricature, tribune libre, interviews, etc.), la tolérance envers l’aspect interprétatif est évidemment plus grande que dans le cas d’un article se voulant purement ou essentiellement informatif.

Pour en savoir plus :

- « L’information responsable, un défi démocratique » : Analyse et propositions pour une information fiable et responsable

- « Décryptez l’information ; pour ne plus vous laisser manipuler par les médias »

- « Le Guide de l’écriture journalistique » : Un classique référencé dans les écoles de journalisme

- « Ethique de l’information » Rubrique de réflexion et d’actualité sur Débredinoire + les fondamentaux

 

 

« Sectes » : comment la presse incite à la haine des spiritualités pacifiques

La Miviludes vient de publier son rapport 2016 dont la presse se fait écho. Alors que le mot « secte » n’a aucune définition juridique et n’est pas reconnu par le gouvernement, les médias (y compris l’AFP) continuent à l’employer, présentant même cet organisme officiel comme « Mission anti-sectes » et incitant ainsi le public à craindre et haïr les spiritualités minoritaires.

Les titres parus dans actu-orange, le Point, Notre Temps, reprennent les termes de la dépêche AFP.

> Pour une bonne compréhension de cet article, il faut s'en tenir aux aspects déontologique et sémantique de la question des "sectes" dans les médias. Ce n'est pas une charge contre la politique "antisecte" du gouvernement, même si je suis obligé de montrer en quoi cette politique est critiquable pour faire ressortir l'importance du rôle des professionnels de l’information. Et donc la nécessité de s’astreindre à un usage rigoureux des termes, sous peine de dérapages aux dégâts humains considérables, particulièrement sous la pression émotionnelle d’événements tragiques comme nous en vivons aujourd'hui.

> Employer le mot juste : un devoir déontologique ! D'après un texte du groupe de travail sur le vocabulaire de l'Observatoire de déontologie de l'information (ODI)

Présenter la Miviludes (Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) comme la « Mission anti-sectes » constitue de fait une discrimination inadmissible. Les autorités ne luttent pas « contre les sectes » ! Celles-ci, dans leur acception de « nouvelles spiritualités », ne sont pas interdites, comme le croient beaucoup de Français en conséquence d'une mauvaise propagande. Elles ont les mêmes droits d’existence et d’action que n’importe quelle autre association.

En outre, le mot « secte » n'a pas de définition juridique : il a été banni (en théorie du moins) des discours officiels.

En ayant malgré cela recours à ce terme pour désigner des mouvements spirituels controversés mais pacifiques, la presse alimente de fait une haine publique envers des groupes de citoyens décrétés suspects à priori. Comme elle l'a fait entre les deux Guerres envers les Juifs.

Arbitraire

En France, ces mouvements spirituels sont bafoués, mis au pilori, calomniés, même s’ils n’ont pas été condamnés en tant que groupes par les tribunaux. L’exemple vient du sommet de l’Etat puisque la justification excipée par les médias et les lobbies anti-nouvelles-spiritualités (dits « anti-sectes ») réside dans la politique menée par un service du premier ministre nommé Miviludes. Cette mission interministérielle décrète que tel ou groupe est « à risque » de façon totalement arbitraire, jetant ainsi sur lui opprobre et suspicion. Et elle bafoue ainsi un principe fondamental de notre droit : la présomption d’innocence.

Comme l'indique le dernier rapport de la mission interministérielle, les journalistes consultent beaucoup la Miviludes, qui est leur première source d'information sur le thème des "sectes" et des "dérives sectaires". Mais ils se gardent bien, la plupart du temps, de consulter directement les groupes "signalés", comme pourtant leur déontologie les enjoint de le faire...

En effet, ses avis se basent sur des « signalements » (la plupart du temps des questions de citoyens du type : « Tel groupe est-il une secte ou non ? »), des rumeurs ou des coupures de presse. Ils ne résultent ni d’enquêtes de terrain, ni d’une confrontation directe avec ces groupes, ni de décision de justice, ni d’information scientifique (sociologique). Et la Miviludes refuse catégoriquement tout point de vue et tout débat public contradictoires.

Il est dès lors incompréhensible (sauf à admettre qu’elle est partie prenante dans cette volonté de discréditer les spiritualités minoritaires) et inadmissible que la presse reprenne son contenu sans aucun recul.

Infaillibilité quasi-papale

En vingt ans de politique nationale anti-nouvelles-spiritualités, pas un seul article ou reportage, dans les médias ou la presse, pas une seule émission sur le fonctionnement ou les méthodes de la Miviludes, sur la réalité des suspicions/accusations, sur le financement des associations soi-disant de victimes (en fait animées par des anti-nouvelles-spiritualités et subventionnées par l’État), sur l’influence de ces entités sur la justice elle-même, sur les victimes de cette politique discriminatoire, sur les bienfaits revendiqués par les membres de ces mouvements, etc.

