Un droit de réponse universel ?

Un droit de réponse universel ?

Les médias, qui ont toujours appliqué le droit de réponse du lecteur avec énormément de réticences, sont confrontés à une nouvelle technologie, le sidewiki de Google, technologie qui permet à tout internaute de graffiter son commentaire sur n’importe quel article de n’importe quel site. Il n´est pas sûr qu´elle leur fasse plaisir...


Pouvoir inscrire son commentaire à côté de n’importe quel article paru sur le web sans dépendre d’un éventuel modérateur est un “plus” extraordinaire offert à la liberté d’expression.

 

Si cette fonctionnalité venait à se développer, nous assisterions à une révolution qui ne s’effectuera pas sans combats épiques. En effet, on peut gager que les sociétés commerciales et les entités institutionnelles ne verront pas cette liberté d’un bon œil. Et on les comprend. Voir son message, dans lequel on investit parfois de lourdes sommes, être immédiatement détourné par d’éventuels commentaires, donnera des boutons à plus d’un.

 

Pour faire avancer la réflexion sur ce sujet, il me semble qu’il faut distinguer deux grandes catégories de messages sur le Net  :

- les messages de communication

- les messages d’information.

 

Les entités communicantes (institutions, sociétés, associations, etc.) pourront trouver insupportable de ne plus pouvoir maîtriser leur image. C’est déjà le cas pour les affiches sur les murs des villes ou dans le métro. Mais les tags et autres graffitis sont, là, seulement ponctuels. Avec Sidewiki, c’est à la source-même du message, à son lieu d’émission, que le commentaire importun pourra se greffer. Avec un impact autrement perturbateur  !

 

Sur le Net, la maîtrise de l’image pourra donc échapper à son producteur. On peut trouver cette possibilité contraire au droit des entreprises ou au droit à l’image. De belles batailles juridiques en perspective.

 

En revanche, personnellement, je me réjouis de cette possibilité pour les sites prétendant informer (et non seulement communiquer, sans qu’un sens péjoratif soit appliqué à ce verbe). En effet, j’ai toujours soutenu l’idée que l’information (en tout cas journalistique) possède le caractère d’un bien commun, qu’elle a en soi un aspect universel. Et qu’à ce titre, elle ne peut appartenir au seul média (couple éditeur/journaliste).

 

C’est d’ailleurs ce que reconnaît la loi, avec le droit de réponse. Même si ce dernier est constamment bafoué par la profession, il existe et trouve parfois à s’exercer. Le droit de réponse, c’est une dépossession de l’éditeur d’une partie de l’espace qu’il gère. C’est une expropriation s’imposant au média au nom du caractère d’intérêt général de sa mission.

 

Le sidewiki permet d’appliquer cette expropriation sans attendre le bon vouloir de l’éditeur, ni la décision d’un juge. Cela donnera plus de force au citoyen pour corriger l´information inexacte et pour faire entendre son point de vue.

 

Cela dit, pour que cette nouvelle fonctionnalité fasse pleinement effet, elle devrait être accompagnée d’un engagement du commentateur non seulement à respecter la nétiquette, mais aussi à vouloir co-construire l’information, pas seulement à la commenter ou à déverser sa bile.

 

Reste à mesurer les effets de l’utilisation de cette avancée démocratique et les suites des bagarres juridiques qui ne manqueront pas d’apparaître.

 

Mais, en tout cas, merci Google  !

 

>> Pour installer la barre sidewiki.

 

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