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La Russie mène une répression dure contre les Témoins de Jéhovah

Le nombre de Témoins de Jéhovah privés de leur liberté a augmenté de façon spectaculaire et rapide en Russie depuis l'interdiction de leur religion en avril 2017. En France, les belles âmes ignorent ces discriminations. Et peut-être même les approuvent-elles secrètement ? Sinon, au moins, elles protesteraient.

Selon Human Rights Without Frontiers (HRWF), la situation s'aggrave jour après jour. Les jeunes Témoins de Jéhovah pourraient également être ciblés pour leur objection de conscience au service militaire, en tant que membres d'une « organisation religieuse extrémiste interdite » (Code pénal, article 282.2).

Sur le site des Témoins de Jéhovah en Russie : session du Conseil russe des droits de l'homme (2016), instance à qui les épouses des Témoins de Jéhovah emprisonnés préventivement ont adressé une lettre ouverte.

Par solidarité avec ces hommes persécutés, je tenais à donner la liste mise à jour de 16 prisonniers au 8 juin 2018. Leur détention préventive est systématiquement prolongée jusqu'au début de leur procès cet été :

Région Oryol
Dennis Christensen

Tatarstan
Ilkham Shamilevich Karimov, Vladimir Nikolayevich, Konstantin Matrashov, Aydar Maratoviсh Yulmetyev

Bashkortostan
Anatoliy Sergeyevich Vilitevich

Murmansk
Roman Nikolayevich Markin, Viktor Fedorovich Trofimov

Vladivostok
Valentin Pavlovich Osadchuk

Orenburg
Aleksandr Gennadyevich Suvorov, Vladimir Yuryevich Kochnev

Magadan
Konstantin Nikolayevich Petrov, Ivan Grigoryevich Puyda, Yevgeniy Anatolyevich Zyablov, Sergey Liviyevich Yerkin

Tomsk
Sergey Gennadyevich Klimov.

Le 7 juin dernier, dix des épouses des 16 TJ emprisonnés en Russie ont envoyé une lettre ouverte à Mikhail Fedotov, conseiller du président Poutine et président du Conseil présidentiel pour la société civile et les droits de l'homme, dont voici l'essentiel :

« Cette lettre ouverte à vous est un cri de désespoir. Les gens qui nous sont chers, nos maris, ceux qui nous nourrissent, les pères de nos enfants, les gens pacifiques et honnêtes, toujours prêts à aider les autres, sont jetés derrière les barreaux pour être soupçonnés de lire les commandements bibliques et de prier ensemble avec nous et nos enfants au Dieu dont le nom, écrit dans la Bible, est Jéhovah.

À ce jour, en Russie, 17 personnes sont déjà en détention préventive. Un de nos compagnons croyants est en détention depuis plus d'un an. Des dizaines de croyants, dans 11 régions de Russie, sont assignés à résidence ou ont l'interdiction de quitter leur ville de résidence. Chaque jour qui passe, leur nombre augmente. Considérant qu'en Russie il y a 175 000 personnes professant la religion des Témoins de Jéhovah, nous nous demandons combien de dizaines, centaines ou milliers de victimes de conscience prendront avant que la persécution criminelle injuste des gens pour leur foi en Dieu soit terminée.

Sous le couvert de la lutte contre l'extrémisme, beaucoup d'entre nous, et même nos enfants, ont été menacés d'armes par des agents des forces spéciales et ont reçu l'ordre de se coucher face contre terre. Nos maisons ont été pillées et fouillées, nos téléphones et ordinateurs ont été saisis, de sorte que nous ne pouvons pas travailler ou mener une vie normale. Nos photographies de famille, nos passeports et autres documents personnels et nos Bibles ont été confisqués. Ils essaient de nous forcer à vivre dans la peur et à trembler chaque fois qu'on frappe à la porte ou au son d'une sirène dans la rue, alors qu'on attend l'arrestation simplement pour notre foi. Certains croyants ont déjà été renvoyés de leur lieu de travail après de nombreuses années de travail sans faute simplement parce que l'organisation des Témoins de Jéhovah est interdite en Russie. Nous ne pouvons pas trouver les réponses aux questions de pourquoi nous sommes soumis à un tel harcèlement dans notre pays, et quelle religion sera la prochaine victime après nous ?

Les forces de l'ordre qui persécutent nos maris pour leur foi en Dieu expliquent que c'est à cause de la décision du 20 avril 2017 de la Cour suprême de la Fédération de Russie de liquider toutes les entités juridiques des Témoins de Jéhovah en Russie.

