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Quinze ans de loi About-Picard : coup de projecteur sur la « manipulation mentale »

Pour « fêter » les 15 ans de la loi sur les « mouvements sectaires » (loi About-Picard), nous avons voulu apporter un éclairage original sur son concept central, l’emprise mentale, nommée juridiquement « abus de faiblesse de personne en état de sujétion psychologique ou physique ».

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Au 10e anniversaire de la loi. De gauche à droite : Philippe Vuilque (Groupe d´études sur les sectes/Assemblée nationale), Catherine Picard (présidente Unadfi et co-auteure de la loi anti-sectes de 2001), Geogres Fenech (président Miviludes), Alain Gest (député, rapporteur de la commission d'enquête 1995) et André Fédéric (député fédéral belge, intiateur d´une loi contre les sectes inspirée de la loi française). Photo : Ouvertures.

En fait, « l’état de sujétion psychologique » n’existe pas. Cette formulation a été employée pour éviter les termes de « manipulation mentale ». C’est un crime inventé de toutes pièces par le législateur français le 12 juin 2001 pour pouvoir agir contre ce qu’il appelait alors les « sectes » ou les « mouvements sectaires » sans que ceux-ci aient rien judiciairement à se reprocher.

Ce crime n’a absolument aucun fondement scientifique et constitue une escroquerie sur le plan philosophique. C’est ce que nous allons développer dans cet article.

Cet énorme scandale judiciaire et humain, la société l’a pourtant facilement accepté et en nourrit même constamment le fantasme.

Énorme duperie

danger sectes

Produit iconographique typique du fantasme "antisecte" français qui recouvre la plupart du temps une peur ou une haine de la spiritualité.

Les médias sont au troisième rang des instigateurs de cette énorme duperie derrière le gouvernement (parlementaires, Miviludes, ministères) et les innombrables lobbies de l’intolérance spirituelle et thérapeutique : Unadfi, CCMM, Gemppi, Sentinelle, Vigisectes, Prévensecte, PsyVig, Conseils de l’ordre des médecins et de la pharmacie, etc.

Avant d’apporter la lumière sur cette incrimination nouvelle dans le droit français, une précision importante. Nous ne nions pas qu’il y ait des dérives dans certains groupes religieux ou de la part de praticiens des médecines non conventionnelles. Ces dérives occasionnent des préjudices et des souffrances que la société se doit de repérer, de sanctionner et d’empêcher.

La société doit s’organiser pour ce faire, notamment en créant des lieux d’écoute des victimes éventuelles liés à des procédures de médiation (et non d’inquisition comme aujourd’hui). Les actions de répression ne devraient intervenir que dans un deuxième temps.

Ensuite, cette organisation doit toucher tous les secteurs de la société (entreprises, partis, religions, associations mais aussi familles) et non seulement les mouvements dits « sectaires », cette spécification constituant déjà à notre sens une discrimination interdite pourtant par la loi.

Gardiens du système matérialiste

Il n’était nullement nécessaire de concevoir une loi ad hoc « antisecte », comme cette loi About-Picard du 12 juin 2001 qui crée précisément la notion de sujétion mentale. Ce texte a quand même vu le jour car les « gardiens du système » matérialiste[1] avaient besoin de pouvoir condamner des personnes ou des groupes qui n’avaient commis d’autre délit que celui de penser, soigner, éduquer « autrement ».

Ces forces conservatrices ont réussi à faire admettre cette idée absurde que les personnes qui se convertissent, qui épousent une pensée différente de la leur, ne peuvent le faire que contraintes et forcées, et dépossédées de tout libre arbitre par les « sectes ». Mais comme le droit interdit de discriminer n’importe quel groupe humain, le terme de « secte » a dû être abandonné.

C’est alors que le génie administratif français a inventé le terme de « dérive sectaire », même s’il n’a pas pu lui donner de définition juridique foncière. Il s’est contenté de le caractériser par l’addition d’un certain nombre de critères pratiques, comme les « techniques propres à altérer le jugement pour conduire les personnes à un acte gravement préjudiciable pour elles ».

Qui veut noyer sa « secte »

Cela favorise tous les abus de pouvoir contre des personnes ou des groupes actifs. En effet, le gouvernement ou la justice peut à loisir se choisir une cible et l’accuser de dérive sectaire. N’importe quel comportement peut être considéré comme technique propre à altérer le jugement. Il n’existe pas d’échelle scientifique pour distinguer entre l’influence, le charisme, l’empire, l’ascendant, l’autorité, la pression, la domination, le magnétisme, etc.

Quand on veut noyer sa « secte », il suffit de parler d’emprise et le tour est joué ! Tout le monde alors prend peur, se scandalise et applaudit à la répression.

Tout le monde a peur parce que tout le monde croit au fantasme de la « captation de la pensée » par autrui. Cette locution se trouve textuellement dans des jugements pour dérive sectaire.

"L'instance qui choisit"

La captation de la pensée par un mouvement quel qu’il soit est un fantasme car il est impossible d'atteindre de l'extérieur "l'instance qui choisit" à l'intérieur d'autrui. Il est impossible non plus de distinguer de l’extérieur la frontière entre consentement légitime et consentement illégitime d’une personne à une idée. Il y a tellement de paramètres (psychologiques, moraux, politiques, sociaux, philosophiques, religieux, etc.) à prendre en compte !

De même, et surtout, nul ne peut être dépossédé de son libre arbitre. Il peut le déléguer, l’abandonner, le faire dépendre d’autrui, oui. Mais c’est un acte de sa part, un acte sur lequel il peut toujours revenir, pour peu qu’il reprenne conscience des choses. Ôter cette responsabilité à un individu, ce que fait la justice quand elle consacre une victime d’emprise mentale, c’est l’assassiner philosophiquement et spirituellement. Car il lui est alors impossible de retrouver totalement son autonomie intérieure, celle-ci lui ayant été rendue « de l’extérieur » et n’ayant pas été reconquise par elle-même. Seul moyen pourtant d’épanouir pleinement son humanité.

[1] Ce système comprend également des représentants des religions « reconnues » qui cherchent à protéger leur pré carré.

France 5, émission sur « l’emprise mentale » : est-ce encore de l’information ?

