Jean-Claude Guillebaud ratifie la répression des «hérésies» au nom de l’institution «Eglise»

Dans son bloc-notes de la Vie du 29 janvier 2014, le journaliste écrivain Jean-Claude Guillebaud affirme que les institutions religieuses sont « indispensables » pour « apprivoiser le croire » et se prémunir ainsi des « hérésies » et des « sectes ». Un discours qui oublie de se mettre soi-même en question.

Jean-Claude Guillebaud en soutien de la "chasse aux sectes", je ne m'attendais pas à vision discriminatoire de la part de cette grande figure intellectuelle.

Jean-Claude Guillebaud en soutien de la "chasse aux sectes" : je ne m'attendais pas à cette position discriminatoire de la part de cette grande figure intellectuelle.

L’hérésie, la secte, c’est toujours l’autre… Dans son article intitulé « On ne croit pas « dans son coin" », J-C Guillebaud écrit que les institutions religieuses sont indispensables « pour apprivoiser et purifier nos convictions, nos croyances ou notre foi religieuse. (…) [Les] croyances solitaires et [les] bricolages individuels débouchent le plus souvent sur des engouements sans profondeur ni maturité. (…) Une croyance nomade ou sans racines est vulnérable, dansante comme un feu follet. Elle peut s’agenouiller devant le premier gourou venu ou rejoindre n’importe quelle foule exaltée. (…). Les hérésies ou les sectes naissent de cette façon. Quand saint Augustin s’employait, aux IVe et Ve siècles, à combattre les hérésies chrétiennes, il agissait un peu comme le font aujourd’hui nos organismes spécialisés ».

Je suis déçu de constater que cet éminent confrère, qui a produit d’excellentes analyses sur le fonctionnement des médias, n’ait pas conservé le même esprit libre et critique envers la (sa ?) religion. Le voir ainsi justifier la répression menée par les autorités françaises, par le biais de « nos organismes spécialisés », contre les minorités spirituelles, ne me semble pas digne de sa stature de penseur.

En effet, il veut ignorer que cette répression est conduite de façon arbitraire et non contradictoire, essentiellement sur la base de craintes, de rumeurs, de dénonciations anonymes et d’intérêts contrariés.

"L'institution est à la fois nécessaire et menaçante"

Pourtant, dans son bloc-notes, l’essayiste reconnaît que « le rôle central de l’institution » est « ambivalent » car elle est à la fois « nécessaire et menaçante. Nécessaire en ce qu’elle constitue une machine à apprivoiser le croire, à lui donner forme et profondeur ; menaçante car elle est toujours tentée par la sclérose, la répression dogmatique. Une institution tend à persévérer dans son être en défendant ses propres intérêts. (…) À cause de cela, elle est portée à enrégimenter ses membres, à étouffer leur liberté, à leur imposer ses dogmes. Elle craint, par principe, la dissidence, l’objection critique ».

M. Guillebaud ne voit pas que, précisément, ce qu’il stigmatise comme étant des « hérésies et des sectes » sont nées des insuffisantes de l’institution à laquelle il adhère et qu’il tente de défendre. Que ces dissidences sont la marque d’aspirations à plus de liberté, à une foi plus spontanée, plus vive, plus incarnée dans le quotidien. Certes, le risque existe qu’elles se fourvoient elles aussi, pour certaines d'entre elles, dans le dogmatisme et l’hostilité.

Mais l’église catholique - et J-C Guillebaud - auraient bien tort de les mépriser et plus encore d’encourager la discrimination officielle qui s’exerce à leur encontre : ce serait oublier les premiers temps de l’église, quand elle-même était combattue comme hérésie, et au vu de sa situation de minorité dans de nombreux pays encore aujourd’hui…

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Jean-Claude Guillebaud ratifie la répression des «hérésies» au nom de l’institution «Eglise» »

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  2. Lovyves

    Bonjour
    Il n’est pas facile d’être un disciple de Jésus; plus encore pour les (grands) intellectuels.
    Car être « grand » en ce monde, c’est, de fait, être proche des Pharisiens !
    Depuis l’an 390 (religion d’Etat) l’Eglise catholique n’est plus l’assemblée de Jésus !
    Que l’on soit « petit » ou « grand » écrivain, ceci ne change rien à la perfidie.

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