Pour mes confrères, la parole de la Miviludes ou de l’Unadfi (ou du CCMM) est forcément vérité absolue. S’interroger sur sa validité, évaluer son action, enquêter sur la réalité du terrain en écoutant tous les interlocuteurs serait pour eux un crime : on ne conteste pas, dans un pays démocratique, une institution comme la Miviludes ("Pensez ! Elle défend les victimes des sectes"), dont les ukases bénéficient d’une infaillibilité quasi-papale.

Que des médias ouvertement partisans utilisent volontairement le mot « secte », on peut sinon l’admettre, du moins le comprendre. Mais que ce soit l’AFP, l’agence censée être neutre qui alimente tous les médias en nouvelles, qui le mette ainsi en avant, c’est un scandale que la profession devrait dénoncer.

Surveiller les dérives de la liberté d’expression ?

Si cet article ne suffisait pas à faire comprendre à mes confrères le scandale que représente le mode d'action de la Miviludes et le fonctionnement actuels de la politique française (et donc de la nécessité de garder son esprit critique face à ses avis et rapports), voici cet extrait d’un commentaire de maître Eolas sur son blog :

« [Ce qui fait] scandale (…), c'est l'existence d'une autorité (donc d'une dépense publique) dont le rôle est de surveiller des organisations religieuses considérées comme a priori suspectes. Imaginez, puisque vous vous voulez faire une analogie, qu'il existe une mission interministérielle chargée de surveiller les dérives de la liberté d'expression, chargée :
- D’observer et d’analyser le phénomène des organes de presse et des sites publics sur internet dont les agissements sont attentatoires aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ou constituent une menace à l’ordre public ou sont contraires aux lois et règlements ;
- De favoriser, dans le respect des libertés publiques, la coordination de l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre de ces agissements ;
- De développer l’échange des informations entre les services publics sur les pratiques administratives dans le domaine de la lutte contre les dérives de la liberté d'expression ;
- De contribuer à l’information et à la formation des agents publics dans ce domaine ;
- D’informer le public sur les risques, et le cas échéant les dangers, auxquels les dérives de la liberté d'expression l’exposent et de faciliter la mise en œuvre d’actions d’aide aux victimes de ces dérives ;
- De participer aux travaux relatifs aux questions relevant de sa compétence menés par le ministère des affaires étrangères dans le champ international.
Dans les deux cas, on touche à une liberté fondamentale : liberté d'expression, liberté de conscience. Et puisque dépense publique il y a, on peut aussi soulever qu'il existe un organe chargé de rechercher les dérives illégales et de lutter contre : le parquet, qui manque de sous pour ce faire, mais a déjà le personnel et les locaux. »

> J’ajoute deux choses :

- S’il faut effectivement surveiller les groupes à risque, pourquoi la Miviludes s’est-elle limitée toutes ces années (sauf depuis quelques mois) aux mouvements pacifiques en laissant un boulevard aux groupes dangereux, comme les salafistes, dont les dangers et l’infiltration sur le sol français étaient connus depuis longtemps (depuis le début des années 80 !) ?

- S’il faut effectivement offrir une aide aux victimes de manipulations préjudiciables, cela ne devrait pas se faire par des entités (Miviludes, Unadfi, etc.) qui, étant engagées contre les nouvelles spiritualités, sont à la fois juges et parties. Ce qui leur permet notamment d’influer sur le cours de la justice en présentant des dossiers déjà bouclés estampillés d’un sceau officiel. Au détriment des droits de la défense.

Ingrid Riocreux : « L’éthique du journalisme n’est pas un éthique du vrai mais une éthique du bien »

Dans son livre « La Langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement » (Editions de l’Artilleur/Toucan), la chercheure Ingrid Riocreux réalise un décryptage acide de la production du Journaliste sous un angle original : celui de la subjectivité qui transparaît malgré lui dans ses œuvres.

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Ingrid Riocreux.

Ingrid Riocreux ouvre le crâne du Journaliste, observe comment il fabrique son information et décrypte les motifs cachés qui en guident la fabrication. Elle parvient à cette analyse non par une interprétation psychologique de son inconscient mais en prenant un recul systématique par rapport aux mots utilisés par le Journaliste, aux tournures qu’il choisit, à l’angle des questions qu’il pose, etc.

Par cette méthode, elle met en lumière les présupposés, les préjugés, les idéologies, les croyances et la morale qui teintent en permanence sa subjectivité. Illustrant sa réflexion avec de très nombreux exemples pris essentiellement dans les champs de la politique et des questions sociétales, elle offre un panorama convaincant du non-dit qui anime en continu la production journalistique.