La déontologie journalistique n’a pas vraiment été à l’honneur lors de cette émission diffusée le 19 avril dernier et rediffusée ce 12 mai. France 5 a surtout joué avec les préjugés et l’émotionnel pour brosser un tableau partial trompeur plus effrayant que nature. Et qui, surtout, n’aide en rien la prévention.

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Marina Carrère d'Encausse, présentatrice de l'émission (capture d'écran).

Plutôt que de chercher à comprendre pourquoi des patients se sont confiés à ces trois thérapeutes non conventionnels qui furent condamnés en 2015, le documentaire « Emprise mentale, quand la thérapie dérape » et le débat, présentés les 19 avril et 12 mai 2016 par Marina Carrère d’Encausse dans "Le Monde en face" sur France 5, ont versé dans la charge unilatérale et simpliste, sans avis contradictoire, sans avocat des parties incriminée et mêlant constamment faits réels, contrevérités et préjugés.

Les deux séquences ont fait appel aux termes fourre-tout et sans définition juridique ni médicale de « secte » et de « dérives sectaires » ainsi qu’à l’émotionnel et au passionnel.

La situation des personnes abusées est poignante. En revanche, l'exploitation complaisante qui en est faite par le choix éditorial est non seulement abusive mais stérile. Elle n'apporte rien qui puisse aider à une véritable prévention.

Le seul résultat : l’effroi  et l’indignation des téléspectateurs. Or, on le sait, la peur ne peut suffire à faire progresser les consciences. Elle est même souvent contre-productive.

Le documentaire, réalisé par Stéphanie Trastour, se réduit, au travers des propos des victimes et des grands "antisectes" (Miviludes, Me Picotin...), à une longue accusation des personnes présentées comme des « dérapeutes » sans que celles-ci, quelques fautes qu'elles aient commises, puissent jamais s’expliquer. Pas d’avocat non plus, sauf une seule fois et quelques secondes seulement sur un aspect juridique du dossier.

Après la diffusion du documentaire, l’animatrice, qui est par ailleurs médecin, a ouvert un "débat" au cours duquel elle s’est entretenue avec Gérard X., un homme dont l’ex-épouse serait « tombée sous l’emprise d'un gourou » et aurait de ce fait rompu avec sa famille. Elle a reçu également Marie Drilhon, responsable de l’ADFI Versailles, association qui défend les « victimes de sectes ».

Débat tronqué

ADFI

Responsable ADFI (capture d'écran de l'émission).

Débat tronqué puisqu’il réunissait trois personnes entièrement d’accord entre elles pour stigmatiser des personnes absentes du plateau. Pire, l’affaire qui sert à illustrer le débat est en cours d’instruction. Cela n’a pas empêché les trois participants de présenter le groupe (non nommé) comme une « secte » et son animateur comme un dangereux « gourou scientifique ». Ce dernier adjectif permettant, pour qui suit ce type d'actualités, d'identifier facilement le mouvement ainsi mis au pilori.

Gerard

Gérard X. prétend qu'un gourou "fou de volonté de puissance" lui a volé sa femme. Celle-ci, ignorée par la réalisatrice de l'émission mais rencontrée par Débredinoire, assure, elle, qu'elle est partie en pleine connaissance de cause pour suivre une nouvelle voie philosophique et, surtout, quelques mois après que Gérard lui ait parlé de divorcer. Il ne s'agit donc aucunement d'une rupture due à l'emprise d'un être malfaisant (photo : capture d'écran).

Le cas de la femme de Gérard (la personne interviewée par Marina Carrère d’Encausse) pourrait très bien être  analysé autrement, comme une conversion par exemple, donc non pas  comme une emprise mentale mais comme un choix libre et responsable. Mais ce point de vue, qui est celui de sa femme qui l’a quitté, n’a même pas été signalé.

Si la chaîne avait pris la peine de questionner l’ex-épouse de Gérard, elle aurait appris d’elle que son départ du foyer familial avait en fait suivi une évocation de divorce formulée par lui quelques mois auparavant…

La chaîne n'a présenté qu’un seul point de vue (le mal absolu face à des citoyens envoûtés) et a insisté longuement et avec des gros plans sur le visage de familles éplorées pour épouvanter le téléspectateur plus que de raison. En conclusion, n'en a-t-elle pas pris à son aise tant avec la charte des journalistes qu’avec la convention qu’elle a signée avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ?

Et, ce qui est quand même dommage pour une télévision de service public, aucune place n'a été laissée ni à l’information contradictoire ni à la réflexion sur le fond des choses, comme l'a remarqué en fin du documentaire la psychanalyste Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse et de la psychiatrie.

Voici les préceptes qui ont été malmenés, selon moi, par France 5 dans ce programme  :

Cahier des charges de la société nationale de programme France Télévisions
(Décret n° 796 du 23 juin 2009)

« Dans le respect du principe d’égalité de traitement et des recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel, France Télévisions assure l’honnêteté, la transparence, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion.

Elle ne recourt pas à des procédés susceptibles de nuire à la bonne compréhension du téléspectateur. Les questions prêtant à controverse doivent être présentées de façon honnête et l’expression des différents points de vue doit être assurée. (…)

Dans le respect du droit à l’information, la diffusion d'émissions, d’images, de propos ou de documents relatifs à des procédures judiciaires ou à des faits susceptibles de donner lieu à une information judiciaire nécessite qu'une attention particulière soit apportée (…) au respect de la présomption d'innocence, c’est-à-dire qu'une personne non encore jugée ne soit pas présentée comme coupable.

Lorsqu’une procédure judiciaire en cours est évoquée à l’antenne, la société doit veiller, dans le traitement global de l’affaire, à ce que :

― l’affaire soit traitée avec mesure, rigueur et honnêteté ;

― le pluralisme soit assuré par la présentation des différentes thèses en présence, en veillant notamment à ce que les parties en cause ou leurs représentants soient mis en mesure de faire connaître leur point de vue. (…)

En cas de recours à des émissions de reconstitution de faits vécus, la société veille à montrer avec retenue et sans dramatisation complaisante la souffrance, le désarroi ou l’exclusion. »

Charte des journalistes

« Un journaliste digne de ce nom :

- Respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence ;

- Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ;

- Ne confond pas son rôle avec celui du policier ou du juge ».

> Le service de presse de France 5, à qui j'ai demandé de pouvoir poser mes questions à la présentatrice, ne m'a pas répondu à ce jour.

