Une simple investigation sur la politique antisecte désamorcerait les tensions

Plutôt que mettre de l´huile sur le feu en colportant sans recul la propagande gouvernementale, les médias pourraient avoir un rôle citoyen d´éclairement et d´apaisement dans le domaine des minorités spirituelles. Extraits d´une interview donnée en octobre 2009 au Centre d´information et de conseil des nouvelles spiritualités (Cicns).

 


Votre serviteur durant l´interview.

« La lutte contre les dérives sectaires me paraît indispensable. Pour moi, c´est légitime que le gouvernement, que certaines institutions, veillent à ce que des charlatans, pour la question des thérapies naturelles ou différentes, ne sévissent pas et n´abusent pas de la crédulité des populations. De même, il est important que dans les groupes qui peuvent se constituer, quels qu´ils soient, il n´y ait pas de démarche qui fasse que les populations les plus faibles soient empêchées de s´épanouir librement et soient mises dans des orientations pour être exploitées. L´idée me paraît formidable et que la France ait une politique dans ce domaine, j´approuve. Je trouve ça très bien. Le problème, c´est la façon dont elle est appliquée, parce qu´il ne s´agit absolument pas en fait, selon ce qui est dit, de lutte contre les dérives sectaires, mais de lutte contre les sectes.

 

« Nous luttons, en fait, contre des minorités spirituelles. Ce que nous appelons "sectes" existe très peu en France. En fait, il y a différents groupements qui ont des démarches différentes les unes des autres mais qui, pour la plupart, la très grande majorité, tel que j´ai pu l’observer parce que je suis allé voir à droite et à gauche, la plupart ont des objectifs spirituels, ont des objectifs de recherche, ont des objectifs de défricher des voies nouvelles par lesquelles leurs membres ou ceux qui peuvent sympathiser avec ces démarches vont découvrir d´autres façons de se comporter, de penser, d´agir, de se nourrir et de se soigner. (…)

 

« En tant que journaliste, je sais que je suis un professionnel de la manipulation, donnez-moi n´importe quel fait, je vous en tire quelque chose de positif ou je vous en tire quelque chose de négatif. Il suffit que je le décide, je trouverai autant d´éléments pour prouver l´un que l´autre. Tous mes confrères savent très bien que, quand ils enquêtent sur quelque chose, ils peuvent aussi bien détruire que construire. Cela dépend de leur point de vue. Actuellement, le point de vue des journalistes, c´est détruire les sectes.

 

« Je m´adresse là à mes confrères, à la presse : prenez déjà vos informations aux différentes sources, ne vous contentez pas de ce que vous dit l’Unadfi, la Miviludes, quand il est question de sectes, ni le Conseil de l´ordre des médecins. Il suffirait déjà qu´il y ait une information neutre et objective à partir des éléments existants, nous verrions  les journalistes enquêter, par exemple, sur l’Unadfi, savoir qui en sont les membres, quel est son budget, le nombre exact des victimes… Donnez-moi des statistiques précises, pour savoir qui sont les victimes des sectes. Est-ce que les méthodes pour déterminer qui est une secte et qui ne l´est pas sont scientifiques ? Si on cherche à connaître, et en plus à ne pas diaboliser ceux qui ne le méritent pas, parce que dans la liste des sectes, tous les responsables politiques qui ont suivi de près, à part un petit quarteron de députés qui sont vraiment fanatisés contre les sectes mais, à part ceux-là, la plupart reconnaissent que dans ce guide il y a plein de mouvements qui ne mériteraient pas d´y être. (…)

 

« Alors, qui a raison ? Celui qui cherche honnêtement ne trouve pas un environnement apaisé où il va pouvoir faire son choix en toute connaissance de cause, où il peut y avoir une sorte de marché des spiritualités, où chacun est à égalité et défend sa vision avec ses moyens. Là, nous sommes en France, il y a des bons, des mauvais, c´est très manichéen. Il y a les bons, les grandes religions reconnues, puis il y a les mauvais, ce sont tous les petits nouveaux. Dans le Figaro du 11 septembre 2009 : « Quand nous perdons notre capacité à engager une conversation civile les uns avec les autres, sur les sujets d´importance réelle, nous ne perdons pas seulement notre capacité à relever de grands défis, nous perdons quelque chose d´essentiel à propos de nous-mêmes ». Je trouve que c´est une très belle phrase, elle a été prononcée par M. Barak Obama à propos du débat sur son système de santé.

 

« Mais je trouve que la France, si elle n´est pas capable de discuter avec ses enfants qui sont dans des contextes un peu différents, qui ont des pensées étranges, si elle n´est pas capable de les écouter et si elle ne veut que les exclure, les diaboliser, non seulement elle n´arrivera pas à relever le défi de la cohabitation des différents pensées  mais, en plus, elle perd de son âme, l´âme de la démocratie, l’âme de lumière, l´âme des droits de l´homme qui dit que chaque homme a le droit d´être entendu, de défendre son dossier dans des conditions équitables. »

 

> Lire l’interview intégrale.

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