Aspects conscients et inconscients de l’éthique

riocreux-couvC’est un fait : même si la profession sait que l’objectivité et la neutralité parfaites sont hors de sa portée, elle n’a guère proposé jusqu’à ce jour de solutions pratiques pour traiter cet aspect subjectif. Tout au plus s’est-elle préoccupée de l’aspect conscient de l’éthique, par exemple en luttant pour que soit garantie l’indépendance des rédactions. Ou en réagissant face à telle ou telle pression publicitaire.

Mais l’aspect inconscient de l’éthique, celui qui fait la chair de l’ouvrage de Mme Riocreux, est malheureusement trop souvent ignoré. Or c’est certainement celui qui a le plus d’impact sur le contenu des informations diffusées.

Sans doute, pour beaucoup de confrères, aborder pour le critiquer ou le juger cet aspect de la subjectivité du Journaliste serait empiéter sur sa liberté d’expression, sur sa dignité, etc. Ce serait vécu comme une sorte de viol. On pourrait comprendre cette appréhension s’agissant d’un écrivain ou d’un artiste.

Bien commun

Mais le rôle du Journaliste n’est pas simplement de s’exprimer librement, c’est aussi de transmettre une connaissance, une donnée avérée donc de portée universelle et politique (au sens large). C’est à ce titre qu’il a des comptes à rendre à son public sur son honnêteté et sur son éthique. C’est aussi la raison pour laquelle le public manifeste souvent à son égard une réelle colère, quand il néglige le caractère de « bien commun » de l’information, quand il poursuit une route personnelle, animé par des convictions qui lui sont propres ou qui représentent seulement (sans l’avouer) certains courants de pensée de la société, tronquant ainsi le débat collectif.

Extraits du livre :

- « L’information porte nécessairement la marque de son énonciateur parce qu’elle résulte d’une multitude de choix, plus ou moins conscients, qui président à sa formulation. »

- « C’est avec une bonne conscience absolue que le Journaliste affirme comme des vérités un certain nombre de positions qui sont, en réalité, des points de vue, des opinions. »

- « Enquêter implique d’être prêt à découvrir des aspects dérangeants, sinon révoltants, qu’il faut accepter de révéler au détriment des personnes étudiées. Le Journaliste a donc trouvé un modus vivendi confortable : il n’enquête que sur les gens à qui il veut nuire. »

- « Le monde des médias est avant tout celui de l’entre-soi idéologique, qui s’appuie sur le rejet plus ou moins tacite de tel ou tel courant politique et la complaisance plus ou moins assumée envers certains mouvements de pensée et groupes de pression. On voit, dès lors, quelle parenté il peut entretenir avec le formatage médiatique des régimes totalitaires. »

- « L’éthique du journalisme n’est pas un éthique du vrai mais une éthique du bien. »

- « Le Journaliste ne lit pas les livres. Il ne lit pas non plus les rapports. Là aussi, ce qui compte, c’est l’orientation idéologique du document. »

- « Quand il croit être au service du Bien, [le Journaliste] congédie son esprit critique. »

- « On ne nous fera pas croire que le Journaliste s’est réellement penché sur des questions aussi complexes que celle des versets abrogés et abrogeants ou des hadiths apocryphes avant de nous dire qui sont les bons musulmans. Le Journaliste est comme vous et moi : il a des amis musulmans. Comme ce sont de bons amis, il considère que ce sont de bons musulmans. C’est la théologie du sentiment à la sauce médiatique. Et voilà sur quelle base on nous explique le monde. »

Tant que la « recherche de la vérité » ne prime pas sur les autres objectifs, tant que cet aspect inconscient de la conception de l’information n’est pas ouvertement abordé, tant qu’il ne fait pas l’objet d’un minimum de régulation, une chose est sûre : le divorce entre le public et ses informateurs ne fera que s’amplifier.

> Ingrid Riocreux est agrégée de lettres modernes et docteur de l’Université Paris-Sorbonne.

>> Le parti pris idéologique de l’auteure apparaît lui-même avec évidence par le choix de ses exemples et de ses thèmes. Ce qui lui a été souvent reproché. A tort, selon moi, car il est impossible, quoiqu’on fasse, de se départir d’a prioris idéologiques. De toutes façons, cela n’enlève rien à la pertinence de son analyse ni au décryptage fin qu’elle conduit dans un domaine, la subjectivité du journaliste, qui est trop rarement étudié, même seulement évoqué, dans les travaux sur la déontologie journalistique.

