Quand le spiritueux embrume l’esprit… critique

Le vin fait tellement partie de la culture de notre pays qu’il a même été déclaré élément constitutif de l’identité nationale. Le picrate, qui a fait « la grandeur de la France », finit par ôter tout esprit critique à nos journalistes. Au grand dam d’un confrère québécois qui stigmatise l’amalgame fait par ses confrères français entre information et publicité…

 

Malgré les ravages qu’il cause dans la population (plusieurs dizaines de milliers de décès chaque année et des centaines de milliers de malades), il est toujours très bienvenu d’encenser le sang de Bacchus.

 

Les journalistes ne dérogent pas à ce dogme cocardier. La "grande" presse publie plusieurs fois par an de riches cahiers spéciaux, amplement financés par la publicité, consacrés aux beaujolais nouveaux et autres champagnes. Les articles qui accompagnent les encarts sont de pures publicités, sans jamais la moindre distance. Sans que cela n’émeuve le moins du monde les consciences professionnelles, adoratrices, pour la plupart, du "divin" breuvage.

 

Cette confusion hexagonale étonne à l’étranger.

 

Pour preuve, cette réaction d’un journaliste blogueur québécois, Marc-André Gagnon, rédacteur en chef de Vin Québec et collaborateur à la revue Cellier. Il s’indigne dans un (rare) éditorial, titré « Honte à la presse du vin en France », d’apprendre que l’Association de la presse du vin ait récemment remis au Sénat de ce pays les Grands prix de la presse du vin  : « On dit qu´on donne ces prix à ceux qui ont contribué à "promouvoir le vin de qualité". Étrange ! Est-ce que le rôle de la presse est de promouvoir  ? Je croyais et crois encore que le rôle de la presse est d´informer. Dans le site de l´Association de la presse du vin de France, on lit que "L´Afjev/Apv réunit 250 membres adhérents journalistes, chroniqueurs et écrivains du Vin et des Spiritueux, ainsi que 110 membres associés, attachés de presse et chargés de relations publiques." Comment voulez-vous avoir confiance en ces gens de la presse du vin de France s´ils font de la promotion au lieu du travail d´information journalistique  ? », s’interroge perfidement le journaliste d’outre-atlantique.

 

Et de conclure  : « Est-ce que les membres de la presse du vin devraient travailler pour les producteurs ou pour les consommateurs  ? Qui est notre client  ? Le projet de code de déontologie des journalistes de France dit bien que le journaliste "refuse toute confusion entre information et promotion ou publicité." À moins que je me trompe, ce code n´a pas encore été adopté ».

 

En revanche, le Guide de déontologie des journalistes du Québec existe bien, lui qui stipule  : « Le rôle essentiel des journalistes est de rapporter fidèlement, d´analyser et de commenter le cas échéant les faits qui permettent à leurs concitoyens de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent.»

 

Promouvoir au lieu d’informer, l’habitude est tellement ancrée dans nos mœurs journalistiques que non seulement elle ne heurte personne chez nous mais qu’en outre, elle est encensée au sein des plus hautes sphères de notre appareil démocratique. Avec la bénédiction de nos élus…

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