> Malheureusement pour les personnes ainsi injustement maltraitées par cette émission et pour les (rares) citoyens qui pensent que la rigueur et l'impartialité dans tous les domaines sont les deux mamelles de la bonne information, il y a peu de chances qu'un "grand" média s'indigne de ces pratiques. Bien au contraire.

En effet, quand s'ouvre un dossier dans ce domaine, les préjugés prennent le pas sur la rigueur de l'information et la diversité des points de vue pour condamner a priori avec force témoignages toujours à sens unique. Voir, par exemple, pour rester dans l'actualité, cet article de l'Obs qui présente ce groupe comme coupable alors même que l'affaire n'a pas été encore jugée.

Quand on sait que ce mouvement est celui dont il est question dans le débat de France 5, on peut légitimement se poser la question de savoir si cette émission, préparée avec la Miviludes et l'ADFI, n'avait pas aussi pour but d'influencer l'opinion public et les juges dans un sens bien défini...

Mais au fait, que fait le CSA, le gendarme de l'audiovisuel ?

(Photo de une : copie d'écran de l'émission)

 

 

 

21 – Penser par soi-même : un idéal encore lointain

La démocratie est fondée sur le principe que chaque citoyen est libre de penser et qu’il pense effectivement par lui-même. Or la réalité est loin de correspondre à cet idéal.

danger sectes

Les "sectes" sont souvent présentées comme le summum de la manipulation mentale. Mais, en admettant qu'on sache définir précisément ce qu'est une "secte", qui, quel groupe ne manipule jamais personne ?

Nulle part ailleurs autant qu’en France, les minorités spirituelles, par principe, sont l’objet de sarcasmes, de peurs, voire de terreurs. Nulle part ailleurs autant qu’en France, tant les médias que les gouvernements successifs développent une réelle haine contre ces groupes spirituels, religieux, philosophiques et thérapeutiques « différents ». Comment se fait-il que le « pays des droits de l’homme » ait tant de mal à accorder une place au soleil à ces groupes, quasiment identifiés à des mouvements terroristes ?

Un élément de réponse se trouve sans doute dans le peu de goût des Français pour l’introspection, pour la connaissance de soi. Une indifférence qui tient peut-être à l’excès de confiance en leur rôle, historique et quasi messianique, d’universalité et d’égalité. Tout particularisme est présenté comme un communautarisme, lui-même considéré comme une incapacité à tenir compte de l’intérêt général, quand ce n’est pas la volonté expresse d'aller contre.

Chacun manipule et est manipulé

PoisonD’où, par exemple, le glissement qui s’est opéré dans le concept de laïcité. Celui-ci est passé de laïc = qui s’abstient de tout parti pris religieux ou non religieux, à laïc = athéisme et matérialisme,avec en corollaire : rejet de la dimension religieuse.

La haine française des « sectes » est possible parce la plupart des gens ignorent ou oublient, faute de s’observer eux-mêmes en profondeur, combien ils sont eux-mêmes constamment manipulés (par la publicité, les médias, la politique, son voisin, son cousin, son frère…) et combien ils manipulent souvent à leur tour (par peur, faiblesse, intérêt ou autre…).

Cette haine est possible aussi parce que la réalité concernant ces groupes « différents » n’est jamais présentée de façon objective ou neutre par les médias.

Toutes les conditions sont réunies pour une immense mystification dans laquelle les plus bernés ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Le pouvoir a tendance à se comporter en « maître de la vérité »

Un autre élément pour expliquer le pourquoi de cette « sectophobie » nationale, est la question de la « norme » et de la « vérité ». Que peut-on admettre comme comportement « normal » ou « juste » ? Qu’est-ce qui est vrai ?

medecine religionOn a vu que la répression des « sectes » prétend se justifier par la nécessité de « protéger » les gens contre les « dérives » dommageables. En fait, nous avons vu qu’elle jette par principe l’opprobre sur les minorités de conviction. Elle le fait en suivant quelques idées simples, sinon simplistes : seules les grandes religions sont « reconnues », seule la médecine officielle est la norme, seule l’administration définit ce qu’est une vie juste, etc. Toute ce qui vit et s’exerce en dehors de ces clous est dérive, escroquerie, charlatanisme, emprise, abus de faiblesse, etc.

Certes, il peut y a avoir quelques cas avérés, mais ils sont tellement rares qu’ils ne justifient aucunement les centaines de millions d’euros d’argent public dépensés chaque année pour « lutter contre les sectes ».

Le pouvoir a une tendance fâcheuse, et c’est particulièrement vrai pour la France, nous l’avons vu tout au long de notre enquête, à se comporter en « maître de vérité », alors qu’il n’est dépositaire, au mieux, que d’un consensus, qui plus est temporaire (on constate, par exemple, que les Témoins de Jéhovah sont désormais presque reconnus comme religion).

La « juste persécution au service de la vérité »

Et quand on est sûr d’avoir raison, toutes les dérives sont possibles. En France, on présente souvent les croyants comme des personnes faibles d’esprit, manipulées par des églises qui leur promettent le Ciel après la vie, les détournant ainsi de l’action politique pour changer le monde au présent.

De même, les croyants sont supposés être englués dans des illusions que les Lumières de la Raison n’auraient pas encore dissipées. C’est pourquoi beaucoup pensent que la loi et la force publique sont nécessaires pour libérer « contre eux-mêmes » ces malheureux croyants forcément ignorants. Ce faisant, ils agissent dans le droit fil d’un Saint-Augustin qui parlait d’une « juste persécution au service de la vérité », gouvernée bien sûr par la charité… La contrainte n’est pas alors un viol de conscience mais une libération des hérétiques de leurs conditionnements néfastes et de leurs croyances…

saints-augustinOn oublie alors que nombre de “sans-religion” ont cru eux aussi aux “lendemains qui chantent” et croient encore en l’avènement futur d’un “altermonde”. Et les Lumières sont loin d’éclairer l’esprit de tous les matérialistes et athées, qui confondent souvent rationalisme (la raison comme source unique de connaissance) et rationalité (la raison comme moyen essentiel, mais moyen parmi d’autres, d’accès à la connaissance).

