Déontologie

Faut-il ou non conserver le mot « vérité » dans la charte internationale des journalistes ?

Non, répond la Fédération internationale des journalistes. Oui, affirmé-je, au risque, sinon, de voir se dissoudre un des repères essentiels de notre déontologie professionnelle.

Anthony Bellanger, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), première organisation mondiale, représentant 600 000 journalistes dans 146 pays, m’a envoyé ce mail à la suite de l’article que j’avais publié sur la nouvelle Charte adoptée par son organisation.

Il réagit notamment sur le paragraphe qui concluait l’article concernant mon regret d’avoir vu disparaître le concept de « vérité » :

Voici la réponse que je lui ai adressée :

« Merci pour votre réponse dont je comprends et apprécie chaque terme.

Ceci dit, je continue à penser qu’il est déplorable d’avoir fait disparaître le mot « vérité » de l’article 1 de la Charte, alors que tous reconnaissent que « la vérité est le fondement de notre profession ». C’est un peu comme si l’on disait que la liberté, l’égalité et la fraternité sont tellement difficiles à définir précisément qu’on décide de les abandonner et de les remplacer par « recherche de l’autonomie », « traitement équitable » et « attention réciproque » !

J’ai affronté une difficulté similaire au sein de l’Observatoire de déontologie de l’information (ODI) dont j’ai été membre au début de sa création. Une controverse m’avait opposé à mon confrère Y. Agnès (avec qui j’avais cofondé l’Association de préfiguration d’un conseil de presse – APCP) au sujet de l’objectivité journalistique. Il soutenait, appuyé par de nombreux confrères, qu’il fallait abandonner le mot et le remplacer par « honnêteté ».

J’ai posé mes arguments au sein d’un groupe de travail de l’ODI qui a fini par conclure qu’il fallait bien « remettre l’objectivité à l’honneur ». Nous en avons profité aussi pour approfondir le concept d’honnêteté.

Il me semble ainsi tout aussi important de remettre le mot « vérité » à l’honneur, tout en l’accompagnant d’une perspective épistémologique bien balisée, comme je pense l’avoir fait depuis des années. Je me permets de vous communiquer ce lien où vous trouverez mes explications du néologisme « vérital » qui signifie, non pas « vrai », mais au sujet duquel les méthodes exigées pour éviter au maximum les erreurs ont été employées pour la fabrication d’un article. Il pourrait s’appliquer de façon pertinence à l’information journalistique de qualité et déontologique.

Si nous chassons le mot vérité de nos chartes, nous abandonnons par là-même l’idéal professionnel qu’il faut toujours avoir en horizon et faire l’effort de poursuivre, quelles que soient les embûches à surmonter pour l’atteindre. La porte serait laissée alors ouverte à une confusion totale ou vérité, post-vérité, infox, intox, etc., pourront être placées sur un même niveau cognitif. Il suffit que ces « informations » comportent chacune un ou quelques faits exacts, vérifiés, pour avoir exactement le même statut

L’information journalistique, s’efforçant (et pouvant justifier cet effort) vers la vérité, ferait ainsi la différence et pourrait trouver une nouvelle crédibilité auprès des publics. »

 

 

 

One thought on “Faut-il ou non conserver le mot « vérité » dans la charte internationale des journalistes ?

  1. debredinoire

    Qu’elle existe ou non, qu’on puisse ou non l’atteindre, la recherche de la “vérité”, dans le domaine de l’info, reste, selon moi, une exigence fondamentale. Comme en sciences.
    En premier lieu, parce qu’elle impose au chercheur honnête de respecter les faits, de multiplier et vérifier ses sources et d’accepter le débat avec ses contradicteurs.

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