Un Grenelle de la tolérance serait nécessaire

Peu de gens le savent : l’antisectarisme de principe est une discrimination, une atteinte aux libertés fondamentales, au même titre que l’antisémitisme ou le racisme. Il est temps pour la France de le reconnaître et d’accueillir les différentes conceptions du monde, y compris celles qui la dérangent ou la déroutent, dans le respect des lois républicaines.

 

Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, a assuré que le débat controversé sur la laïcité et l’organisation d’un Islam de France aurait bien lieu comme prévu à l’occasion d’une convention UMP, le 5 avril à Paris, et donnerait lieu à une série de « propositions très concrètes » (AFP, le 2 mars 2011).

 

Ce débat a paru nécessaire à la majorité présidentielle pour répondre aux questions soulevées par la pratique de l’Islam en France. Pour éviter les risques de stigmatisation d´une religion en particulier, il a été décidé d’élargir la discussion à la laïcité.

 

Pour être cohérent et légitime, ce débat devrait aussi s’ouvrir et traiter plus largement de la place des "voies différentes" en France, notamment des relations institutionnelles et médiatiques avec les divers mouvements religieux, philosophiques, spirituels, nouveaux ou minoritaires.

 

Compte tenu des traditions républicaines et de l’histoire de notre pays, il semble difficile aux pouvoirs publics et aux médias actuels, ainsi qu’à un bon nombre de nos intellectuels, d’envisager que des hommes et des femmes sensés et responsables aient envie de s’engager sincèrement dans un mouvement spirituel ou religieux. Le conditionnement sociétal de ces dernières années fait que pour une majorité d’entre eux, lorsque des personnes de bonne foi participent à de tels mouvements, c’est qu’ils sont nécessairement naïfs et manipulés. Les raisons et la valeur d’un tel choix semblent aujourd’hui leur être inaccessibles.

 

De ce fait, il apparaît difficile à nos élites dirigeantes d’admettre que la création d’un nouveau mouvement philosophique, spirituel ou religieux résulte d’une démarche honnête et saine. De même, dans notre pays encore fortement imprégné de catholicisme, même inconsciemment, adhérer à une foi traditionnelle ou ésotérique (druidisme ou chamanisme, par exemple) peut déranger jusqu’à provoquer le rejet. Comme peut troubler les autorités l’explosion des voies thérapeutiques aux marges de la médecine conventionnelle.

 

Or, comme ailleurs dans le monde, la France est le théâtre de nouvelles aspirations à une vie plus proche de la nature, plus sensible et ouverte à la transcendance. Ces soifs se manifestent par l’essor des "pentecôtistes" et des "évangéliques", la multiplication des mouvements philosophiques, spirituels ou religieux nouveaux ou anciens (désignés sans aucun discernement, ni aucune validation juridique par le terme de « sectes »), la création de communautés autour de personnages charismatiques (appelés « gourous » mot hindou signifiant enseignants maîtres) ou autour de projets collectifs de vie naturelle. Ces initiatives regroupent généralement des hommes et des femmes sincères, honnêtes, intelligents et respectueux du droit et souhaitant tout simplement vivre en adéquation avec un système de valeurs, de croyances, différent de celui adopté par une majorité d´Européens.

 

La France ne respecte pas la liberté de conscience

 

Mais, souvent, ils gênent par leur engagement foncier, par leur radicalité, par leurs comportements « différents ». Ils déconcertent les familles qui ressentent ces choix de vie comme des atteintes et des rejets de leur propre mode de vie. Souvent le désarroi sincère de ces familles, leurs souffrances affectives les rendant particulièrement vulnérables, font que dans bien des cas ils deviennent eux mêmes les instruments d’organismes tels que l’Unadfi ou le CCMM, financés sur fonds publics. Ces organismes quasi institutionnels attisent la haine : ils pressent ces familles désorientées de prendre des positions intolérantes et vindicatives, utilisées ensuite pour justifier des actions répressives et arbitraires. Les conséquences peuvent être très violentes pour ceux qui les subissent.

 

L’État lui-même a forgé tout un arsenal de plus en plus répressif, fait de lois spécifiques et d’interventions à caractère militaire.

 

Des structures telles que la Miviludes (organisme d’Etat qui stigmatise officiellement les voies différentes) ou la Caimades (police de la pensée) ont été créées afin de contrôler ces mouvements sortant de la "normalité". En stigmatisant régulièrement certains de ces groupes, l´Etat intervient de manière totalement arbitraire et au mépris des principes les plus sacrés de notre démocratie. En ne respectant pas la liberté de conscience, il vide de son sens le concept de "laïcité".

 

Car l’antisectarisme est une discrimination au même titre que l’antisémitisme ou le racisme. Il est plus que temps d’en prendre conscience et de passer à l’écoute et à l’effort de comprendre. Sans nier qu’il puisse y avoir ici ou là des dérives dans certains mouvements, il faut rappeler que ces dérives ne sont pas fondamentalement différentes de celles que l´on trouve fréquemment dans des entreprises, des associations, des mouvements religieux officiels, des institutions, des familles, etc.  En outre, des lois existent déjà en France pour condamner ces délits.

 

La France pourrait montrer plus de maturité, d’ouverture d’esprit et de discernement en engageant une réflexion rationnelle, équitable et autorisant le contradictoire sur ce phénomène toujours sensible de la diversité des visions du monde.

 

Pourquoi pas, dans ces conditions, un Grenelle de la tolérance, pour le respect de la diversité philosophique, religieuse et spirituelle, avec non seulement les représentants de l’Islam et des religions « classiques » mais aussi avec des représentants de ces différents mouvements et des spécialistes de la question (sociologues des religions, ethnologues, avocats spécialisés dans le domaine de la liberté de conscience et des discriminations religieuses ou spirituelles, historiens des religions, philosophes, médiateurs, associations défendant la liberté de conscience, etc.)  ?

 

La question principale serait d’étudier comment, dans quelles conditions, vivre tous ensemble, en accueillant la diversité des convictions, au même titre que les religions établies, sans subir de sanctions arbitraires traumatisantes de la part des responsables censés garantir l’ordre dans notre pays. 

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