Journalisme et discriminations : une règle fondamentale à respecter

Tout journaliste désireux de participer à la construction de la paix sociale devrait abandonner sa propension à attiser les polémiques et les haines. Et se donner une exigence absolue : bannir toute généralisation discriminante.

Plus jamais

Affiche commanditée par la SFIO pour les élections législatives de 1928. Document : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine/MHC.

« Plus jamais ça ! » disaient nos pères et déjà nos grands pères. Si l’on veut donner une garantie de réalisation à ce vœu, nous devrions nous aussi "désarmer" nos esprits, extirper tout germe de guerre en nous­-même en considérant chaque homme comme notre égal, et même comme un frère potentiel ainsi que nous y enjoint le troisième terme de notre devise nationale. Terme que l’on méprise trop aisément quand on se pense meilleur qu’un autre ou supérieur à lui d’une quelconque façon.

Telle est la condition d’un climat social apaisé et constructif, respectueux des différences et de la diversité.

Dans ce contexte, le journaliste et son média, en raison de leur pouvoir et de leur responsabilité, ont un rôle majeur à jouer.

Le ferment de toute guerre fratricide réside dans le fait d’apposer publiquement des étiquettes sur des individus et des groupes d’individus, ce qui permet et facilite la discrimination à leur encontre (“Tous les XXX sont des YYY”). En effet, toute généralisation dans la pensée et dans l’action, s’agissant d’humains et tout particulièrement de minorités (juifs, arabes, extrême droite/extrême gauche, immigrés, roms, fous, etc.), est nécessairement stigmatisante, arbitraire et abusive.

Les formules utilisées aujourd'hui dans les campagnes contre les "sectes", par exemple, ne sont pas sans rappeler celles qui avaient cours sous l’Occupation.

Le journaliste soucieux de la qualité du climat social évitera de recourir à ces catégorisations, à ces généralisations. Il renoncera dès lors aux étiquettes et s’efforcera, au contraire, d’étudier chaque fait, chaque situation dans le concret, au cas par cas et avec précision. Et ce, le plus objectivement possible, c’est­-à­-dire, professionnellement parlant, à charge et à décharge. Non comme un procureur, mais pour saisir contradictoirement une réalité complexe...

Si tous les journalistes adoptaient cette attitude, ils gagneraient en crédibilité et en image auprès du public. Et toute la société, qui aujourd’hui semble animée d’un étrange “Haïssez­-vous les uns les autres”, s’en porterait mieux.

Bien évidemment, beaucoup me traiteront de bisounours. Adopter cette proposition serait pourtant LE moyen de garantir le “Plus jamais ça !” de nos pères.

D’autres clameront que contribuer à la paix sociale n’est pas dans leur attribution. Ce serait oublier que, s’ils sont journalistes, ils sont aussi citoyens.

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