J’ai lu les Mémoires du « révérend » Sun Myung Moon

 

Tant par curiosité que par souci de connaître, j’ai pris la peine de lire les mémoires du « révérend » Moon publiées chez Jean Picollec. Titré Ma Vie au service de la paix, le livre raconte les péripéties du célèbre Coréen à travers le monde, avec une importante partie historique touchant à l’occupation japonaise puis à la séparation des deux Corées.

 

>> Voir aussi l´interview  : Jean Picollec : « Pourquoi j’ai choisi d’éditer les mémoires du révérend Moon »

 

Ce qui m’a frappé, en premier lieu, c’est que ce livre est facile à lire, poignant quand il parle de l’enfance du « chef » religieux, et instructif historiquement et sociologiquement. Pas forcément d´accord avec les idées du fondateur de l’Eglise de l’unification, qui émaillent le livre par bribes, je reste impressionné par l’obsession universaliste du jeune Coréen traumatisé par le drame que vit son pays.

 

Obsession qui le conduit à faire le tour du monde pour inviter les responsables et les élites à « revenir vers Dieu », seul moyen, selon lui, d’instaurer une paix durable  : « Seules les personnes profondément religieuses sont capables de se dresser contre l’injustice et le mal dans le monde et de mettre en pratique un amour véritable. Quand la connaissance et l’expérience des responsables politiques se conjugueront à la sagesse des représentants religieux, le monde pourra trouver la voie de la paix véritable ».

 

Assertion encore à vérifier :-)...

 

Son credo : la condition de la paix sur la Terre est la réunification préalable des deux Corées. Toute son existence fut un combat dans ce sens.

 

Après avoir été jeté six fois en prison, dans les geôles japonaise, nord-coréenne et même nord-américaine, et plusieurs fois torturé, il fonde en 1954 l’Eglise de l’Unification, aujourd’hui établie dans 185 pays  ! Ce n’est donc pas un phénomène marginal que l’on peut balayer d’un revers de main…

 


Les deux tout premiers membres de l´Association de l´Esprit Saint pour l´unification du christianisme mondial (future Eglise de l´Unification), le 1er mai 1954, dans une petite maison louée à Séoul.

Moon a créé de nombreuses entreprises, associations et organisations  : contre le communisme, pour la famille (« une famille en paix constitue la base du royaume de Dieu »), pour la paix (notamment la Fédération pour la paix universelle et son appel à transcender les idéologies et les religions) et la culture (équipes sportives, orchestres symphoniques, compagnies de ballet, etc).

 

Cet homme énergique (à 91 ans, père de quatorze enfants dont un fils désormais à la tête de son Eglise, il n’a pas abandonné sa « mission ») a vu plusieurs fois la mort de près. Il a rencontré plusieurs présidents des Etats-Unis ainsi que des leaders communistes comme Mikhaïl Gorbatchev ou le dictateur nord-coréen Kim-Il-Sung. Sa rencontre avec ce dernier est un des sommets surréalistes du livre (qui en compte un certain nombre).

 

Sun Myung Moon affirme, contrairement aux accusations souvent portées contre lui, qu’il est totalement désintéressé, financièrement parlant  : « Les gens disent que je suis l’une des personnes les plus riches du monde, mais ils ne savent pas de quoi ils parlent. J’ai travaillé dur toute ma vie, mais je ne possède même pas une maison à moi. (…) L’argent n’a pour moi aucune importance. S’il n’est pas utilisé pour la cause de l’humanité ou pour mon voisin qui se meurt dans la pauvreté, il ne représente rien de plus qu’un morceau de papier. »

 

Le Royaume de Dieu sur Terre prévu par Moon pour le 13 janvier 2013

 

Dans une allocution prononcée à Genève cette année 2011 dans le cadre d’une Tournée mondiale, le "révérend" Sun Muyng Moon explique qu’il ne nous reste plus que 600 jours avant l’établissement du royaume de Dieu sur Terre  :

« Mesdames et messieurs, nous vivons un temps historique de grande transition cosmique. Il est temps qu’une grande révolution change l’histoire pour unir les mondes spirituel et physique et créer le royaume idéal que Dieu espère depuis l’aube des temps. Nous ne pouvons plus différer ni prolonger l’accomplissement de Son désir. J’ai déjà proclamé que le 13 janvier 2013 sera le « jour de la Fondation [du Royaume] ». Ce jour marquera le commencement effectif et l’origine du Royaume de Dieu, qu’en coréen nous appelons Cheonilguk. Or, il nous reste moins de deux ans pour y parvenir. 

