Stop à l´infantilisation des Français !

En ces jours de campagne électorale, nos hommes politiques nous entretiennent toujours dans un état de minorité (au sens « kantien » du terme, voir ci-dessous).

 

Et gauche ou droite, c’est pareil  : en 2011, Nicolas Sarkozy avait diffusé des affiches avec ce slogan : « La République qui agit, la République qui protège ». En 2007, une affiche du PS vantait : « La gauche qui agit, la gauche qui protège ».

 

 

Nous sommes adultes, autonomes, responsables et solidaires. Ou du moins, tendons à l’être. Nous avons moins besoin d’être protégés qu’accompagnés pour plus de liberté, justice, de savoir et d’éthique. Un bon gouvernement, c’est un gouvernement fait d’hommes et de femmes qui privilégient l’intérêt général sur leur propre carrière, qui font de la pédagogie et facilitent en toute circonstance et en tous lieux le débat public. Pour que chaque citoyen puisse se prendre en main dans la certitude d’être entendu et, le cas échéant, aidé. Mais pas chaperonné...

 

« Les lumières, c’est pour l’homme sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. La minorité, c’est l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un autre. C’est à lui seul qu’est imputable cette minorité dès lors qu’elle ne procède pas du manque d’entendement, mais du manque de résolution et de courage nécessaires pour se servir de son entendement sans la tutelle d’autrui. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement : telle est donc la devise des Lumières.
    La paresse et la lâcheté sont causes qu’une si grande partie des hommes affranchis depuis longtemps par la nature de toute tutelle étrangère, se plaisent cependant à rester leur vie durant des mineurs ; et c’est pour cette raison qu’il est si aisé à d’autre de s’instituer leurs tuteurs. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui a de l’entendement pour moi , un directeur spirituel qui a de la conscience pour moi, un médecin qui pour moi décide de mon régime etc., je n’ai pas besoin de faire des efforts moi-même. Je ne suis point obligé de réfléchir, si payer suffit ; et d’autres se chargeront pour moi l’ennuyeuse besogne. […]
    Il est donc difficile pour tout homme pris individuellement de se dégager de cette minorité devenue comme une seconde nature. Il s’y est même attaché et il est alors réellement incapable de se servir de son entendement parce qu’on ne le laissa jamais en fait l’essai. Préceptes et formules, ces instruments mécaniques destinés à l’usage raisonnable ou plutôt au mauvais usage de ses dons naturels, sont les entraves de cet état de minorité qui se perpétue.
    Mais qui les rejetterait ne ferait cependant qu’un saut mal assuré au-dessus du fossé même plus étroit, car il n’a pas l’habitude d’une telle liberté de mouvement. Aussi sont-ils peu nombreux ceux qui ont réussi, en exerçant eux-mêmes leur esprit, à se dégager de cette minorité tout en ayant cependant une démarche assurée.
    Qu’un public en revanche s’éclaire lui-même est davantage possible ; c’est même, si seulement on lui en laisse la liberté, pratiquement inévitable. Car, alors, il se trouvera toujours quelques hommes pensant par eux-mêmes, y compris parmi les tuteurs officiels du plus grand nombre, qui, après voir rejeté eux-mêmes le joug de la minorité, rependront l’esprit d’une estimation raisonnable de sa propre valeur et de la vocation de chaque homme a penser par lui-même. […]
    Mais ces Lumières n’exigent rien d’autre que la liberté ; et même la plus inoffensive de toutes les libertés, c’est-à-dire celle de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines. »

 

Emmanuel Kant, Qu’est ce que les lumières ? , 1784

 

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