La méthode ‘Véritale’ pour décrypter l’information

RCF, la radio chrétienne francophone, a réalisé deux interviews de votre serviteur. L’une porte sur mon combat pour une meilleure prise en compte de la déontologie dans le journalisme. L’autre concerne mon parcours spirituel et mon action pour l’établissement d’une vraie fraternité.

rc-jl-mlLa radio RCF est un réseau qui compte désormais 63 radios locales et 250 fréquences en France et en Belgique.

L'antenne bourbonnaise qui a réalisé les émissions est audible sur 96.9 FM. Elle diffusera deux interviews de moi aux dates suivantes :

  • Mardi 18 octobre 2016 à 11 :30
  • Dimanche 23 à 17 :00
  • Mardi 25 à 11 :30
  • Dimanche 30 à 17 :00.

> Les émissions sont réécoutables en ligne sur le site de la radio.

 

France 5, émission sur « l’emprise mentale » : est-ce encore de l’information ?

La déontologie journalistique n’a pas vraiment été à l’honneur lors de cette émission diffusée le 19 avril dernier et rediffusée ce 12 mai. France 5 a surtout joué avec les préjugés et l’émotionnel pour brosser un tableau partial trompeur plus effrayant que nature. Et qui, surtout, n’aide en rien la prévention.

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Marina Carrère d'Encausse, présentatrice de l'émission (capture d'écran).

Plutôt que de chercher à comprendre pourquoi des patients se sont confiés à ces trois thérapeutes non conventionnels qui furent condamnés en 2015, le documentaire « Emprise mentale, quand la thérapie dérape » et le débat, présentés les 19 avril et 12 mai 2016 par Marina Carrère d’Encausse dans "Le Monde en face" sur France 5, ont versé dans la charge unilatérale et simpliste, sans avis contradictoire, sans avocat des parties incriminée et mêlant constamment faits réels, contrevérités et préjugés.

Les deux séquences ont fait appel aux termes fourre-tout et sans définition juridique ni médicale de « secte » et de « dérives sectaires » ainsi qu’à l’émotionnel et au passionnel.

La situation des personnes abusées est poignante. En revanche, l'exploitation complaisante qui en est faite par le choix éditorial est non seulement abusive mais stérile. Elle n'apporte rien qui puisse aider à une véritable prévention.

Le seul résultat : l’effroi  et l’indignation des téléspectateurs. Or, on le sait, la peur ne peut suffire à faire progresser les consciences. Elle est même souvent contre-productive.

Le documentaire, réalisé par Stéphanie Trastour, se réduit, au travers des propos des victimes et des grands "antisectes" (Miviludes, Me Picotin...), à une longue accusation des personnes présentées comme des « dérapeutes » sans que celles-ci, quelques fautes qu'elles aient commises, puissent jamais s’expliquer. Pas d’avocat non plus, sauf une seule fois et quelques secondes seulement sur un aspect juridique du dossier.

Après la diffusion du documentaire, l’animatrice, qui est par ailleurs médecin, a ouvert un "débat" au cours duquel elle s’est entretenue avec Gérard X., un homme dont l’ex-épouse serait « tombée sous l’emprise d'un gourou » et aurait de ce fait rompu avec sa famille. Elle a reçu également Marie Drilhon, responsable de l’ADFI Versailles, association qui défend les « victimes de sectes ».

Débat tronqué

ADFI

Responsable ADFI (capture d'écran de l'émission).

Débat tronqué puisqu’il réunissait trois personnes entièrement d’accord entre elles pour stigmatiser des personnes absentes du plateau. Pire, l’affaire qui sert à illustrer le débat est en cours d’instruction. Cela n’a pas empêché les trois participants de présenter le groupe (non nommé) comme une « secte » et son animateur comme un dangereux « gourou scientifique ». Ce dernier adjectif permettant, pour qui suit ce type d'actualités, d'identifier facilement le mouvement ainsi mis au pilori.

Gerard

Gérard X. prétend qu'un gourou "fou de volonté de puissance" lui a volé sa femme. Celle-ci, ignorée par la réalisatrice de l'émission mais rencontrée par Débredinoire, assure, elle, qu'elle est partie en pleine connaissance de cause pour suivre une nouvelle voie philosophique et, surtout, quelques mois après que Gérard lui ait parlé de divorcer. Il ne s'agit donc aucunement d'une rupture due à l'emprise d'un être malfaisant (photo : capture d'écran).

Le cas de la femme de Gérard (la personne interviewée par Marina Carrère d’Encausse) pourrait très bien être  analysé autrement, comme une conversion par exemple, donc non pas  comme une emprise mentale mais comme un choix libre et responsable. Mais ce point de vue, qui est celui de sa femme qui l’a quitté, n’a même pas été signalé.

