Épistémologie

Un nouveau paradigme scientifique : le « post-matérialisme »


Par Philippe De Coster

Des scientifiques, tous issus du monde académique, plaident pour une recherche embrassant le domaine de l’existence toute entière, y compris celui de la conscience et de la spiritualité. Ils ont publié un « Manifeste pour une science post-matérialiste » qui recueille aujourd’hui plus de 500 signatures.

Mario de Beauregard, l'un des organisateurs du sommet de février 2014 à l'origine du Manifeste.

Une nouvelle est passée quasiment inaperçue en France et pourtant elle témoigne de l’existence d’un nouveau paradigme dans le domaine de la science auquel de plus en plus de savants souscrivent. En 2014, aux États-Unis, un petit groupe de scientifiques dont le Dr Mario Beauregard, neuroscientifique canadien de renommée internationale, tous issus du monde académique, ont rédigé le « Manifeste pour une science post-matérialiste ».

Ce document déclare que la démarche scientifique ne doit pas se limiter à l’hypothèse sous-jacente que tout est matière et que rien n’existe en dehors de la matière. Si on entend par « science » une démarche rationnelle, mettant en lien des faits observables et ayant une valeur explicative et prédictive, alors la « science » doit aussi embrasser le domaine de l’existence toute entière y compris celui de la conscience et de la spiritualité. Le Manifeste indique par exemple que « des travaux en psycho-neuro-immunologie indiquent que nos pensées et nos émotions peuvent grandement influencer l’activité des systèmes physiologiques (par exemple : immunitaire, endocrinien, cardiovasculaire) connectés au cerveau.»

« L’esprit ne peut être dérivé de la matière »

Plus loin : «a) L’esprit représente un aspect de la réalité tout aussi primordial que le monde physique. L’esprit joue un rôle fondamental dans l’univers, il ne peut être dérivé de la matière et réduit à quelque chose de plus basique.
b) Il existe une interconnexion profonde entre l’esprit et le monde physique.
c) L’esprit (la volonté/l’intention) peut affecter l’état du monde physique et opérer de manière non-locale, c’est-à-dire qu’il n’est pas confiné à des points spécifiques dans l’espace (tels que le cerveau et le corps) et le temps (tel que le présent).»

Cette idée que ce n’est pas le cerveau qui produit la conscience ou que la « réalité » ne se limite pas à la matière, n’est pas nouvelle. Déjà, en 1931, le grand physicien Max Planck, un des pères de la physique quantique, prix Nobel de physique en 1918, déclarait : « Je considère la conscience comme fondamentale, la matière n’est qu’un dérivé de la conscience. On ne peut pas aller au-delà de la conscience. Tout ce dont on parle, tout ce qu’on considère comme existant, postule une conscience. Il n’y a pas de matière « en soi » ; elle existe seulement en raison d’une force qui amène la particule dans un état vibratoire et la maintient dans un minuscule système solaire ; nous supposons derrière cette force l’existence d’une conscience et d’un esprit intelligent. L’esprit est la matrice de toute matière. »

Plus de 500 signataires

Ce qui est nouveau, c’est que de plus en plus de chercheurs, venant des domaines de la physique fondamentale, des mathématiques, de la biologie, de la médecine, de la psychologie, adhérent à l’idée que la conscience existe dans un plan différent de celui de l’univers physique. Ils pensent qu'elle n’est pas une production du cerveau même si, bien sûr, elle peut produire des effets localisables dans le cerveau lorsqu’elle agit.
Les auteurs du « Manifeste pour une science post-matérialiste », en 2014, furent au nombre de huit. Progressivement, le mouvement s’est étendu à plus de 500 signataires. Les ont rejoint le prix Nobel de physique 1973 Brian Josephson, Deepak Chopra, Rupert Sheldrake et de nombreux professeurs d’université ou directeurs de laboratoire dans des domaines variés. Le site opensciences.org publie la liste à jour des signataires.
En France, aucun grand media n’a parlé de ce mouvement qui indique un profond changement de paradigme scientifique.

Laisser un commentaire