Cela n’empêche pas certains non-croyants de se poser comme « libérés » face au fanatisme ou à la naïveté des croyants. À preuve, cette question posée il y a quelque temps, en fin d’interview, par un journaliste de Libération à un chanteur raï : « Croyez-vous en Dieu ou êtes-vous débarrassé de cette superstition ? »

Sans nous étendre sur la pression manipulatrice de la formulation, constatons simplement avec quelle candeur ce “médiateur” prend en fait parti. Car, quoi qu’on dise, nul n’a encore apporté la preuve de l’inexistence de Dieu (ni celle de son existence, d’ailleurs) ! L’inexistence de Dieu, comme son existence, demeurent donc des croyances. A égalité, en terme de probabilité.

L’ennemi, c’est celui qui échappe à la nomenclature

Tout se passe comme si les gouvernements avaient peur de la vie concrète dans sa diversité, son inventivité et dans son étrangeté. Comme s’ils avaient peur de tout ce que l’on pourrait rassembler sous la notion de transcendance (spiritualité, intuition, sensibilité, etc.), car échappant à sa mainmise. Pour se rassurer, et rassurer le bon peuple, on édicte des lois et des milliers de règlements hors lesquels point de salut. L’ennemi finalement, c’est l’individualité, dans sa spécificité unique et son imprévisibilité. L’ennemi, c’est ce qui échappe à la nomenclature.

C’est pourquoi l’Etat cherche plutôt à infantiliser les citoyens. Et on en arrive à ce paradoxe que les pouvoirs publics, mus par l’idéal des droits de l’homme (en général) et au nom de cet idéal, tentent de limer les droits de l’individu (particulier) !

C’est pourquoi il préfère penser à la place du citoyen en édictant moultes normes et règlements, plutôt que favoriser son savoir, sa responsabilisation, sa réflexion personnelle, son originalité, etc.

Le principe du penser librement par soi-même, que l’on croyait à la base de notre société démocratique, est en fait encore un idéal bien loin d’être atteint. Et, comme nous l’avons vu précédemment, le regroupement en entités autour d'une conviction offre aux contestataires de la norme sociale trop lourde un rassemblement d’énergies pouvant ainsi affirmer leurs particularités.

Cela dit, l’homme pensera par lui-même lorsqu’il n’aura plus besoin d’intermédiaire, quel qu’il soit (religion ou « secte », parti ou famille) entre lui et sa conscience, entre lui et sa lumière intérieure, pour guider ses choix essentiels. La conscience parlant autant dans l'intérêt de l'individu que dans celui de l'Humanité toute entière...

> A suivre :

22 (et dernier article de la série) - Pour rendre chaque individu responsable, l’humanisme a besoin de la transcendance

> Tous les articles parus.

16 – Du positif dans la chasse aux sorcières «antisecte» à la française

Bien que discriminatoire et mensongère, la française « chasse aux sectes » comporte certains aspects positifs : une saine alerte sur les dérives possibles de l’influence psychologique et une « bonification » dans le temps des groupes stigmatisés.

Fin 2013, l'Ecole nationale de la magistrature a consacré un numéro spécial sur la situation française.

Fin 2013, l'Ecole nationale de la magistrature a consacré un numéro spécial sur la situation française.

Un point que les groupes mis au pilori et les avocats de la liberté de conscience ne soulèvent pas, c’est l’aspect innovant et positif pour la société que constitue la question des effets potentiellement délétères de l’influence psychologique, baptisée « manipulation » ou « emprise » mentale par les « antisectes ». Il est vrai que, sur ce point, la politique française est originale (quasi unique au monde, si l’on excepte la Chine et quelques petits pays qui tentent de suivre son modèle).

Qu’un gouvernement investisse autant dans ce domaine est le signe d’une conscience des risques que peut faire courir sur le libre arbitre des gens une conviction fortement affirmée et d’une attention à la fragilité des plus faibles. On ne peut que se louer de voir cette préoccupation traduite en actes, en France, par la mise en place de lois, de dispositifs de vigilance et de structures administratives.

De graves dérives

Malheureusement, cette politique est grevée de très gros défauts :

- Au lieu de couvrir tout le champ sociétal, ce qui la légitimerait aux yeux de tous, cette vigilance est strictement limitée aux minorités spirituelles et aux médecines douces (accusées d’être des portes d’entrée pour les « sectes »). Les abus de pouvoir psychologique existant dans les entreprises, les partis, les institutions, les familles, qui font chaque années des milliers de victimes bien réelles (suicides en entreprise, femmes battues à mort, enfants violés, etc.), n’entrent pas dans son champ d’application.

Et les « dérives sectaires » liées à l’islam en sont exclues, on se doute pourquoi.

- La question du vrai et de faux est rarement posée. En outre, elle est tranchée par des personnes et des institutions non neutres, qui ont intérêt à "criminaliser" des pensées/convictions dérangeantes. Les acteurs de cette vigilance/répression n’hésitent d'ailleurs pas à mentir, notamment pour faire croire à un nombre incommensurable de « victimes » des " sectes ".

Sondage MiviludesLa Miviludes se paie elle-même un sondage pour gonfler la "menace sectaire" et affirmer qu'elle est une "réalité concrète" pour un Français sur cinq :  "Plus de 20 %, soit 1 sur 5 (près de 13 millions de personnes) connaîtrait dans son entourage une ou plusieurs personnes qui ont été victimes de dérives sectaires". Facile d'arriver à ce chiffre quand on sait ce que la Miviludes désigne sous ce vocable, le recours à une médecine douce, par exemple.

G. Fenech, son ancien président, proclamait, malgré les démentis sous serment de l’administration, que plusieurs dizaines de milliers d’enfants sont en danger dans les " sectes " dans notre pays. Les antisectes aiment aussi évoquer l'« entrisme » sectaire dans les institutions ou les hôpitaux, etc., simplement parce qu'un scientologue a serré la main d'un président de la République, ou parce que telle ou telle médecine non conventionnelle est testée dans un hôpital...

La principale "association" antisecte est en fait une officine financée, non par les familles ou les victimes de "sectes", mais par... l'Etat.

La principale "association" antisecte est en fait une officine financée quasi exclusivement mais par... l'Etat. Dessin : David Miege.

Le journaliste Antoine Guélaud (TF1) invente un "carnet intime" accusateur d'une malade pour  justifier sa haine et provoquer l'indignation.

Par ailleurs, vu le nombre et l’audience des associations « antisectes » (Unadfi, CCMM, Fecris, etc.), on pourrait croire qu'elles regroupent une imposante masse de plaignants.

