Rassasier les âmes

Que nous dit le suicide d’un homme accompagné de son chat, au mitan de l´été, dans sa voiture en plein Creusot  ?

 


Sur un des larges trottoirs ombragés du boulevard Maréchal Lyautey, la voiture où gisaient, sans vie, l´homme et son chat. Photo : Le Creusot-Infos.

 

Drame de la solitude  ? Peur de vieillir  ? Déception sentimentale  ? Agé de 70 ans, il a été retrouvé mort dans sa Clio garée entre deux arbres, en pleine ville du Creusot (Saône-et-Loire). Il avait laissé tourner le moteur et inspiré les gaz d’échappement.

 

Dans son geste fatal, il avait entraîné son chat.

 

Pourquoi  ?

 

Pourquoi avoir voulu partir avec l’animal  ? Le chat est un animal autonome, indépendant, qui s’accommode bien plus facilement de la mort d’un maître qu’un chien, par exemple. Il n’aurait eu aucun mal à survivre, surtout en ville où les refuges et les occasions de s’alimenter son innombrables.

 

L’animal était-il son seul amour  ? L’homme n’avait-il pas de compagne, d’enfant, d’ami, de voisin sympathique  ?

 

Alors que tant d’êtres de par le monde luttent farouchement pour leur survie, qu’a-t-il manqué à cet homme pour s’intéresser à la vie  ? Il n’était pas pauvre  : il avait au moins une voiture.

 

La mort du chat nous le crie  : il avait faim d’affection, vraie nourriture, avec la connaissance, de l’âme humaine.

 

La pauvre bête lui a certainement longtemps servi d´ersatz. Mais elle ne pouvait à elle seule combler ce gouffre en son cœur. Et, à l´heure dite, il en a fait sa messagère. Il l’a sacrifiée pour nous dire que la vie sans amour lui était insupportable, qu’il emportait avec lui ce substitut de la tendresse.

 

La boule de poils inanimée retrouvée sur la banquette de la voiture blanche doit nous interpeler  : faisons-nous toujours le nécessaire pour nourrir et rassasier nos âmes, celles de nos frères et de nos voisins  ?

 

 

 

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