L’écologie comme tremplin vers la spiritualité

L’écologie comme tremplin vers la spiritualité

 

Ma conviction : l’amour de l’esprit suivra (doit suivre) celui de la nature et le fécondera.

L’écologie, qui a mis des décennies avant d’obtenir droit de cité, pour aujourd’hui triompher partout (dans les discours et les intentions, sinon dans les actes), prépare lentement le chemin pour la spiritualité.

En effet, la spiritualité et l’écologie partagent une même colonne vertébrale, un même concept essentiel : le tout pour la spiritualité, la globalité pour l’écologie.

La différence est qu’en écologie, on parle surtout de l’objet (la nature) et très peu du sujet (l’homme). Évolution darwinienne aidant, l’homme n’y est même plus qu’un organisme parmi d’autres, au point que certains convoquent à la même tribune l’humanité des animaux et l’animalité de l’homme.

En spiritualité, c’est l’inverse : le sujet prime, même si, pour elle, la nature et l’homme sont indissociablement liés.

Tout comme la religion, la spiritualité reconnaît à l’homme un statut à part, mais, à la différence de certaines religions, elle ne le place pas au sommet de la création pour la dominer. Dans la spiritualité, l’homme voit la nature comme une maîtresse d’école, école de l’esprit-matière, qu’il doit apprendre à connaître et à aimer. Il voit son corps comme la matrice de son âme et sait qu’il doit respecter l’une comme l’autre, ici et maintenant, s’il veut bien vivre et s’épanouir.

« Penser global ; agir local », tel est le premier slogan de l’écologie. Ce « penser global » en est encore à ses balbutiements. Nous ne prenons conscience que très lentement de ce fait qui finira par s’imposer : tout est lié.

Déjà, des notions comme le continuum espace-temps, ou l’effet papillon (« un battement d´aile de papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? ») nous avaient préparés à imaginer une « interaction » de tout avec tout.

Tout est interdépendant, rien ne peut être isolé de façon absolue. Cette conscience de l’unité qui soude tous les éléments de l’univers est à rapprocher de l’unité que représente notre conscience elle-même.

De même, nous découvrons combien chacun de nos gestes a un impact sur notre environnement ; combien notre responsabilité est grande, relativement à la planète, du simple fait de consommer et de bouger, d’exister tout simplement.

La spiritualité donnera des ailes à l’écologie. Ce qui manque à celle-ci, c’est l’enthousiasme que seule une ouverture sur l’Esprit peut procurer.

En effet, le développement durable, principale application de la nécessité écologique, est basé sur une vision moralisatrice : il doit être « compatible avec les besoins des générations futures ».

Ce concept est en outre trop restrictif. Il peut même être contreproductif, par exemple pour des personnes n’ayant ni famille, ni enfants : elles peuvent être totalement insensibles à l’argument, voire incitées à en profiter d’autant plus pour elles-mêmes.

Elevons le concept pour le porter au delà la morale, jusqu’à la beauté : imaginer un développement (gardons pour l’instant ce mot, pourtant contestable) mu essentiellement par la joie de découvrir et d’assimiler les lois de la nature pour pouvoir nous y intégrer harmonieusement. C’est plus positif et plus gratifiant que l’injonction actuelle qui revient à dire : «Laissez ce lieu dans l’état où vous l’avez trouvé en entrant», par respect pour la personne suivante.

Comme aux toilettes...

S’émerveiller de l’extraordinaire complexité de la nature, de son incroyable précision, de ses stupéfiantes possibilités. Et, plus encore, s’émerveiller que la nature soit décryptable, compréhensible, saisissable rationnellement. Époustouflante de grandeur, de force, d’ingéniosité.
L’émerveillement porte spontanément au respect, sans qu’il soit besoin de moraline.

Nous sommes alors renvoyés à nous-mêmes, au présent. Quand on parle d’environnement, on le fait trop souvent comme d’un milieu objectif, extérieur à nous-mêmes, qui ne nous concerne que si on le veut bien, ou par nécessité, ou par devoir.

Or, par la connaissance, nous débouchons sur la re-connaissance. L’environnement devient une composante majeure de notre joie de vivre et d’agir. Impossible alors de nous comporter en ignorant nos impacts sur le monde et les autres. Impossible de gâcher cet immense trésor qui nous environne - et nous constitue.

Dans le monologue de Faust, Goethe lui fait dire, au moment où il s’adresse, comblé, à l’Esprit suprême :
- Tu m’as donné la splendide nature pour royaume. Le pouvoir de la sentir et d’en jouir.

Puis il ajoute :
- Tu fais défiler la chaîne des êtres vivants
Devant moi et me présentes mes frères
Dans le bosquet silencieux, dans l’air et dans l’eau.

Après avoir énuméré toutes ces beautés offertes à sa jouissance, Faust monte jusqu’au faîte de son extase :
- Tu me montres
Alors à moi-même, et les merveilles,
Profondes, de ma propre âme se révèlent.

Voilà le grand bénéfice de pratiques fondées sur le plaisir de découvrir les beautés du monde, beautés nous renvoyant sans cesse à nous-mêmes, à l’Esprit qui tout constitue, y compris nous-mêmes, et nous permet de nous éblouir de ces beautés.

Il conduira sans peine à des comportements harmonieux, donc à un développement... infiniment durable.

Je mettrai en œuvre une écologie de mon corps et de ma conscience.

Pour mon corps, je favoriserai tout ce qui renforce sa santé. Je l’exercerai au mieux pour entretenir sa force et sa souplesse. Je le nourrirai d’éléments les plus naturels, les moins transformés possible. J’éviterai au maximum les poisons de tout type qui l’intoxiquent.

Comme un écrin à préserver, je nourrirai ma conscience d’émotions, de connaissances, d’idées et de sentiments positifs, sans pour autant ignorer les horreurs du monde. Et c’est d’ailleurs ce qui me donnera la force de les combattre.

Je développerai l’écoute intérieure, pour me connaître et me respecter, tout comme je pratiquerai l’écoute d’autrui. J’éviterai les pollutions (colères, haines, mépris, peurs, etc.) qui pourraient habiter ma conscience et, partant, scléroser mon âme.

Je m’efforcerai de faire ce que je dis ; de reconnaître mes torts ; de ne juger personne ; d’être équitable et d’aimer toujours.

Et je quitterai la Terre avec le sentiment d’avoir traversé la magnifique propriété d’un Hôte dont j’aurai décrypté l’infinie tendresse en laquelle j’irai me fondre.

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