Détrompez-vous : elles comportent très peu de « victimes » de sectes et sont financées, non par des cotisations de membres, mais directement par l’Etat.

Le refus de tout débat public

- La continuité de cette politique n’est possible que parce que la presse, dans son immense majorité, reprend ses propos comme paroles d’évangile, sans jamais vérifier ses affirmations ni s’interroger sur ses méthodes. Ainsi, un militant « antisecte » est d’abord reconnaissable à son refus de tout débat public, à toute contradiction exprimée publiquement face à lui. Ou alors, avec la garantie que le média organisateur du débat sera de son côté.

C’est ainsi, par exemple, que La Chaîne Parlementaire (LCP) a conclu une convention avec la Miviludes, ce qui lui assure que tout reportage, enquête ou controverse sera favorable à sa politique stigmatisante.

LCP Miv

Alors que, dans la tradition démocratique, la presse se doit d'être le "poli à gratter" du pouvoir, LCP s'acoquine avec la Miviludes pour favoriser clairement la "répression" des minorités spirituelles. Un manque d'éthique qui ne choque personne...

- Elle agite sans cesse l’épouvantail des suicides collectifs pour geler indument la réflexion par la peur dès que l’on parle d’un groupe « différent », alors que le principal drame évoqué (les morts du Temple solaire) n’a toujours pas été élucidé, alors que l’on ne sait toujours pas s’il s’était agi d’un suicide collectif ou d’un massacre…

Ce que les « antisectes » ne voient pas, c’est que leurs modes d’action irrespectueux du droit et de l’éthique ne peuvent que les desservir. Ce n’est pas en trichant qu’on défend une bonne cause. Or c’est tricher que de dénoncer arbitrairement, de mentir effrontément, d’effrayer sans chercher à comprendre et surtout de fuir toute confrontation publique avec “l’adversaire” ou son avocat.

Cela ne peut que se retourner contre eux, logiquement, à plus ou moins long terme. Précisément parce que le droit finit toujours par s’affirmer, même s’il faut sortir des frontières pour le faire reconnaître. La France est, avec la Turquie, une des plus mauvaises élèves des justiciables de la Cour européenne des droits de l’homme ! Il serait peut-être temps qu’elle fasse son examen de conscience…

Limiter les effets de l’exaltation excessive

Mais tout n’est pas négatif pour les groupes dans cette chasse aux sorcières à la gauloise. En effet, elle a certainement permis de limiter les effets de l’exaltation excessive (la fameuse schwärmerei dénoncée par Kant) qui s’empare parfois des néophytes au contact de l’Absolu ou du divin.

Elle calme les prétentions à détenir LA vérité en obligeant ceux qui croient la posséder à tenter de le prouver par leurs actes et leurs comportements. Elle contraint à un approfondissement des fondamentaux du groupe pour mieux déterminer les attitudes à tenir en rapport avec la société, quitte à réviser certaines d’entre elles, etc.

Les membres de ces groupes sont ainsi incités à intérioriser leurs croyances, à ne plus se contenter de les proclamer et de les répandre. Ils doivent s’efforcer de les rendre plus humaines, plus personnelles, plus réalistes. Ils sont contraints à moins d’affichage et à plus de pratique. Et parfois à s’unir pour défendre la liberté de conscience.

A ce sujet, il faut reconnaître que leur volonté d’union et de collaboration est bien faible, à l’instar de ce qui se passe entre les différentes religions reconnues. La spécialité française d’inquisition aurait fait long feu si les principaux mouvements avaient voulu réagir ensemble aux agressions dont ils sont régulièrement victimes. Mais la peur des “sectes” est telle qu’aucun mouvement, si ce n’est par le biais de certains de leurs représentants (protestants, scientologues), ne veut officiellement porter secours à un autre mouvement vilipendé.

La secte, le diable, même chez les minorités, c’est encore et toujours l’autre.

Il faut dire aussi que le vocable “secte” est affecté tant à de toutes petites structures comptant quelques individus qu’à d’énormes groupes internationaux, à des mouvements spirituels, philosophiques ou thérapeutiques très variés qui n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres… et qui se trouvent tout surpris d’être un jour amalgamés avec les grandes “sectes” classiques qui faisaient la quasi unanimité contre elles !

Enfin, autre intérêt de cette paranoïa française vis-à-vis des mouvements spirituels, c'est l'incitation qui en résulte, pour eux, pour espérer une certaine reconnaissance sociale, de rechercher des voies et des moyens qui soient compréhensibles et acceptables par tous. Ou, du moins, par le plus grand nombre. Une sorte d'invitation à s'élever à plus d'universalité...

Qui désinforme le plus ?

Bref, en raison des campagnes récurrentes des « antisectes », les minorités spirituelles sont incitées à se bonifier. En France, elles sont exceptionnellement calmes, malgré les attaques qu’elles subissent continuellement : pas de bombes, pas de manifestations, pas de destructions de locaux de préfecture, etc.

Pour protester, les plus fortunées d’entre elles utilisent les seules armes restant à leur disposition : le recours en justice et Internet, les médias leur étant systématiquement fermés. C’est alors qu’elles sont accusées de harcèlement judiciaire, de propagande et de désinformation.

Mais qui désinforme le plus ? Celui qui expose ses convictions et proteste des injustices commises à son égard ou celui qui accuse et dénigre en refusant toute confrontation avec ses « cibles » ?

Les petites minorités ou les minorités sans moyen, elles, se terrent en attendant que l’orage passe ; mais il est toujours là, après des décennies. Et les personnes ou les groupes les plus inconscients exercent au grand jour jusqu’à ce qu’ils soient désignés comme suspects par des sycophantes professionnels (comme l’Unadfi). Du jour au lendemain, ils sont alors mis au ban de la société sans pouvoir s’expliquer.

De même, beaucoup de thérapeutes "différents" apprennent la prudence dans leur offre de soins. Ils sont moins nombreux à promettre de tout guérir et à s'opposer à la médecine conventionnelle. Ils sont de plus en plus nombreux à reconnaître les limites de leur art, préparant le terrain pour une future intégration dans le système de santé.

Tentative d'étouffement des contestataires

Certes, la paix sociale y gagne, mais au prix de l’étouffement des contestataires, avec la bénédiction des médias et du public manipulé. Au prix de la mise sous le boisseau d’idées nouvelles qui pourraient être pourtant d’un grand bénéfice pour la société.