[Or] cette décision n'a pas interdit la religion des Témoins de Jéhovah en Russie. Il s'agissait uniquement d'entités juridiques. Alors, pourquoi les forces de l'ordre agissent-elles en violation de la volonté du gouvernement de notre pays ? Qui dans notre pays profite de la répression massive des croyants religieux ? Pourquoi nos proches sont-ils accusés d'un crime grave avec la perspective d'une peine d'emprisonnement de 6 à 10 ans pour une activité extrémiste fictive ? Pourquoi les forces de l'ordre interprètent-elles à tort l'expression pacifique de la foi en Dieu comme participation à une organisation extrémiste ?

Face à de telles circonstances monstrueuses, nous avons peur pour l'avenir de nos enfants. Le terrain a été aménagé pour que les enfants soient arrachés à leurs parents, dont la foi en Dieu a été déclarée "mauvaise". Nouvelles que l'information sur les enfants dont les parents sont les Témoins de Jéhovah est recueillie dans des établissements éducatifs et médicaux est très inquiétant. Il n'est pas surprenant que pratiquement chaque semaine des familles entières de nos frères croyants abandonnent tout et fuient à l'étranger pour demander l'asile politique pour la protection de leurs enfants.

En échange de la liberté et d'une vie tranquille, nous sommes invités à renier notre foi. Ce n'est pas seulement une figure de style : les enquêteurs nous ont directement invités à signer des documents pour éviter d'être punis pour « extrémisme ». Sinon, selon leurs mots, aucun avocat ne pourra nous sauver. Mais nous ne pouvons pas arrêter de croire en Dieu. C'est un droit que chaque individu a depuis sa naissance. La Fédération de Russie est un État multiconfessionnel et nous, en tant que citoyens de la Russie, avons le droit de nous attendre à ce que nos droits soient respectés par l'État. Nous ne demandons pas de privilèges spéciaux. Nous demandons une seule chose - s'il vous plaît, défendez nos droits.

Honorables membres du Conseil ! Une campagne de terreur a été déclenchée contre toute une religion, l'une des plus grandes religions chrétiennes en Russie. Les droits de l'homme fondamentaux sont bafoués : droit à la liberté de culte et à l'inviolabilité personnelle, droit à la dignité personnelle, droit à la vie privée, droit à l'inviolabilité du foyer, liberté de conscience, liberté de pensée, liberté de culte , le droit à la propriété privée.

Si le gouvernement russe ne met pas rapidement fin à cette campagne de terreur grandissante, l'administration devra faire face à une catastrophe nationale des droits de l'homme. Nous sommes certains que vous avez le pouvoir d'agir maintenant ! Nous vous demandons de transmettre ces informations au Président de la Fédération de Russie et d'utiliser tous les moyens légaux possibles pour rétablir les droits des croyants. »

Pas sûr qu’en France, nos associations spécialisées dans la défense des droits réagissent, ou que l’asile politique soit accordé à ces martyres, puisque notre pays incite lui aussi de façon très officielle (députés, sénateurs, Miviludes, Fecris) à la haine des T.J.

> Les ONG commencent à réagir :– http ://www.liberation.fr/direct/element/russie-une-association-denonce-la-persecution-religieuse-contre-les-temoins-de-jehovah_83818/

http ://www.freedomofconscience.eu/declaration-au-conseil-des-droits-de-lhomme-la-liberte-de-religion-en-russie/

Un témoin de Jéhovah, père d’un enfant « exclu », donne son point de vue

A la suite des deux articles précédents sur l’excommunication pratiquée par les témoins de Jéhovah sur certains des membres de leur communauté, voici, selon le papa, qui veut rester anonyme, d’un enfant « exclu », les raisons de cette pratique.

L'auteur de ce témoignage a souhaité garder l'anonymat.

Ce témoin de Jéhovah parle d’« exclusion », mot « préférable à celui d’excommunication ».

Voici le sens que lui accordent les membres de sa congrégation : « Sois toujours prudent quand tu as affaire à ce genre d’individus [les exclus]. Dans la plupart des cas, ce sont des personnes qui ont été expulsées de l’organisation pour refus délibéré de se conformer aux règles de vie du christianisme.

» Ces personnes cherchent toujours des appuis extérieurs, une façon de se donner bonne conscience, de se présenter en victime et de donner du grain à moudre aux anti sectes

» Sur ce, l’expulsion chez les T de J peut intervenir pour des raisons que les personnes de l’extérieur vont qualifier de très graves, voire criminelles ou… ridicules.

» En effet, entre l’assassinat, le viol, la pédophilie et… le fait de fumer, la gravité des faits est extrêmement variable.

Illustration d'un article de la Tour de garde, à propos de l'exclusion d'un membre de la communauté des T de J.

