Journalisme citoyen : la grande confusion

Contrairement à ce qui semble aux yeux de beaucoup, il y a encore de grandes différences entre journalisme professionnel et journalisme citoyen. Je ne parlerai pas ici de différences de qualité (il y a des bons et des mauvais partout) mais de différences entre les démarches.

 

Lors des 1res Rencontres du 5e pouvoir organisées samedi 24 mars 2007 par Agoravox, il a souvent été question de journalisme professionnel et de journalisme citoyen et du rapport entre les deux. Il a même été affirmé que, grâce au développement des blogs et des sites tels qu’Agoravox, il n’y a plus tellement de différences entre les deux modes.

 

Je voudrais à ce propos préciser quelques points qui me semblent ne pas être bien perçus.

On peut diviser le journalisme en au moins trois grandes classes :

 

- le journalisme d’information brute : dans cette classe, le journaliste s’efforce (sans jamais atteindre l´objectivité absolue) d’être essentiellement factuel, de retranscrire un fait brut en évitant au maximum les biais d’interprétation : dépêches d’agence, brèves, “filets”, etc. ;

- le journalisme d’investigation : ce sont les enquêtes, les reportages, les scoops, l’approfondissement d’un ou de plusieurs faits selon un angle choisi par le rédacteur ;

- le journalisme d’opinion : ce sont les tribunes, les analyses, les commentaires, les prises de position, les alertes, les dénonciations, le journalisme satirique, etc.

 

Ces trois genres sont empruntés largement par les journalistes professionnels, avec une tendance à l’accroissement du recours au troisième genre, c’est-à-dire à l’opinion. D’où, dans l’esprit de beaucoup, une réduction du travail journalistique à ce troisième genre.

Dans le cas du journalisme citoyen, comme on peut l’observer en lisant les “posts” publiés notamment par Agoravox, il s’agit, la plupart du temps, de points de vue et d’analyses, non de scoops ni de révélations de faits bruts. Donc aussi d’articles du troisième genre.

 

C’est pourquoi il y a facilement confusion avec le journalisme professionnel, qui investigue malheureusement de moins en moins (ça coûte cher, c’est risqué, etc.). Mais le journalisme professionnel est encore largement fournisseur d’informations factuelles, beaucoup plus que dans le journalisme citoyen.

 

Il faut donc faire la part des choses entre journalisme d’information et journalisme d’opinion. Aujourd’hui, en attendant d’éventuelles évolutions, et si l’on excepte les sites militants engagés très spécifiquement dans un secteur précis, le journalisme citoyen est essentiellement un journalisme d’opinion, et moins d’information. Mais la frontière risque de s´estomper de plus en plus, au fur et à mesure que les blogs s´enrichissent en quantité comme en qualité.

 

>> Bien sûr, je ne place aucun jugement de valeur dans cette comparaison entre journalisme professionnel et journalisme citoyen, d’autant moins d’ailleurs que je participe des deux... Il me semblait seulement important de préciser ces distinctions pour éclairer le débat.

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