Injustesse

Qui veut noyer un « alternatif » l’accuse de dérive sectaire ou Les failles du procès Godfroy

Poursuivie pour « dérive sectaire », cette ex-psychothérapeute n’a pas eu droit à un procès équitable. Le procès en appel n’a pas non plus tenu compte de son état de faiblesse dû à l’excessive sévérité du verdict. Débredinoire fait le point sur les défauts et travers qui ont émaillé ce dossier.

Connaissant mon expertise dans le domaine de la politique « antisecte » menée par le gouvernement français, l’ex-psychothérapeute Céline Godfroy est venue l'an dernier demander mon aide. Elle était attaquée par d'anciennes patientes pilotées par des acteurs extrajudiciaires qui ont cherché à l’anéantir professionnellement et socialement. Et qui ont presque réussi à la broyer psychiquement.

Tableau CG

Céline Godfroy est aussi une artiste, comme en témoigne cette reproduction d'une de ses toiles qui figurait sur le carton d'invitation à une exposition de mars 2012 à Paris.

Après avoir étudié son dossier, j'ai  accepté de mettre mes compétences au service de cette professionnelle pleinement engagée dans son métier de psychothérapeute depuis 24 ans et se retrouvant attaquée par un système violent.

La justice est vraiment rendue quand un procès sert à comprendre le pourquoi de ce qui est arrivé. Or non seulement la première audience du 29 avril 2015 n’a pas permis de saisir le sens de toutes ces années passées par les plaignantes en relation avec elle, mais elle n’a servi qu’à accabler l’accusée sans pour autant lever le voile du mystère de l’intérêt que les patientes avaient cru trouver à ses côtés.

L’analyse en profondeur du dossier, non sur le fond (il ne s’agit pas pour moi de dire si C.G. est coupable ou non de quoi que ce soit) mais sur sa forme (sur la façon dont il a été construit), fait apparaître un nombre important de dysfonctionnements et de biais qui ont faussé l’équité de traitement dont l’accusée aurait dû bénéficier.

En voici les principaux, dont vous chercherez en vain toute mention dans les « grands » médias qui ont bien d'autres priorités (le foot, par exemple)  et qui sont généralement acquis aux thèses de l"’antisectarisme" (voir encadré) :

L’aspect psychothérapeutique de l’affaire a été volontairement occulté et nié. Le ressentiment des plaignantes a été instrumentalisé par les "nouveaux chasseurs de sorcières" qui cherchent par tous les moyens, y compris fallacieux, des exemples à la politique répressive et discriminatoire du pays envers les alternatives thérapeutiques et spirituelles non reconnues officiellement, alternatives amalgamées sous le terme infamant de "secte".

La méthode française dans ce domaine est caractérisée par un aspect inquisitorial alors qu’il est normalement régulé dans bien d’autres pays. En France, l’absence de régulation constitue une négligence ou une carence de l’Etat qui s’est contenté d’encadrer le titre de psychothérapeute, laissant tous les autres praticiens à la merci de son arbitraire répressif.

Les plaignantes elles-mêmes pâtissent sans le savoir de cette situation, car elles sont actuellement réduites à un état de "victime", ce qui leur ôte la possibilité d'une reconstruction fondée sur la vérité psychologique et relationnelle.

Les "nouveaux chasseurs de sorcières"

Cette formulation, comme celle de l’"antisectarisme", désigne Miviludes, Unadfi, CCMM, etc., ces nombreuses instances officielles et officieuses qui, sous le légitime prétexte de protéger les citoyens des escrocs et des charlatans, œuvrent aussi pour empêcher, souvent par la calomnie, l’émergence des voies alternatives et complémentaires, notamment spirituelles.

Si ces personnes, ces associations et ces institutions ont une évidente utilité (sensibiliser l’opinion aux risques de dérives toujours possibles partout ; accueillir les personnes en désarroi), leurs pratiques, sans code éthique ni contrôle démocratique, qui ignorent délibérément la médiation, la confrontation et le contradictoire, leurs pratiques sont néfastes et abusives car elles leur permet de construire impunément un discours et de lancer des accusations souvent décrochés du réel, comme c’est le cas pour Céline Godfroy.

• Les centaines d’heures de formation en différentes approches psychothérapeutiques de l’accusée ont été écartées pour pouvoir la considérer d’emblée comme un charlatan, ce qui était indispensable pour pouvoir faire peser sur elle la charge rédhibitoire de la « dérive sectaire ».

•  Autres aspects niés, pourtant essentiels :

- l’affaire pourrait être interprétée sous l’angle d’un conflit de caractères entre les personnes (et non sous celui de la dérive sectaire) ;

- l’une des plaignantes est en couple avec le frère de l’accusée. Il y a donc forcément une dimension affective/familiale/amicale qu’il a été injuste de ne pas aborder ;

- cette plaignante a été par ailleurs l’assistante de l’accusée. C’est trop facile et malhonnête de faire appel à la notion d’emprise mentale pour évacuer la part inaliénable de sa responsabilité dans ce conflit.