» Il serait donc judicieux de savoir à qui tu as affaire et dans quelle catégorie cet individu se situe. En 1991, le chroniqueur judiciaire de la défunte chaîne de télévision la Cinq a failli se faire piéger par un individu présenté par la présidente de l’Unadfi comme une victime des T des J. Or cet individu, en instance de divorce, avait violé sa femme à plusieurs reprises et massacré sa belle-mère. L’animateur de cette émission a été prévenu par l’avocat de cette femme, la vraie victime, 15 minutes... avant l’enregistrement de l’émission.

» Pour les faits moins graves (la cigarette, l’alcool, l’adultère…), il faut que l’attitude fautive soit habituelle, prolongée et que la personne dument avertie refuse obstinément d’abandonner ses pratiques. L’objectif prioritaire est d’aider avant tout cette personne. L’exclusion n’est prononcée que s’il n’y a pas d’autres possibilités.

» Pour les faits très graves commis volontairement (viol, pédophilie…) l’exclusion est prononcée sans qu’il soit besoin de récidive.

» En cas de faits sanctionnés pénalement, il faut respecter l’obligation de dénonciation aux autorités judiciaires lorsqu’une telle obligation est édictée par les textes (maltraitantes, atteintes sexuelles à mineur 15 ans, personnes fragilisées…)

» Cette obligation de dénonciation n’a pas été toujours bien perçue, d’où des condamnations pénales de responsables religieux. L’Eglise des Témoins de Jéhovah a par la suite formé ses ministres du culte pour éviter de telles erreurs. Les sanctions internes (exclusion) ne dispensent pas de l’obligation de dénonciation aux autorités judiciaires. Les victimes doivent bénéficier d’une complète protection et justification. Lorsque ces obligations n’ont pas été respectées, les victimes se sont senties, à juste raison, lésées et oubliées, ce qui est dramatique.

» L’article (signalé dans l’article précédent de Débredinoire) résulte de la revue des T de J : « La Tour de garde » qui est tirée tous les mois à plus de 60 millions d’exemplaires. L’information est donc largement distribuée au public, rien n’est secret.

» Effectivement, il est demandé à n’avoir plus aucun rapport, sauf ce qui est nécessaire (exemple : rapports avec des collègues de travail, rapports enseignant-enseigné à l’école, patron/chef-salarié…) ou qui est dicté par la solidarité voire le droit : on peut et on doit même aider une personne dans les ennuis (en panne sur la route, obligations du code civil sur le devoir de secours entre ascendants et descendants par exemple…)

» Le but est de montrer à la personne qu’elle a fauté, quelle refuse de changer ses mauvaises habitudes et que finalement, dûment informée, elle a fait son choix.

» L’objectif est de la faire revenir à une meilleure conduite et de protéger les membres de la congrégation contre une influence mauvaise voire un danger (cas du pédophile).

» Si la personne modifie son attitude elle peut être réintégrée très rapidement et très facilement. Une expulsion n’est jamais définitive.

» Si elle refuse, compte tenu de cette possibilité, c’est un choix délibéré de sa part et elle n’a aucune raison de se plaindre des règles applicables à son égard.

» Ceci est valable pour la personne qui t’interroge avec autant d'insistance.

» Il s’agit de conseils et non d’obligation et ce, malgré l’emploi du terme « commandement ». Un T de J qui entretiendrait des rapports avec un expulsé ne serait pas de ce seul fait expulsé. La congrégation le reprendrait et lui ferait remarquer qu’elle n'applique pas ce conseil chrétien et biblique. Elle lui indiquerait qu’elle ne peut avoir aucune responsabilité au sein de la congrégation : être nommé « ancien » (équivalent de pasteur pour enseigner la congrégation) ni avoir d’autres privilèges (être employé dans la filiale française…). Si la personne en cause avait des responsabilités au sein de la congrégation, elle les perdrait automatiquement.

» A partir de ce risque de sanction, à chacun de décider. Mais, je le répète, entretenir des rapports avec un excommunié n’est pas une cause d’excommunication. Au niveau des principes chrétiens et des règles internes disons que « ce n’est pas bien » et que de ce fait on ne peut pas occuper un poste à responsabilité car on n’est pas un exemple.

» Sur ce, l’application de ces principes est bien sûr très difficile dans le cadre familial.

» Deux cas de figure :

- l’exclu est un majeur qui ne vit pas dans le foyer. Application du conseil de n’avoir que « les rapports nécessaires » (il n’y a aucune définition de cette notion, d’où des application différentes selon la rigidité ou la souplesse des personnes. Voir ci-dessus)

- l’exclu vit au foyer (mineur ou majeur). Dans ce cas, il est demandé de n’avoir aucune conversation en rapport avec la vie et le fonctionnement de la congrégation dans la mesure où l’intéressé, de par son refus de changer de comportement, exprime sa volonté de ne plus appartenir à ce groupe appelé « congrégation ».

