Ces dernières années, j’avais pu échanger avec cet intellectuel attachant, mort le 29 mai 2026, et recueillir de lui quelques paroles, certes succinctes, mais pleinement riches de sens.

La disparition à l’âge de 104 ans d’Edgar Morin, philosophe sociologue atypique, laisse à la fois un grand vide, vue l’infatigable présence qu’il a manifestée jusqu’à la fin dans le débat public, et un tombereau d’idées originales et fécondes par la foisonnante richesse de ses apports.
Un projet d’interview
Ce projet avec Edgar Morin, qu’il avait validé, n’a finalement pas pu se faire, sa santé déclinant progressivement. Voici les 4 questions que je lui avais soumises (oct. 2025) :
- Avez-vous quelque chose à dire sur les causes et facteurs de la barbarie croissante à laquelle nous assistons ?
- Vous exprimez souvent, de différentes manières, que l'humanité est encore "à naître". Quelles seraient à vos yeux les caractéristiques et les qualités de ces humains collectivement réalisés ? Quelle force/idée/action vraiment nouvelle permettrait cette émergence ?
- Vous nous invitez à nous préparer au "Néant", à la "Boule de Feu", à "l'irrémédiable défaite", mais en même temps aux "divines surprises, aux nouvelles extases de l'histoire". Croyez-vous toujours en ces dernières ? Si oui, auriez-vous des images des formes qu'elles pourraient prendre" ?
- Pensez-vous toujours (comme dans "Science avec conscience") que "la plus grande partie de l'Univers est vouée au chaos", que "l'Univers ne peut pas être considéré comme une totalité organisée et surpensante" ?
Il m‘avait répondu : « Vos questions sont importantes mais, étant présentement fatigué, voulez-vous qu'on remette à la semaine prochaine ? »
Malheureusement, la semaine s’est allongée indéfiniment, jusqu’à ce que le rendez-vous fût impossible.
« Votre pensée proche de la mienne »
Ce contact avec Edgar Morin faisait suite à un premier échange, après que je lui ai envoyé le lien vers mon article, élaboré à partir d’une sorte de Manifeste de lui que l’Unesco avait publié en 1999 et qui s’intitulait « Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur ».
Ma communication, publiée sur Adjuris (https://debredinoire.fr/7-savoirs-plus-1-survie-humanite/) en avril 2024, consistait à me baser sur ses « Sept savoirs », auxquels j’ai ajouté une 7ème branche, ou plutôt une branche « 0 », à inscrire en préalable à tout savoir ».
La lecture de mon article avait provoqué cette réponse de sa part (sept. 2024) :
« Cher Jean-Luc,
Pleinement heureux de cet article qui me comprend bien et exprime votre pensée si proche de la mienne.
Je souhaiterais que vous lisiez mon article la conscience de la conscience paru dans Sciences humaines il y un ou deux ans.
Restons en relation.
La transdisciplinarité et la complexité sont les deux noms du même. »
S’en est suivi un court échange de correspondances sur thème.
Cela faisait des années que je suivais le travail d’Edgar Morin et que je lis ses ouvrages. Je l’ai cité dans plusieurs de mes livres et interventions. Je considère ce philosophe sociologue comme l’un des plus riches des penseurs contemporains, ainsi qu’un humaniste d’une ouverture d’esprit et d’une sincérité exceptionnelles.
Heureux et fier que nos chemins aient pu se croiser, si peu que ce soit.
> Voir notre article les 7 savoirs plus un pour la survie de l'humanité