• L’affaire n’aurait pas dû aller en correctionnelle. Elle aurait pu et dû être traitée préalablement par la médiation.

• Au premier procès, il aurait fallu récuser le tribunal et demander une confrontation contradictoire devant des professionnels ou, en tout cas, un comité de spécialistes impartiaux (et non militants et agressifs comme les "antisectes" dont nous signalons qu’ils forment à la fois les gendarmes et les juges).

• Le premier procès n’a pas respecté l’équité entre les parties. Il n'y a pas eu d'instruction mais uniquement une enquête à charge avec un a priori de « dérive sectaire ».

• Le cours de la procédure a été faussé par l’immixtion d’acteurs extérieurs et, circonstance aggravante, par l’ingérence du pouvoir exécutif, en faveur des plaignantes (Adfi, Miviludes). La prévenue n'était pas une présumée innocente mais a été, dès le départ, présentée comme coupable de dérive sectaire.

• L’avocat de la partie adverse ainsi que le ministère public ont profité :

- de l’état de faiblesse de Céline (statut d’handicapée reconnu suite au choc d’un verdict outrancier + sous médicaments depuis des semaines)

- de son éthique qui lui a interdit de se défendre en disant ce qu’elle sait sur la situation psychologique, le caractère et l’histoire des plaignantes. Le fait qu'elles aient été toutes les deux déclarées "sous emprise" a opportunément évité de questionner le degré de leur responsabilité dans ce conflit.

• Le concept d’« abus de faiblesse sur personne en état de sujétion psychologique », qui laisse croire qu'il est possible de prendre le total contrôle de la subjectivité d'autrui, est non seulement une aberration philosophique, mais aussi une création juridique française (loi spéciale About-Picard de juin 2001) non validée scientifiquement. Ce concept est à mon avis inhumain en ce sens qu’il nie l’humanité de l’homme adulte, qui est d’être un être moral et non un objet, une chose, quelles que soient les pressions qui s’exercent sur lui.

En outre, même si ce concept était opérationnel, il n’aurait jamais dû être appliqué dans le cas de Céline G., car le préjudice résultant d’un tel abus DOIT, selon la loi, être CONSÉCUTIF à des manœuvres coercitives. Ainsi, selon l’accusation, le préjudice avancé est l’ensemble des sommes dépensées par les deux plaignantes lors de leurs formations et stages. Or, les plaignantes ont adhéré au projet thérapeutique – et donc donné leur accord aux dépenses liées à leur formation – ALORS QU’ELLES NE POUVAIENT ENCORE AVOIR SUBI LA MOINDRE PRESSION DE LA PART DE L’ACCUSÉE.

• Le psychiatre qui a rédigé l’expertise de l’une des plaignantes n’a-t-il pas outrepassé ses prérogatives en accréditant formellement la thèse de l’« emprise sectaire » (ce que l’experte de l’autre plaignante s’est bien gardée de faire, disant que sa profession ne dispose pas de grille pour en mesurer la réalité) ? De même, cela ne lui était-il pas interdit éthiquement (il a pris partie sans avoir tous les éléments en main dans le cadre d’une procédure judiciaire) et professionnellement (la « dérive sectaire » n’est pas un concept médical) ?

> Cet article est publié dans un souci de rétablir la balance en la faveur de l’accusée que l’on a cherché à abattre en trichant, c'est-à-dire par des moyens inéquitables, inappropriés et disproportionnés. Il a été rédigé à ma propre initiative et à l’insu de Mme Godfroy. Toute personne ayant une remarque ou une correction à faire peut l'inscrire en commentaire de cet article. Ou me la faire parvenir à l'adresse mail inscrite au bas de la page dans la rubrique "Contact", avec la mention "Droit de réponse".

Plus largement, un autre dossier devra également être ouvert, celui de la qualité et de la sécurité de toutes ces pratiques spiritualo-thérapeutiques qui prolifèrent sans code de conduite général ni régulation. L’État s'est refusé à imposer un minimum de réglementation dans ce domaine (c’eût été "reconnaître" ces approches, ce qu'il veut éviter à tous prix), se contenant d'une veille non scientifique et notoirement dépassée, et d'une répression ponctuelle. Il laisse ainsi prospérer le pire et le meilleur en prenant quelques cibles selon l'occasion pour l'exemple (Mme Godfroy a été légalement psychothérapeute jusqu'à ce que la loi modifie les conditions d'obtention du titre).
Cette situation regrettable est aussi de la responsabilité des différentes approches spirituelles et thérapeutiques qui, se croyant chacune sûre de sa mission, n'ont jamais fait l'effort nécessaire de s'unir pour organiser, selon un protocole national, une veille sur les abus en leur sein.

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