» Dès lors, cette réserve mise à part, l’exclu a une vie de famille normale.

» Une nouvelle fois, les uns font preuve de rigidité dans la mise en œuvre de ce conseil, d’autres de souplesse… »

Articles précédents :

> Controverse.- Excommunication chez les Témoins de Jéhovah : les griefs des exclus et de l’Unadfi

> L'excommunication chez les Témoins de Jéhovah est-elle incriminable ?

Excommunication chez les Témoins de Jéhovah : les griefs des exclus et de l’Unadfi

Les Témoins de Jéhovah pratiquent l’excommunication envers les membres qui ont commis des « péchés » graves. Cette mesure entraînerait la coupure totale des liens sociaux et familiaux entre l’excommunié et les fidèles de la congrégation. Et de grandes souffrances chez les exclus. Selon l’Unadfi, cette pratique constitue une « atteinte aux droits de l’homme ».

Dans un document publié en décembre 2015, l’Unadfi aborde une pratique controversée et la qualifie d’ « atteinte aux droits de l’homme ». Selon l’association, « il s’agit de la mesure la plus radicale appliquée à un adepte qui commet ce qui est considéré (dans le règlement interne) comme un « péché grave » et ne se repent pas.

» La dénonciation des fautifs est clairement demandée, quitte même à violer le secret professionnel. Si cela s’avère nécessaire, les anciens peuvent aussi s’assurer, par des « visites pastorales » àson domicile, que chaque adepte vit conformément à la doctrine. L’excommunication d’un adepte fait généralement suite à une décision d’un tribunal interne, le « comité de discipline religieuse » composé de 3 ou 4 anciens.

» Celui qui quitte le mouvement de sa propre initiative est, lui aussi, traité comme un excommunié. Certains actes sont assimilés à un retrait volontaire, comme accepter une transfusion sanguine ou contester une doctrine (apostat).

» Alors que cette mesure ne devrait signifier que la rupture spirituelle, elle entraîne aussi l’ostracisme et le rejet par la coupure immédiate des liens sociaux et familiaux entre l’excommunié et l’ensemble des fidèles de la congrégation, y compris ses amis et sa propre famille.

» La Watch Tower, organe officiel du mouvement, donne à ses membres des instructions leur demandant de ne « plus fréquenter » ceux qui quittent son organisation (excommuniés, ou retirés volontairement), même si ces derniers font partie de leur famille proche : parents, enfants, frères, sœurs. De ce fait, celui qui quitte les Témoins de Jéhovah est exclu non seulement de l’Organisation mais également de sa propre famille restée dans le mouvement.

» Les victimes vont chercher aide et soutien sur des forums, auprès des associations, ou s’adressent à des organismes officiels quand ils existent (comme la Miviludes). Aujourd’hui, les anciens adeptes et l’entourage de familles Témoins de Jéhovah sont de plus en plus nombreux, dans tous les pays, à dénoncer les atteintes à leurs droits fondamentaux, atteintes « institutionnalisées » par le mouvement au nom de sa liberté de culte.

 La base biblique de l'excommunication

C’est sur la base de ce passage de la Bible que les Témoins justifient l’ostracisme envers ceux qui ont gravement « péché » (Première épitre aux Corinthiens de l’apôtre Paul 5 : 11-13) :

La Sainte Bible, éditions du Cerf, Paris, 1961.

L’internaute qui m’avait interpelé (dont la famille est impliquée dans le mouvement et auquel j’ai apporté une première réponse) est bien conscient que l’Unadfi, « tout comme la Miviludes, ne prendront d’initiative pour faire cesser la pratique de l’ostracisme chez les Témoins. Ils attendent que quelqu’un dépose plainte par exemple sur la base de l’atteinte au droit de changer de religion, mais c’est difficile [d’attaquer] une famille dont on recherche l’affection. La seule issue à cette pratique médiévale, sera l’information du public.

» Quant à une médiation, elle est absolument impossible. C’est un Collège central aux USA qui décide de tout. Il ne peut être contesté du fait qu’il est censé être le seul porte-parole de Dieu sur la terre. La pratique de l'excommunication est actuellement sans cesse rappelée par les écrits [du mouvement] mais aussi par des vidéos lors des grands rassemblements ou sur leur chaine de télé sur internet ».