Si la chaîne avait pris la peine de questionner l’ex-épouse de Gérard, elle aurait appris d’elle que son départ du foyer familial avait en fait suivi une évocation de divorce formulée par lui quelques mois auparavant…

La chaîne n'a présenté qu’un seul point de vue (le mal absolu face à des citoyens envoûtés) et a insisté longuement et avec des gros plans sur le visage de familles éplorées pour épouvanter le téléspectateur plus que de raison. En conclusion, n'en a-t-elle pas pris à son aise tant avec la charte des journalistes qu’avec la convention qu’elle a signée avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ?

Et, ce qui est quand même dommage pour une télévision de service public, aucune place n'a été laissée ni à l’information contradictoire ni à la réflexion sur le fond des choses, comme l'a remarqué en fin du documentaire la psychanalyste Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse et de la psychiatrie.

Voici les préceptes qui ont été malmenés, selon moi, par France 5 dans ce programme  :

Cahier des charges de la société nationale de programme France Télévisions
(Décret n° 796 du 23 juin 2009)

« Dans le respect du principe d’égalité de traitement et des recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel, France Télévisions assure l’honnêteté, la transparence, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion.

Elle ne recourt pas à des procédés susceptibles de nuire à la bonne compréhension du téléspectateur. Les questions prêtant à controverse doivent être présentées de façon honnête et l’expression des différents points de vue doit être assurée. (…)

Dans le respect du droit à l’information, la diffusion d'émissions, d’images, de propos ou de documents relatifs à des procédures judiciaires ou à des faits susceptibles de donner lieu à une information judiciaire nécessite qu'une attention particulière soit apportée (…) au respect de la présomption d'innocence, c’est-à-dire qu'une personne non encore jugée ne soit pas présentée comme coupable.

Lorsqu’une procédure judiciaire en cours est évoquée à l’antenne, la société doit veiller, dans le traitement global de l’affaire, à ce que :

― l’affaire soit traitée avec mesure, rigueur et honnêteté ;

― le pluralisme soit assuré par la présentation des différentes thèses en présence, en veillant notamment à ce que les parties en cause ou leurs représentants soient mis en mesure de faire connaître leur point de vue. (…)

En cas de recours à des émissions de reconstitution de faits vécus, la société veille à montrer avec retenue et sans dramatisation complaisante la souffrance, le désarroi ou l’exclusion. »

Charte des journalistes

« Un journaliste digne de ce nom :

- Respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence ;

- Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ;

- Ne confond pas son rôle avec celui du policier ou du juge ».

> Le service de presse de France 5, à qui j'ai demandé de pouvoir poser mes questions à la présentatrice, ne m'a pas répondu à ce jour.

> Malheureusement pour les personnes ainsi injustement maltraitées par cette émission et pour les (rares) citoyens qui pensent que la rigueur et l'impartialité dans tous les domaines sont les deux mamelles de la bonne information, il y a peu de chances qu'un "grand" média s'indigne de ces pratiques. Bien au contraire.

En effet, quand s'ouvre un dossier dans ce domaine, les préjugés prennent le pas sur la rigueur de l'information et la diversité des points de vue pour condamner a priori avec force témoignages toujours à sens unique. Voir, par exemple, pour rester dans l'actualité, cet article de l'Obs qui présente ce groupe comme coupable alors même que l'affaire n'a pas été encore jugée.

Quand on sait que ce mouvement est celui dont il est question dans le débat de France 5, on peut légitimement se poser la question de savoir si cette émission, préparée avec la Miviludes et l'ADFI, n'avait pas aussi pour but d'influencer l'opinion public et les juges dans un sens bien défini...

Mais au fait, que fait le CSA, le gendarme de l'audiovisuel ?

(Photo de une : copie d'écran de l'émission)

 

 

 

Mon intervention sur un tabou médiatique : l’analyse de la politique antisectes

Voici le résumé de ma contribution à la Conférence de Dijon du vendredi 29 avril 2016 sur le thème « Lutte antisectes : bilan et perspectives ». L’événement, qui a rassemblé plus de 70 personnes, était organisé par CAP LC et Débredinoire.

Dijon CAP DEB

Thierry Delval, membre de Cap LC (au micro), Thierry Bécourt, président de Cap LC, et JL ML. Photo : Cap LC.

Avant d’entamer mon propos, je me suis présenté ainsi :

- Je suis « journalistologue », une nouvelle spécialité, dont je suis le fondateur, s’intéressant à l’introduction de la « pensée » dans le traitement des informations d'actualité. J’agis pour une épistémologie du travail journalistique et notamment, tout prioritairement, pour une connaissance, par l’informateur, de ses propres présupposés, préjugés et partis pris automatiques[1].