Mais la chape de plomb que la France tente de plaquer sur certaines de ses forces vives, malgré tous ses efforts, est pleine de fissures. Les médecines douces, par exemple, malgré le dénigrement, les alertes et les mises en garde des « antisectes », ne cessent de se répandre.

Qu’elle le veuille ou non, beaucoup de Français finissent par accueillir les idées des contestataires dont on tente d'étouffer la voix. Leur méfiance croissante envers les vaccinations en est un clair exemple.

Peu à peu, s'ils savent garder l'esprit ouvert, ils s’éveillent aussi aux valeurs que leur gouvernement, leurs institutions et leurs médias, dirigés par des élites vieillissantes et souvent bornées, s'efforcent vainement d'occulter. Valeurs que portent ceux que l’on appelle les « créatifs culturels » :

- L’ouverture aux valeurs féminines (place des femmes dans la sphère publique, question de la violence faite aux femmes...)

- L’intégration des valeurs écologiques et du développement durable (avec un intérêt pour l'alimentation biologique et les méthodes "naturelles" de santé)

- L’implication sociétale (implication individuelle et solidaire dans la société)

- Le développement personnel (avec une dimension spirituelle, et un intérêt pour les nouvelles formes de spiritualité, l’idée étant : "Connais toi toi-même si tu veux agir sur le monde").

> NB : Le mot "antisecte" ne désigne pas dans notre bouche les personnes ou organismes qui luttent réellement contre les abus de faiblesse psychologique ou l'emprise mentale, mais les personnes ou organismes qui font de la chasse aux minorités spirituelles et des médecines douces leur fond de commerce et interviennent au mépris de l'éthique démocratique.

> A suivre :

17 - Pour un "marché" libre des cultes et des convictions

> Tous les articles parus.

15 – L’imposant arsenal français contre les « sectes » est unique au monde

La France est en pointe dans la lutte contre les « dérives sectaires ». En effet, l’imposant dispositif institutionnel et législatif qu’elle a mis en place est unique au monde. Dommage qu’il soit utilisé dans l’arbitraire et la partialité. Même les faits sont manipulés pour justifier l’intolérance et la discrimination.

Dans la plupart des pays du monde, la lutte contre ce qu’on appelle en France les « dérives sectaires » entre dans le droit commun. L’action publique sanctionne les abus de groupes ou d’individus qui abusent de la crédulité des gens et commettent des infractions caractérisées. Mais, en règle générale, elle respecte les minorités de conviction. En France, celles-ci sont très mal vues et qualifiées de « sectes », ce qui permet de les persécuter du seul fait de cette étiquette, sans attendre qu’elles aient commis de délits manifestes.

A titre préventif, en quelque sorte. Alors que nul, selon la loi française, ne devrait être inquiété pour ses opinions, ses croyances ou ses convictions.

Ce n° du département Recherche & Documentation de l'ENM est consacré au thème des "dérives sectaires" en lien avec le droit et la justice.

Ce n° du département Recherche & Documentation de l'ENM est consacré au thème des "dérives sectaires" en lien avec le droit et la justice. Bien que l'emploi du terme de "secte" soit contraire au droit français, le mot est constamment utilisé dans ces colonnes.

Pour ce faire, depuis plus de vingt ans, toute une série de décisions ont été prises pour surveiller les contestataires et les originaux qui professent une foi ou une pratique « pas catholique ».

Dans cet article, nous vous présentons l’arsenal mis en place dans notre pays, arsenal qui suspend une épée de Damoclès au dessus de tous les mouvements « différents » liés à la spiritualité, au naturel ou à la santé. Des instances ad hoc ont même été crées pour mettre le territoire sous surveillance et influencer dans un sens d’intolérance la plupart des administrations et notamment la justice.

Nos informations sont tirées d’un document récent, le n° 8/2013 de la revue Justice Actualités, réalisée par le département Recherche et Documentation de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) et consacrée aux « dérives sectaires ».

« L’offensive française » contre les « sectes » a réellement démarré fin 1995 avec la publication d’un rapport de l’Assemblée nationale, intitulé « Les sectes en France ». L’événement connait un retentissement international.

Dans leur rapport, les parlementaires dressent, sur la base des informations collectées par les renseignements généraux, une liste de 172 « sectes » et définissent dix critères permettant de les identifier. Parallèlement, l’Observatoire interministériel sur les sectes est créé le 11 mai 1996.

Face aux véhémentes critiques « suscitées par son caractère arbitraire », la liste des 172 organisations sectaires a progressivement été abandonnée, abandon officialisé par une circulaire du 27 mars 2005.

Quatre commissions d'enquête parlementaires !

A partir de la fin des années 1990, les commissions d’enquête parlementaires se succèdent, sur les sectes et l’argent, les sectes et les mineurs et, très récemment, les dérives sectaires en matière de santé. A la notion de « secte », se substitue celle de "dérives sectaires ». Parallèlement, l’Observatoire interministériel sur les sectes, devenu en 1998 la Mission interministérielle sur les sectes (MILS), laisse place en 2002 à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

L’attention des pouvoirs publics portée aux « dérives sectaires » s’est aussi concrétisée par le vote de la loi About-Picard, le 12 juin 2001, qui ajoute à l’arsenal répressif français un article 223-15-2 et une nouvelle catégorie d’abus de faiblesse, l’abus de faiblesse par sujétion psychologique.

Au fil des années, la France s’est ainsi dotée d’un dispositif complet de lutte contre les « dérives sectaires ». Elle a créé un réseau institutionnel chargé de détecter les pratiques à risques et de les signaler aux institutions judiciaires à la disposition desquelles elle met des moyens juridiques diversifiés. Spécificité française, ce dispositif n’a pas d’équivalent à l’étranger.

Le dispositif mis en place au niveau national

Des correspondants « dérives sectaires » au sein des ministères

La circulaire du 27 mai 2005 du premier ministre enjoint chaque ministère à se doter de correspondants chargés des « dérives sectaires ». Au sein du ministère de la justice des référents ont été nommés dans les différentes directions du ministère (DACG, DACS, DAP, DPJJ).