Il est donc temps maintenant pour tous d’obéir humblement au décret du Ciel. Une échéance inéluctable nous est offerte aujourd’hui. Conduits par les Vrais Parents [Moon et son épouse] qui mènent la providence sur cette terre comme les représentants substantiels de Dieu, le Roi des rois, nous devons nous donner à fond dans les trois années à venir. C’est une question de vie ou de mort. »

Une date qui suit de peu la prophétie Maya qui parle du 21 décembre 2012. Avis à tous les intéressés  : pourquoi pas aujourd’hui  ?

 

Bien que le chiffre d’affaires de toutes ses organisations se chiffre en centaines de millions de dollars (j’ai demandé une estimation au mouvement), le « révérend » a le souci de l’économie. Une anecdote  : « Je ne porte de cravate qu’à l’occasion d’offices religieux ou d’événements particuliers. J’imagine parfois combien d’argent part en cravates dans les sociétés occidentales. Si tous les hommes cessaient d’acheter des cravates et utilisaient ce qu’elles coûtent pour aider des voisins qui souffrent de la faim, le monde serait un peu meilleur ».

 

Sa frugalité s’étend à tous les gestes de la vie quotidienne  :

Un extrait du livre.

C’est à l’âge de seize ans que Moon dit avoir reçu une « mission spéciale » directement de Dieu  : « sauver l’humanité de la souffrance et apporter de la joie à Dieu ». Élevé dans la foi catholique, le jeune Coréen entama des conversations avec son Créateur, Jésus lui apparaissant périodiquement pour lui communiquer des « messages particuliers », en réponses précises à ses interrogations. Il se sentit alors « capable de voir clairement la voie qu’il [lui] fallait suivre durant [sa] vie  : "Je sauverai coûte que coûte notre peuple et apporterai la paix de Dieu sur cette terre" ».

 

S’en est suivi la création d’un immense mouvement aux multiples ramifications dont certaines frayent aujourd’hui avec les plus hautes instances internationales.

 

Au delà du procès fait en France contre ce mouvement pour « dérive sectaire », et dans lequel je ne rentre pas vu le parti pris national contre les minorités spirituelles et particulièrement celui des instances chargées de veiller à ces dérives (mais que chacun peut aisément consulter), je souhaiterais quand même relever un point qui m’a gêné à la lecture de l’ouvrage.

 


Sun Myung Moon et son épouse Hak-ja Han, le jour
de leur mariage.

Le prophète a une conception plutôt machiste de l’amour marital et du rôle de la femme. Ainsi, parlant à sa future épouse, il la prévient qu’elle devra accepter la « vie différente » de leur couple  : « Ne fais rien, même de banal, sans en discuter d’abord avec moi et obéis à tout ce que je te demanderai ».

 

Il lui demanda également, « dans le but de commencer sa mission publique et de développer sa propre concentration, (…)  de pratiquer une vie d’ascèse pendant trois ans. Concrètement, elle ne pourrait voir sa mère ni ses proches pendant trois ans. (…) Malgré son jeune âge, mon épouse devait être mise à rude épreuve  ; c’était important. Parce qu’elle devait atteindre le niveau d’amour maternel de Dieu, je la reprenais pour le moindre propos déplacé. (...) Je disais parfois quelque chose en passant, sans y attacher d´importance. Elle devait pourtant s´ajuster à chacun de mes propos  ; je suis donc certain qu´elle en souffrait beaucoup ».

 

Plus loin  : « La société aura beau changer, la famille saura rester saine et paisible si la mère a le cœur de se sacrifier et de servir ».

 

Qu’en est-il du statut actuel de la femme dans les familles moonistes dont plus de deux millions ont été unies et bénies depuis 1960 par le révérend et son épouse  ? Espérons qu’il a évolué depuis…


Le couple se fait appeler "Vrais Parents du Ciel", dont
il n´existerait actuellement qu´un seul exemple sur Terre...

 

Sans doute l’engagement tranché, voire le manichéisme, de S. M. Moon ont-il été souvent aussi sa force. Et qui peut prétendre peser la balance bénéfices/risques de son enseignement et des actions qu’il a engagées en de nombreux coins de la planète  ?

 

L’énormité de la tâche, d’ailleurs, a fini par faire naître en lui un brin de modestie  : « Il est épuisant de cheminer vers un monde de paix, au sein duquel les religions et les races seront unies. Maintes fois, j’ai été rejeté, mes propres compétences n’ayant pas été suffisantes, mais je n’ai jamais mis cette mission de côté »…

 

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