- Je défends les victimes des dérives de la lutte antisecte. Je ne suis pas opposé à – je reconnais même la nécessité de – traquer et dénoncer les manipulations des groupes et des personnes disposant d’une quelconque autorité et abusant de la faiblesse ou de la crédulité des autres. Mais alors, que cela soit fait partout – et non seulement dans les mouvements spirituels ou les médecines douces ! Car cette traque centrée contre les mouvements injustement baptisés par le gouvernement « sectes » ou « à risque sectaire » est source d’innombrables souffrances et injustices qui n'émeuvent personne, pas même les défenseurs des droits de l'homme...

Des médias partiaux et fuyant le débat

Les médias ne transmettent que les informations qui paraissent confirmer le « danger des sectes ». Partant de faits parfois réels, ils ne présentent que l’aspect négatif des choses, taisant toute information inverse, ne donnant la parole qu’aux accusateurs.

Un exemple flagrant de cette partialité : l’émission « L’emprise mentale : quand les thérapeutes dérapent » sur France 5 le 19 avril 2016. Tous les acteurs et tous les invités au débat qui a suivi étaient à charge, la commentatrice du reportage puis la journaliste du débat n’apportant aucune contradiction, bien au contraire. La peur et l’émotion (familles éplorées en gros plan) ont servi d’arguments plutôt que la réflexion et la recherche de compréhension.

Inversement, quand la scientologie gagne un procès en France contre l’Etat et l’Unadfi, c’est le silence total. Ou quand elle est blanchie (en Belgique), après 18 ans d’enquête, la plupart des médias français, quand même obligés de dire un mot de cet événement retentissant, se contentent des quelques lignes diffusées par l’AFP…

Certains journalistes vont même inventer des faits pour émouvoir plus leurs lecteurs, comme ce carnet intime fictif d’une victime présenté comme réel dans le livre enquête d’Antoine Guélaud (TF1) « Ils ne m’ont pas sauvé la vie ».

Journalistes : une profession sans régulation nationale professionnelle

Alors que partout dans le monde, dans les pays démocratiques, existent des instances nationales pour écouter les plaintes du public envers les médias, comme les conseils de presse, où siègent éditeurs, journalistes et représentants du public, en France, le projet de création d’un Conseil de presse, porté par l’APCP dont je suis co-créateur, n’aboutit toujours pas.

Marcel Disko, président de la Miviludej.

Marcel Disko, président de la Miviludej.

J’ai notamment participé à un groupe de travail sur le vocabulaire employé par les journalistes dans le cadre de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), émanation de l’APCP. A mon initiative, et malgré les vives résistances de certains, l’atelier a mis également à son agenda les mots « secte » et « dérive sectaire ». Le rapporteur de ce groupe de travail a entendu mes arguments.

Enfin, je me suis pris à imaginer, sur le mode humoristique, ce que pourrait être une instance de régulation du travail de ma profession présidée par un certain Marcel Disko (dessin ci-contre).

Perspectives

L’information diffusée par CAP LC, Débredinoire et des conférences comme celle-ci permet d’alerter les Français sur les dérives de cette chasse aux sorcières d’un autre temps et d’inviter les victimes de ces discriminations à ne pas se laisser faire, par exemple, en demandant systématiquement un droit de réponse (presse écrite et internet).

Certes, il faut combattre les abus, mais des organismes comme la Miviludes, l’Unadfi, le CCMM et la Fecris, instances partiales et focalisées contre les personnes et les mouvements qui agissent pour défendre la conscience et les alternatives, doivent être réformés. Si l’on peut leur reconnaître l’utilité d’offrir une écoute attentive des victimes des personnalités ou groupes nocifs (ça arrive malheureusement), ils devraient agir comme médiateurs plutôt que comme inquisition et tribunal parallèles sans déontologie ni contrôle.

Si j’œuvre contre le racisme des matérialistes radicaux et des athées extrémistes qui voudraient éradiquer toute marque de transcendance dans notre société ; si je me fais l’avocat des groupes qualifiés de l'infamant « sectes », à l'incompréhension de beaucoup, c’est bien parce que je suis épris de justice et de fraternité.

C’est pourquoi aussi j’invite tous les groupes spirituels et toutes les professions thérapeutiques non reconnues et non réglementées à concevoir des référentiels éthiques universels et à mettre en place des cellules d’écoute des doléances à l’intérieur même de leur mouvement ou pratiques.

Enfin, je plaide pour que chaque mouvement, chaque personnalité charismatique fassent preuve d’humilité en reconnaissant qu’ils ne peuvent détenir seuls la vérité, que la société n’est pas forcément leur ennemie et qu’ils apprennent à communiquer avec le monde de telle sorte qu’ils puissent apporter leurs valeurs et leurs connaissances de façon désirable par tous.

[1] Le magazine Reflets a publié en décembre 2014 (n° 14) un dossier courageux sur le traitement médiatique du conflit israélo-palestinien, en insistant précisément sur l’analyse du filtre de toute personne prétendant informer.

