Gerddes-Afrique : 20 ans d’engagement pour promouvoir la démocratie

Par Bernado Houenoussi

 

Des cadres et des intellectuels africains cherchent à promouvoir « le développement au service de la démocratie ». Par le biais du Groupe d´études et de recherches sur la démocratie et le développement économique et social (Gerddes-Afrique) créé en 1990 par Sadikou Alao, avocat au barreau de Cotonou (Bénin), la société civile tente, non sans peine, d’influer sur le cours des choses.

 


      Sadikou Alao.

En cette fin d’après-midi du mois de juillet à Cotonou, nous sommes au siège de l’association dénommée Groupe d’études et de recherches sur la démocratie et le développement économique et social (Gerddes-Afrique). La décennie 90 a sonné le glas de la plupart des partis unique qui étaient les chevilles ouvrières des régimes en place dans la majeure partie des pays d’Afrique sub-saharienne. Cette période aura vu l’émergence d’une société civile africaine, au sein de laquelle le Gerddes-Afrique s’est efforcé, selon Sadikou Alao, son président, de jouer sa partition.

 

A sa création, « il s’agissait de faire essentiellement la promotion de la démocratie au service du développement et ce par des actions d’éducations civiques, d’informations des populations et des dirigeants ». Ces actions ont été faite notamment « dans les pays qui sortaient de guerre, mais également à l’intention des nouveaux parlementaires élus lors des premières élections pluralistes organisées également dans bon nombre d’Etats africains. » Ces premiers scrutins ont permis également à cette association de développer une expertise en matière électorale en Afrique.

 

Au final, l’objectif était d’aider « les gouvernements à organiser les élections, les gérer et les faire observer par des africains. L’observation des élections en Afrique par les africains eux-mêmes, est un concept que nous avons créé.  Nous voulions que les africains soient témoins de leurs propres élections, et avons formé depuis plus de 40.000 experts et observateurs des élections sur le continent. Nous avons eu le privilège de former les premiers observateurs de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) en matière d’observation des élections. » (L’Union africaine a succédé à l’Oua depuis 2002.)


La radio Gerddes-FM


Depuis une vingtaine d’années, l’association, qui compte plus de 2000 membres, a réussi à s’implanter dans toutes les régions du continent et ce, par le biais des Gerddes nationaux qui continuent dans plusieurs pays africains les actions du Gerddes continental. C’est ainsi que la déclaration du 10 juin dernier de la société civile burkinabè relative aux réformes politiques, a été signée par le Gerddes-Burkina. Avec le recul, Sadikou Alao se réjouit de la diversité actuelle de la société civile en Afrique. Et de souligner que « les actions de l’association n’étaient pas tolérées au moment où elles étaient initiées sur le continent. Nous avons depuis quelques années une radio émettant en bande FM depuis la ville d’Akpro-Missérété (Bénin) et nos actions ont été reconnues par l’Onu ».


Cette radio émet de 6h à 23h tous les jours et diffuse ses émissions dans les langues locales du pays. Malgré tout, il reconnait qu’il n’est pas facile de «  mener dans les pays pauvres des actions dans les domaines particuliers des droits de l’homme,  de la démocratie et du développement et globalement en tant qu’acteur de la société civile. » Le contexte social étant difficile, il y a toujours reconnait-il le risque d’une récupération politique. C’est pourquoi dit-il, « des hommes politiques créent des associations pour se mettre en scène avant d’en faire des partis politiques, ou encore qu’il y a des organisations de la société civile qui ne militent que parce qu’elles ont des subventions extérieures. »


Bien qu’il fasse un bilan mitigé des actions de la société civile en Afrique, M. Alao estime « qu’il y aura du progrès, lorsque la misère et la faim reculerons dans les pays du continent.» Le développement économique et social de l’Afrique, est également l’un des crédos du Gerddes-Afrique. Alors que de nombreuses pistes sont explorées afin de faire sortir le continent africain de sa léthargie actuelle, il pense qu’unir tous les Etats africains au sein d’un grand ensemble est « une bonne idée, mais utopique  pour l’instant ». Il se fonde notamment sur  « les dérives dans la gestion de plusieurs pays, dont les dirigeants ne contrôlent pas véritablement les axes de développement ».

 

Selon Sadikou Ayo Alao, « il faut dans un premier temps développer et rendre fonctionnelle les unions régionales, telles que la Cedeao, la Cemac et l’Uemoa ».

 

>> Voir aussi : "Afrique sub-saharienne : comment la société civile se mobilise pour conforter les avancées démocratiques".

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