Discrimination

Des ONG lors d’une session hébergée par l’Onu : «La France doit cesser de financer la Fecris qui persécute les minorités religieuses»

« Vous pouvez discriminer et persécuter des minorités religieuses, car c’est ce que fait le “pays des droits de l’homme” » : tel est le message que la France envoie au reste du monde en finançant des groupes “antisectes” comme la Fecris. C’est ce qu’ont dénoncé ce lundi 15 janvier plusieurs ONG et une avocate en droit international, en marge de l’Examen périodique universel (Epu) de la France, dans le cadre d’une session hébergée par l’Onu à Genève.

Plusieurs ONG et Patricia Duval, une avocate en droit international, ont adressé, ce lundi 15 janvier 2018, un appel au président Emmanuel Macron et à son premier ministre à propos du financement de la Fecris (Fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme) et de ses organisations membres. Sous les prédécesseurs de l’actuel président, ces entités ont en effet joui de « subventions abusives dont elles se sont servies pour promouvoir des discours de haine visant des groupes religieux minoritaires dans les pays de l’Union européenne et au-delà ».

Le représentant de l'ONG CAP LC (Coordination des associations et des individus pour la liberté de conscience), Thierry Valle, a mis en évidence la politique française de stigmatisation des minorités religieuses et ses conséquences humaines souvent dramatiques pour les membres de ces minorités. Il a indiqué que la France, en finançant la Fecris, permet la diffusion de ce modèle antireligieux en Europe.

« Capture d’âmes »

Pendant la session.

Patricia Duval, avocate en droit international des droits de l’homme, a mis en lumière les racines idéologiques de la Fecris. Cette association de droit français a été créée en 1994 par l’Unadfi. Son objectif : fédérer des associations « antisectes » à travers l’Europe et les représenter auprès des institutions européennes pour la défense des familles et des individus contre les “organisations sectaires nuisibles”. But a priori louable.

Patricia Duval.

Mais dans pratique, les associations antisectes membres de la Fecris en France qualifient de « sectaire » toute minorité religieuse ou mouvement spirituel dont les croyances sont jugées par la Fecris comme déviantes de ce qui « est habituellement considéré comme une religion ». Elles considèrent la conversion à ces croyances comme une sujétion psychologique et une « capture d’âmes », et une violation de la dignité humaine. Elles recueillent les témoignages de familles ou de parents d’adeptes qui sont en désaccord avec le choix de vie de leurs proches pour les accuser de briser les familles. Elles compilent des dossiers basés sur la rumeur, les préjugés et la suspicion qui sont utilisés ensuite pour stigmatiser les groupes concernés. Elles continuent à être financées par les pouvoirs publics français pour mener une croisade idéologique.

Pour l’avocate, « il est plus que temps pour la France d’arrêter de sponsoriser ce type d’activités ! »

« Liaisons dangereuses »

Déjà, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour la liberté de religion ou de conviction, Asma Jahangir, après sa visite en France du 18 au 29 septembre 2005, avait formulé des recommandations en ce sens.

De son côté, Willy Fautré, représentant de HRWF Human Rights Without Frontiers (Bruxelles), a dénoncé les liaisons dangereuses entre le vice-président (russe) de la Fecris, Alexander Dvorkin, et les milieux cléricaux les plus extrêmes de l’Eglise orthodoxe russe. Alors que la France, pays laïc, finance la Fecris, sa branche en Russie se livre à une persécution intense des religions non-orthodoxes et est engagée dans des activités missionnaires visant à ramener au bercail des orthodoxes convertis à d’autres religions. L’association membre de la Fecris en Russie s’inscrit par là même dans un courant politique russe ultranationaliste qui, sous couvert de « sécurité spirituelle », vise à éradiquer toute présence de religion d’origine étrangère des « terres orthodoxes russes ».

« Discours de haine »

L’interdiction des Témoins de Jéhovah et de mouvements musulmans pacifiques non engagés politiquement, ainsi que l’emprisonnement de plusieurs scientologues font partie de cette stratégie de purification religieuse. Alexander Dvorkin, en Russie, répand des « propos incendiaires et des discours haineux » sur les évangéliques, les pentecôtistes, les baptistes, les adventistes, l’Armée du Salut, les mormons, les membres de Falun Gong et même les hindous. Cette incitation à la haine a provoqué l’an dernier, dans la capitale indienne, une manifestation des Hindous devant l’ambassade de Russie où ils ont protesté contre la persécution de leur religion et brûlé son effigie.

Willy Fautré pose la question : « Comment la France, pays laïc, peut-il soutenir et financer presque entièrement la Fecris, une organisation dont le vice-président contribue depuis des années à répandre des discours de haine pour éliminer des minorités non-orthodoxes en Russie ? »

Enfin Eric Roux, représentant de Eifrf (European Interreligious Forum for Religious Freedom), a conclu avec ces mots : « Lorsqu’un pays comme la France fait quelque chose, certains pays dans le monde sont amenés à penser qu’ils peuvent suivre cet exemple et ainsi justifier des actions similaires. En finançant des groupes comme la FECRIS, la France envoie un message au reste du monde : « Vous pouvez discriminer et persécuter des minorités religieuses, car c’est ce que fait le « pays des Droits de l’Homme ».

 

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