Ma contribution au rapport 2015 de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI)

L’exigence d’«honnêteté» de l’information ne peut remplacer «l’objectivité» qui doit être conservée comme «horizon à atteindre». «Secte ou dérive sectaire» : le journaliste devrait «se contenter de dénoncer les actes répréhensibles au regard de la loi sans affubler de ce qualificatif devenu infamant, et sans plus d’examen, ceux qui pensent ou agissent à l’écart de l’establishment».

ODI 2015

Cliquer sur l'image pour accéder au site de l'ODI et télécharger ses rapports.

« Au cours de l’année 2015, les membres de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) ont poursuivi leur veille sur le respect de la déontologie de l'information, à partir de leurs propres observations et de celles de sources extérieures (sites spécialisés, médias généralistes, syndicats de journalistes, associations de citoyens, chercheurs, etc.) Près de 200 alertes ont été sélectionnées depuis octobre 2014, date de remise du précédent rapport. »

Membre de cette association, ma contribution en 2015 a été d’insister sur la nécessité de viser « l’objectivité » journalistique, même si elle ne constitue qu’un horizon toujours fuyant, plutôt que de l’abandonner au seul profit de l’exigence d’honnêteté, comme le veulent un certain nombre de confrères.

De même, au sein d’un groupe de travail sur le vocabulaire journalistique, j’ai voulu montrer que « au nom de la lutte – légitime – contre les dérives sectaires, les mots « secte » et « dérive sectaire » sont souvent employés à tort et à travers, de façon abusive, au mépris de la présomption d’innocence et sans que les accuses puissent se défendre. C’est un sujet sensible, complexe, traité généralement de façon passionnelle et réductrice ».

Le groupe de travail a conclu que « le public (et surtout les membres des groupements concernés, qui ont aussi droit au respect) apprécierait donc sans doute qu’on se contente de dénoncer les actes répréhensibles au regard de la loi, commis par tel ou tel groupe, sans affubler de ce qualificatif devenu infamant, et sans plus d’examen, ceux qui pensent ou agissent à l’écart de l’establishment ».

« Ce troisième rapport de l’Observatoire de la déontologie de l’information, « Informer dans la tourmente », souligne un certain nombre de points marquants : la convergence des médias n’est pas seulement un thème économique, elle est également la réalité actuelle de l’information interconnectée qui fait système ; le rôle croissant des réseaux sociaux vient renforcer cet effet systémique ; la gestion des relations avec les sources devient plus complexe à mesure qu’elles se diversifient. Déjà relevés l’année dernière, le durcissement des relations entre les politiques et les médias ou l’effacement des frontières entre information, communication et publicité doivent conduire les rédactions à renforcer leurs défenses déontologiques. (…)

L’ODI inscrit son action dans la durée ; résolument tripartite, il appelle les entreprises, syndicats et associations à le rejoindre afin de conforter l’approche déontologique, au cœur de l’information professionnelle de qualité. »

« Secte » et « dérive sectaire » : des mots à éviter

Cela fait deux décennies que je tente d’alerter mes confrères et l’opinion publique sur le mauvais usage, tant par les pouvoirs publics que par la presse, des mots « secte » et « dérive sectaire ». J’ai enfin été entendu.

La profession journalistique reconnaît que l’emploi des mots « sectes » et « dérive sectaire » ne va pas de soi. Et suggère de les éviter.

L'Observatoire de déontologie de l'information (ODI) vient de publier un texte de son groupe de travail sur le vocabulaire, inventaire illustré des principales erreurs ou difficultés d’emploi des mots à partir d’exemples recueillis lors des derniers mois.

« Les mots sont souvent mal employés, mal perçus (ce qui n’est pas la même chose) et peuvent faire mal, très très mal. »

Sont étudiés :
- Erreurs, fautes d’emploi ou d’appréciation
- Réfugiés, exilés, migrants
- Terrorisme, terroriste ; État islamique
- Juifs de France
- Secte ou dérive sectaire.

A mon initiative, et malgré les vives résistances de certains, l’atelier a mis également à son agenda les mots « secte » et « dérive sectaire ». Le rapporteur de ce groupe de travail, Loïc Hervouet, a entendu mes arguments.

Voici ce qu’il en dit, après avoir étudié la question de plus près (extrait du rapport) :

ODOI secte

C’est pour moi une grande satisfaction, car c'est la première fois depuis plus de 20 ans qu'un confrère prend la peine d'écouter et d'étudier honnêtement mes explications et de vérifier par lui-même, et partage mon analyse.

Loïc Hervouet est journaliste, enseignant d'éthique du journalisme, ancien DG de médias, de l'ESJ Lille (mon école !) et ancien médiateur de RFI.