Une mission interministérielle : la Miviludes

MiviludesLa Miviludes a une mission d’information, d’alerte et d’animation du réseau des acteurs intervenant dans la lutte contre les « dérives sectaires ». Elle publie chaque année un rapport d’activité et, périodiquement, des guides pour "sensibiliser" les différents acteurs sociaux (collectivité territoriales, entreprises, santé, formation professionnelle, mineurs, finances, etc.)

Elle dépend du premier ministre.

Serge Blisko a succédé à Georges Fenech à la présidence de la Miviludes.

Serge Blisko a succédé à Georges Fenech à la présidence de la Miviludes.

Sous l’autorité d’un président nommé pour trois ans [actuellement un médecin, Serge Blisko], la Miviludes est constituée d’une équipe permanente interdisciplinaire dirigée par un secrétaire général qui est un magistrat de l’ordre judiciaire. Elle est composée de conseillers mis à disposition par les ministères concernés par la lutte contre les dérives sectaires : intérieur, justice, santé, éducation nationale, affaires étrangères, économie et finances. Elle dispose par ailleurs de correspondants régionaux sur l’ensemble du territoire.

Fait notable, elle intervient dans les formations de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM).

La Miviludes a également établi différents partenariats avec l’Ecole des hautes études de la santé publique de Rennes, la Protection judiciaire de la jeunesse, les écoles de formation des officiers de gendarmerie et de police.

Elle a même passé une convention avec La Chaîne Parlementaire (LCP) [pour s’assurer que les journalistes comprennent bien comment il faut parler des « dérives sectaires »].

Elle intervient aussi auprès de l’Institut national de lutte contre le cancer, la Mutualité française, les unions régionales interfédérales des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux, notamment auprès des maisons de retraite dans le cadre d’actions de prévention en direction des personnes âgées...

La revue Justice Actualités précise que « les conseillers de la Miviludes n’ont pas la qualification d’« experts » au sens juridique du terme, mais peuvent être considérés comme des «sachant».

La Miviludes est informée par les administrations des données qu’elles détiennent sur les « mouvements à caractère sectaire » [périphrase inventée pour pouvoir nommer les « sectes » sans dire le mot, ce que serait une discrimination de fait]. Elle peut parallèlement demander des études ou de recherches aux services centraux des ministères.

Dans l’autre sens, la Mission signale aux administrations les agissements des « groupements sectaires » portés à sa connaissance. Elle dénonce aux services des procureurs les faits qui lui paraissent susceptibles de revêtir une qualification pénale et en avertit le garde des sceaux.

Interviewé, Serge Blisko remarque que « certains magistrats, juges d’instruction notamment, se refusent absolument à solliciter la Miviludes, au nom du secret de l’instruction et du lien existant entre la Miviludes, mission rattachée au premier ministre, et le pouvoir exécutif ».

Bien malheureusement, beaucoup d’autres juges ne sont pas gênés par ce lien effectivement très contestable.

Enfin, le président de la Miviludes annonce qu’il va « réfléchir à un partenariat avec l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc). De nombreux dossiers de dérives sectaires ont une dimension financière extrêmement importante et cet aspect des procédures ne doit pas être négligé ». En passant, il suggère d’affecter les sommes saisies… à la Miviludes.

Des services d’enquêtes spécialisés

La direction de la police nationale

Dans le domaine du renseignement, une sous-direction de l’information générale (SDIG) a été créée au sein de la direction centrale de la sécurité publique. Mission : informer les services de l’Etat de toutes matières susceptibles d’intéresser l’ordre public, parmi lesquelles les « dérives sectaires ».

Les dossiers sont transmis à la Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (Caimades), qui dépend de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) de la police judiciaire. Créée en2009, la Caimades est actuellement composée de six enquêteurs spécialisés dans les « dérives sectaires ».

L’objectif principal de cette nouvelle police spécialisée était de trouver des affaires en correspondance avec la loi About-Picard. Elle fournit également une assistance aux services territoriaux saisis de faits de nature « sectaire ». Elle coordonne les procédures judiciaires en cours et les informations en lien avec les « groupes sectaires ».

70 gendarmes pour envahir un petit centre de formation au biodynamisme, dangereuse dérive sectaire, c'est bien connu...

70 gendarmes, accompagnés d'"experts" de la Caimades, ont envahi en 2011 un petit centre de formation au biodynamisme, dangereuse dérive sectaire, comme chacun sait...

La Camaides avait été fortement mobilisée pour "prévenir les risques de suicide collectif" avant le 21 décembre 2012 (date d'une fin du monde annoncée à Bugarach). C'est encore la Caimades qui accompagne quelque 70 gendarmes en descente dans un centre de formation au biodynamisme à Nyons en 2011 (voir la vidéo du Cicns).

A quoi servent nos impôts, quand même !

Le professeur Philippe-Jean Parquet, professeur de psychiatrie et d’addictologie, a construit pour elle un « canevas d'audition d'une personne sortie de l'emprise psychologique et souhaitant dénoncer les faits ». Ce canevas reprend les différents critères de « l'emprise mentale » (selon la Miviludes), pour pouvoir « matérialiser l'état de sujétion psychologique ».

La direction de la gendarmerie nationale

La gendarmerie nationale dispose de différentes structures spécialisées dans des domaines susceptibles d’être concernés par les dérives sectaires. Deux services sont par ailleurs spécifiquement en charge des dérives sectaires.

Les structures spécialisées de la gendarmerie nationale intervenant dans la lutte contre les dérives sectaires

- L’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) travaille sur tout ce qui touche aux pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, « terrain propice aux dérives sectaires ».

- L’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) peut apporter son appui lors d’enquêtes liées aux « dérives sectaires » dans lesquelles apparaissent des faits de travail illégal.

- Le Service technique de recherches judiciaires et de documentation (STRJD) dispose :

- d’une cellule « dérives sectaires » qui assure le suivi global des enquêtes diligentées par les services de gendarmerie ;

- d’un département des sciences du comportement qui peut appuyer les enquêteurs avec son équipe constituée notamment d’analystes comportementaux spécialisés dans les atteintes aux personnes ;

- d’une division de lutte contre la criminalité qui effectue la veille des sites internet "sectaires" jugés les plus dangereux.

La Miviludes, qui accuse les "sectes" de faire de l'entrisme dans les rouages de l'Etat, est partout dans le système administratif. Elle a même réussi à diffuser sa propagande (qu'elle présente comme une "information") au sein de l'université Paris Descartes.

