Les faux pas de l’enquête sénatoriale sur les charlatans des médecines douces

Oui, bien évidemment, le Sénat est dans ses prérogatives et dans sa légitimité quand il s’inquiète des agissements potentiellement nocifs des non médecins dans le domaine de la santé et des risques que les médecines non conventionnelles peuvent engendrer dans le système de santé. Oui, il est nécessaire d’être vigilant et de savoir ce qui se passe dans la société.

 

Le problème est que la démarche sénatoriale risque d’être peu efficace pour trois raisons principales  :

 

1 – Les sénateurs veulent tracer une frontière nette entre médecine classique et médecines non conventionnelles, la première étant selon lui la seule valide car établie et appliquée scientifiquement, la seconde pouvant dès lors être considérée comme délinquante et éventuellement poursuivie.

C’est une erreur de poids car, concrètement, la vraie frontière est plutôt entre les praticiens éthiques et les autres, quelle que soit leur discipline, validée scientifiquement ou non.

La meilleure solution serait de donner un certain statut, selon des procédures à imaginer, aux pratiques nouvelles ou différentes, statut qui pourrait être surveillé en permanence par des ordres ou des instances de suivi professionnels.

 

2 – Le Sénat tombe dans le piège de parler de « sectes » et de « dérives sectaires », ce qui le conduit à une impasse. En effet, ces mots n´ont pas plus de définition scientifique que juridique, d’où l’extrême difficulté d’agir contre les supposées dérives, faute de pouvoir bien les caractériser. L’échec de la loi About-Picard dans ce domaine en est la preuve.

 

Mieux vaudrait parler d’éthique et de veiller à ce que les référentiels soient bien respectés aussi bien chez les médecins que chez les praticiens non conventionnels.

 

3 – Le Sénat emboîte le pas de la Miviludes et des associations antisectes qui procèdent plus par la peur et la dramatisation que par l’analyse objective et rationnelle des situations. Et comme la presse en rajoute dans ce domaine, on amalgame tout, on stigmatise finalement les bons professionnels comme les escrocs avec très peu de résultats  : en effet, l’offre de voies alternatives a explosé et échappe désormais à tout contrôle.

 

À l’arbitraire dont les antisectes sont coutumiers, confondant leurs peurs, leurs croyances avec les véritables risques, nous opposerions une épistémologie impartiale, méthodique et transparente sur ces questions, ainsi qu’une plus grande éducation des citoyens à la pensée autonome et à l´esprit critique.

 

> Extraits et commentaires sur le rapport "Mouvements sectaires et santé" du Sénat.

 

 

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