Après toutes ces années de refus, de portes fermées et même de mépris à mon égard sur ces questions, c'est une grande satisfaction que j'ai plaisir à partager avec vous, mes lecteurs qui connaissez mon investissement sur ce terrain.

J'ai bien conscience que ce n'est qu'un petit pas, qui s'ajoute cependant à la création de l'Association de préfiguration d'un Conseil de presse (APCP) et de son émanation l'ODI à laquelle j'ai ardemment participé.

Puisse malgré tout ce petit pas être l'occasion de débats dans les rédactions et dans la société. En tout cas, il constitue d'ores et déjà une base déontologique à laquelle les "blessés de l'information" pourront désormais ouvertement demander que les médias se réfèrent.

 

 

Projet de création d’un Conseil de presse : où en est-on ?

L’Association de préfiguration d’un Conseil de presse (APCP), qui existe depuis fin 2006, fait le point sur son projet d’instaurer en France une instance de dialogue et de régulation de la presse. Beaucoup d’obstacles mais des avancées certaines, conclut Yves Agnès, qui ne se représentera pas à la présidence de l’association.

> Télécharger le bulletin de juillet 2015 - Newsletter N°49-1

Yves Agnès, président de l'APCP depuis sa création, ne postulera pas un nouveau mandat.

Yves Agnès, président de l'APCP depuis sa création, ne postulera pas à un nouveau mandat. Photo : Ouvertures.

" Derrière la création d’un conseil de presse, il y a plusieurs questions fondamentales en jeu. D’abord, c’est l’instrument adéquat pour conforter et défendre la liberté d’expression et d’information. Et c’est, en corollaire, le droit des citoyens d’une société démocratique à disposer d’une information de qualité : seul un conseil de presse peut combattre la pente fatale collective vers la médiocrité. C’est aussi l’affirmation que l’instance chargée d’y veiller doit associer les trois parties prenantes [Journalistes, éditeurs, public]. Le public a son mot à dire, autrement que par des commentaires hargneux en réaction à ce qui est publié ou diffusé. Une balise, un phare qui indique les récifs dangereux."

Ces mots concluent l'article d'Yves Agnès, président de l'APCP, dans son article bilan de cette association publié dans le dernier bulletin n° 49 (juillet 2015).

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Trois des six syndicats de journalistes (représentant 70 % aux récentes élections de la carte professionnelle) soutiennent le projet de création d'un Conseil de presse en France dont le dernier bulletin décrit le fonctionnement proposé.

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Votre serviteur est co-fondateur de cette association APCP qui a vu le jour l'année de parution de mon livre "L'Information responsable. Un défi démocratique", ECLM.

Ce livre est en téléchargeable gratuitement sur le site de l'éditeur !

 

 

 

 

Journalisme : il faut défendre l’exigence d’objectivité

L’Observatoire de la déontologie journalistique (ODI), présidé par Patrick Eveno, publie les conclusions du groupe travail constitué pour éclairer les concepts d’objectivité et d’honnêteté de l’information. Photo de Une : Patrick Eveno

Ojectivité ODISous prétexte que « l’objectivité » n’existe pas, les journalistes avaient pris l’habitude de refuser ce mot pour le remplacer par celui d’« honnêteté ». Un groupe de travail mis en place par le président de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), suite à mon interpellation, remet l’objectivité à l’honneur, au moins comme horizon à atteindre.

Dans un article publié ici le 20 octobre dernier, je réagissais à la publication du deuxième rapport du 2e rapport de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).

L’un de mes commentaires avait pour but de protester contre le remplacement de la notion d’objectivité par celle d’honnêteté, et même de subjectivité.

Or, l'honnêteté ne suffit pas à remplacer l'objectivité. Et la subjectivité doit justement être limitée le plus possible (sauf dans les cas où elle peut être justifiée, dans certains reportages, par exemple).

Dans mon article, j’écrivais ceci : « Le § sur l’objectivité et honnêteté (dans « 4. Distinctions et précisions »), qui fait, je le sais, consensus dans la profession, me paraît en fait devoir être revisité (« L’objectivité journalistique n’existe pas. La pratique du journalisme repose sur une série de choix et les mots « objectif, objectivité » doivent être bannis à son sujet et réservés aux sciences exactes, les seules à pouvoir y prétendre. Les journalistes préfèrent donc parler d’honnêteté dans leur travail »). » Et je donnai mes raisons.

Patrick Eveno, président de l’ODI, a alors proposé qu’un petit groupe de réflexion réexamine les termes de ce débat. Le document présenté ici résume les points de convergence.

Le souci commun du groupe a été de respecter scrupuleusement la finalité du métier de journaliste telle qu’elle est définie dans une Déclaration de l’UNESCO de 1983.