Controverse

Les Amis de Bruno Gröning répondent à la campagne de dénigrement en cours

La Miviludes dénonce la guérison spirituelle pratiquée par les Amis de Bruno Gröning comme «dérive sectaire absolue» et obtient l’annulation de deux réunions publiques. La porte-parole du mouvement en France, interrogée par Débredinoire, donne son point de vue.

Tout a commencé avec le projet du Cercle des Amis de Bruno Gröning (CABG) d’organiser une conférence dans les locaux de l’Auberge de Jeunesse Yves Robert (Paris 18e) ce dimanche 14 février 2016.

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L'auberge de jeunesse Yves Robert (Paris 18e) qui a refusé d'accueillir une conférence du Cercle des amis de Bruno Groening après la "mise en garde" de la Miviludes. Photo : capture d'écran googlemaps.

Serge Blisko, le président de la Miviludes, a écrit une lettre au directeur de l’établissement pour le mettre en garde contre la « dangerosité » de ce mouvement : « La dérive sectaire est absolue, explique-t-il. Cette conférence sera animée par le Docteur Blättner, qui a été radié de l’Ordre des médecins et les discours véhiculés par ce mouvement n’ont aucune validité scientifique. Ils invitent notamment à arrêter les traitements médicaux – notamment de cancers - pour se tourner vers la prière, ce qui entraîne une perte de chance, juridiquement répréhensible ». Selon M. Blisko, qui a fait également le tour des médias, « ils peuvent être d’une efficacité redoutable dans le processus d’emprise mentale pouvant conduire des patients à des comportements d’adhésion irréductible ».

 « Erreur regrettable »

Moya

Ursula Moya, porte-parole du mouvement pour la France. Femme d'affaires, elle dirigea en France la filiale d'un grand groupe allemand de manutention et de matériel de transmission.

En réponse, la Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ) s’est empressée d’annuler la conférence, précisant qu’il s’agissait d’une « erreur regrettable », qu’elle « ne cautionn[ait] en aucun cas les activités de ce type d’associations ».

Une autre conférence, qui devait se tenir à Amiens le 20 février également dans une auberge de jeunesse, a été annulée par la même FUAJ. L’hôtel Ibis de la ville, qui avait dans un premier temps accepté d’accueillir la conférence, a lui aussi reculé.

« Tout ce qui d'ordre spirituel est rejeté par certains, réplique Ursula Moya, porte-parole du mouvement décrié. Toutes les accusations reposent sur de fausses informations ou de mauvaises interprétations. »

Selon le mouvement, « aucun diagnostic, aucun examen médical n'est jamais effectué, aucune thérapie, aucun traitement n'est ni prescrit, ni déconseillé. Toute l'action du Cercle d'aide à la vie par voie spirituelle repose sur un bénévolat absolu, dans le but d'aider ceux qui sont effondrés sous le fardeau de la maladie et des souffrances à retrouver espoir et foi en leur propre rétablissement ».

Lien entre le corps et l'esprit

Mme Moya ajoute : « A l'instar de Bruno Gröning du temps de son vivant, nous invitons toujours clairement les personnes que nous suivons à poursuivre leur traitement. Nous les incitons à faire confiance à leur médecin traitant. Nous ne les détournons pas de la médecine officielle, mais nous les accompagnons ».

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Bruno Gröning (1906-1959).

Organisation

La fondatrice du mouvement est Grete Häusler (1922 – 2007). Après être devenue la plus proche collaboratrice de Bruno Gröning, elle a créé les premières communautés en Autriche, puis, en 1979, le « Cercle des amis de BG » (CABG). Celui-ci a pour but de « maintenir l’héritage de Bruno Gröning pour la postérité et permettre aides et guérisons à des personnes en souffrance ». Dirigé par Dieter Häusler, le fils de Grete Häusler, il ne comporte aucun salarié.

En Allemagne, les communautés du CABG sont chapeautées, pour les besoins commerciaux et juridiques, par le « Cercle d’aide naturelle à la vie », une association reconnue par l’administration fiscale comme « servant exclusivement des objectifs caritatifs et d’utilité publique ». Les dons, utilisés notamment pour louer les salles pour les conférences et pour les réunions des membres, sont ainsi exonérés d’impôt.

Le responsable français du mouvement, enregistré au tribunal de grande instance de Forbach, est Bernard Grandpair.

En fait, se trouve posée la question de la réalité des guérisons obtenues par les membres du groupe. Pour la Miviludes et, à ses côtés, le Conseil de l’ordre des médecins, le ministère de la santé et les associations anti-spiritualité (Unadfi, CCMM, etc.), ces pratiques sont par principe des « dérives sectaires » car leurs fondements ne sont pas « validés scientifiquement ». Autrement dit, ce n’est même pas la peine de les étudier, car la guérison par la prière ne peut pas exister. Pour ces acteurs, « faire un lien entre le corps et l’esprit » est un critère patent de charlatanisme.

Un groupe de contrôle médico-scientifique

Ursula Moya conteste cet à priori : « À la fin des années 80, des médecins ont commencé à s’intéresser aux évènements qui se produisaient au sein du CABG. En 1992, un groupe médico-scientifique international spécialisé (MWF) a vu le jour, animé par le Dr. Kamp, urgentiste à Hambourg (Allemagne). L'une de ses tâches principales, depuis, est de vérifier, documents médicaux à l’appui, les témoignages de guérison. Le déroulement de la guérison doit être relaté objectivement, les rapports médicaux préalablement établis sont vérifiés, des examens sont effectués après chaque guérison. Ainsi, des milliers de pages ont été archivées. Les témoignages répertoriés ont été regroupés par maladie, conformément à la classification en usage dans les milieux professionnels. On peut y lire des témoignages de guérisons d'affections physiques ou psychiques, mais aussi de dépendances à l'alcool ou à la drogue. Des guérisons d'animaux et de plantes sont également confirmées ».

« Un sens à ma vie »

Selon Mme Moya, dans de nombreux pays, des médecins du mouvement pratiquent au grand jour et y font des conférences, du type de celles que le Dr Blättner comptait faire en France : « Aux États-Unis, en Angleterre, beaucoup d'hôpitaux laissent libre accès aux guérisseurs, aux magnétiseurs, aux praticiens de reiki... »

Allemande, retraitée, habitant en France depuis 50 ans, Mme Moya a rencontré le CABG en 2002 : « Mon existence a depuis complètement changé. J’ai trouvé un sens à ma vie : le Bien existe et on peut le capter ! Je suis catholique, comme d’autres, dans le mouvement, sont musulmans, protestants, bouddhistes, etc. J’ai pu trouver cette communion avec Dieu, ou avec une Force supérieure, on peut l’appeler comme on veut. L’important, c’est de pouvoir se connecter avec par l’ouverture du cœur et de l'esprit ».

 

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