Dans cette vidéo, réalisée par le mouvement lui-même, il est clairement expliqué que la fidélité à Jéhovah (« la Vérité ») doit passer avant les sentiments, y compris familiaux.

Un extrait de La tour de Garde, un magazine du mouvement.

 Pour aller plus loin :

> Article précédent : L'excommunication chez les Témoins de Jéhovah est-elle incriminable ?

> L'excommunication sur le site officiel des TJ.
Il y est écrit : " (...) N’empêche que les liens du sang et les liens conjugaux perdurent. Ils continuent de mener une vie de famille normale et de se témoigner de l’affection".
L'internaute qui m'a interpelé dénonce un "double langage", car, selon lui et de nombreux témoignages d'exclus, dans les faits, la vie de famille "normale" n'est plus possible.

> Le blog de Thomas, 33 ans, qui quitté volontairement les Témoins de Jéhovah en novembre 2014, quatorze ans après son baptême dans cette organisation. Il se présente comme « chrétien pleinement épanoui et heureux dans [sa] nouvelle relation à Dieu à travers Jésus-Christ ». A consulter notamment pour la rubrique « Témoignages ».

> Prochain article : les explications et le commentaire (anonyme) d’un parent Témoin de Jéhovah.

L’excommunication chez les Témoins de Jéhovah est-elle incriminable ?

Un internaute demande mon avis à propos de la pratique de l’excommunication chez les témoins de Jéhovah. Voici ce que je lui ai répondu.

Deux exemples de publications du mouvement.

La demande d'avis de l'internaute sur les témoins de Jéhovah était formulée sous cette forme, le 20 décembre 2016 :

« J'ai eu l'occasion de lire vos regrets de voir la Miviludes restreindre excessivement les libertés des organismes qualifiés de sectaires. J'aimerais avoir votre sentiment sur l'attitude de certains mouvements comme les Témoins de Jéhovah notamment dans le cadre de leur pratique extrême de l'excommunication. Leur attitude est décrite dans le document joint ; document réaliste compte tenu de ce que j'ai pu constater personnellement ! Ce document rapporte des faits exacts. »

Était joint à sa demande un lien vers un document publié par l’Unadfi : « Témoins de Jéhovah, l’excommunication, une atteinte aux droits de l'homme ».

Et voici ma réponse :

« Je vous rappelle en premier lieu que la République, en raison de son principe de laïcité, n’intervient pas dans le contenu des croyances et les respecte toutes, dans la mesure où elles n’enfreignent pas les règles du droit.

Je vous rappelle également, si vous suivez mes interventions, que mes analyses et critiques portent sur les pratiques de la Miviludes et des associations du type de celle dont vous me présentez un document.

Dans le cas présent, vous m’affirmez que le document « rapporte des faits exacts ». Je vous bien vous croire. Je note seulement que ni la Miviludes, ni l’Unadfi ne cherche ni ne donne des informations contradictoires ou des avis opposés, ce qui serait la moindre des choses dans un pays démocratique. Elles font donc preuve de partialité, ce que je leur reproche, étant toutes les deux financées par de l’argent public. Le public, dont je suis, ne peut donc pas se faire lui-même son propre avis sur ces questions.

Par ailleurs, vous dites avoir constaté « personnellement » la réalité des faits rapportés dans le document. Vous êtes peut-être partie prenante dans ce dossier, vous-même étant un ancien disciple ou connaissant un proche impliqué. Nécessairement, votre vision est teintée d’émotions et de sentiments qui s’ajoutent à votre vision des choses et ne permettent pas une attitude objective. C’est tout à fait normal mais, pour un observateur extérieur comme moi, c’est insuffisant pour établir mon jugement.

Concernant l’excommunication : la plupart des religions ont leur règlement intérieur (le droit canon, par exemple, pour l’église catholique) dans lequel sont indiqués les critères d’intégration et d’exclusion. Il n’est pas anormal qu’un membre de la communauté qui n’en respecte pas les principes puisse être exclu. Après, si les formes de cette exclusion « portent atteinte aux droits de l’homme », c’est à la justice d’en décider, et au cas par cas. Et non à l’Unadfi, engagée « contre les sectes », ce qui est proprement illégal, les « sectes » n’étant pas interdites en France.

Cela dit, je peux comprendre que des attitudes excessivement rigides de ce mouvement ou d’un autre puissent en blesser des membres ou leur entourage. Il manque en France un lieu, un organisme impartial qui pourrait recueillir leur plainte et servir de médiateur (et non d’accusateur ou de procureur comme c’est le cas aujourd’hui), ce que je m’efforce de faire, afin d’apaiser les tensions et de construire des compromis satisfaisants pour tous les partis en lice.

Cordialement. »