La Miviludes, qui accuse régulièrement les "sectes" de faire de l'entrisme dans les rouages de l'Etat, est présente dans la plupart des grandes administrations françaises. Elle a même réussi à diffuser sa propagande (qu'elle présente comme une "information") au sein de l'université Paris Descartes.

L’officier référent national est secondé dans sa mission par deux sous-officiers de la cellule « dérives sectaires » du département « atteintes et trafic de personnes ». A noter que ces personnels doivent avoir suivi le diplôme universitaire de 3ème cycle « Emprise sectaire et processus de vulnérabilité » mis en place en décembre 2011 à l'université Paris Descartes, à l'initiative de… la Miviludes. Cette cellule est chargée du suivi des affaires judiciaires impliquant un mouvement sectaire, de l’analyse et du classement des fiches de renseignements émanant des référents « dérives sectaires » placés au sein des cellules de renseignements de la gendarmerie, des fiches du Service central de renseignement territorial (ex-SDIG), en source ouverte sur Internet, dans les magazines, etc.

- Le groupe national de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (GNVLDS) est chargé de la mise en cohérence des pratiques locales à l’échelon national de la gendarmerie.

La cellule est en contact permanent avec les institutions judiciaires, les référents «dérives sectaires» placés dans les groupements et régions de gendarmerie, les conseillers du pôle « sécurité » et les conseillers du « pôle santé » de la Miviludes, les services de renseignements de la police nationale, la Caimades, mais aussi avec les associations de défense des victimes de « dérives sectaires » tels l’Unadfi, le CCMM et l'Afsi (Association des faux souvenirs induits), etc.

Les éléments du dispositif à l’échelon local

Un référent « dérives sectaires » au sein de chaque parquet général

Il coordonne au niveau régional l’action de la justice avec les autres services de l’Etat (police, gendarmerie, direction régionale du travail, direction départementale de la PJJ, rectorat, direction départementale de la jeunesse et des sports, direction régionale des services fiscaux, procureurs du ressort, conseil général). Il articule leur action avec celle des préfectures et de fait remonter les informations à son homologue au sein de la DACG.

Des groupes de travail au sein des préfectures

La question des « dérives sectaires » peut être envisagée dans différentes instances préfectorales :

- Les groupes de travail des conseils départementaux de prévention de la délinquance, d’aide aux victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences conjugales

- Les réunions des états-majors de sécurité

- Les conférences départementales de la liberté religieuse et de la laïcité.

Le réseau associatif

Différentes associations prennent en charge les victimes de dérives sectaires. Les deux principales sont l’union nationale des associations de défense des familles et de l’individu (Unadfi) et le Centre contre les manipulations mentales (CCMM). La première est reconnue d’utilité publique et peut donc se porter partie civile [elle est souvent déboutée en fait]. Elle regroupe 29 ADFI dans toute la France avec 55 salariés dont 4 documentalistes et des bénévoles.

Le réseau associatif fait remonter les informations [les fameux « signalements] qui sont portées à sa connaissance à la Miviludes, à la DACG ainsi qu’aux parquets de leurs ressorts. Les associations sont en lien avec l’ensemble des partenaires en charge de la lutte contre les « dérives sectaires ».

Ce réseau prétendûment "associatif", auquel il faut ajouter une pléthore de petites structures (dont une européenne financée par la France, la Fecris), est en fait essentiellement financé par l’Etat et animé par des farouches militants "antisectes" et quelques représentants des familles déboussolées par le choix de leurs enfants ou ou de leurs conjoints devenus "adeptes"...

« Sectes » et justice

« Ne pouvant être définies, les sectes ne peuvent être prises en compte en tant que telles par le droit. Seuls les comportements qu’elles suscitent et les conséquences qu’elles entraînent peuvent entrer dans le champ du droit. Comportements et conséquences qui constituent les « dérives sectaires ». Ces dérives sont en très grande majorité régies par le droit commun, qui ne les prend en compte qu’à travers les concepts généraux auxquels elles portent atteinte. Seule la matière pénale prévoit une répression spécifique par le biais de l’article 223-15-2 du Code pénal. (…) cet article ne vise pas uniquement les dérives sectaires et n’est pas le seul outil de leur répression. »

Une infraction spécifique : l’article 223-15-2 du Code pénal

• L’incrimination :

« L’article 313-4 du Code pénal réprimait l’abus de faiblesse concernant « soit un mineur, soit une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et connue de son auteur ». L’article 223-15-2 alinéa 1 est venu préciser que, désormais, la victime peut aussi être «une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement ». Ces pressions ou techniques doivent avoir été mises en œuvre « pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables ».

Le deuxième alinéa de l’article 223-15-2 prévoit une circonstance aggravante « lorsque l’infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d’un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ses activités ».

Ce texte vise, notamment mais pas exclusivement, les groupements à caractère sectaire dont il permet de pénaliser les comportements répréhensibles sans jamais recourir à la notion de « secte »

Un très petit nombre de condamnations

La circulaire du 19 septembre 2011 a précisé les éléments constitutifs de l’infraction dont il conviendra de rapporter la preuve.

Malgré cette mobilisation des pouvoirs publics et de la justice, le nombre de condamnations en lien avec une « dérive sectaire » est resté ridiculement bas. Soit que le dispositif soit inopérant, soit que la réalité du fait « sectaire » soit très différente des clichés véhiculés par la presse et les autorités…

En effet, entre 2006 et 2012, seuls 95 dossiers en lien avec les « dérives sectaires » ont été identifiés et signalés à la direction des affaires criminelles et des grâces.

Parmi ces dossiers, 17 dossiers ont fait l’objet d’un classement sans suite ou d’une ordonnance de non-lieu, la moitié des procédures a fait l’objet d’une ouverture d’information judiciaire, les deux tiers du chef d’abus de faiblesse. 57 procédures ont entraîné une condamnation du chef d’abus de faiblesse, sans qu’il soit possible d’établir que les faits avaient été commis dans un contexte de « dérives sectaires »…

> Rappelons ici que nous reconnaissons l’intérêt, bien évidemment, d’une veille sur les abus de pouvoir commis par des personnes ou des groupes, mais nous déplorons les partis paris, les clichés, l’arbitraire et le fonctionnement anti-démocratique de cette politique et cette police spécialisées.

> A suivre :

16 - Du positif dans la chasse aux sorcières/sectes française

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