Interview de JL ML par ORSE

Médias et RSE : l’information responsable

 

Interview parue dans la Lettre de l’ORSE (Observatoire de la responsabilité sociale des entreprises) du 31 octobre 2006.


Dans son livre « L’Information responsable, un défi démocratique », le journaliste Jean-Luc Martin-Lagardette  ne se contente pas d’une critique des médias. Il fait également des propositions concrètes sur les dispositions réglementaires, professionnelles et sociétales à mettre en oeuvre si l’on veut favoriser l’avènement d’une presse plus responsable, plus respectueuse des personnes et de la diversité des opinions, et plus honnête intellectuellement.

 

Paradoxalement, alors que les médias se font souvent l’écho des critiques faites aux entreprises quant à leurs responsabilités sociétales, eux-mêmes, en tant qu’entreprises, ne semblent pas avoir vraiment pris en compte leurs enjeux de RSE ?


Effectivement, le UK et le cabinet anglais Sustainability ont réalisé une étude  sur les médias et la RSE. Elle révèle que seule une poignée de médias dans le monde font des rapports réguliers sur leur RSE et que le niveau de qualité de ces rapports est très inférieur à la moyenne de ceux des autres entreprises. Ils portent essentiellement sur les questions opérationnelles, plus que sur les contenus et la programmation. L’impact majeur du secteur - leur responsabilité sur l’orientation de l’opinion publique et l’organisation du débat public – y est le plus souvent négligé.

 

Cette prise de conscience a incité quinze des plus importants médias anglais qui se sont regroupés, il y a plus d’un an, pour créer le Forum de la responsabilité sociale des médias (Media CSR Forum). On peut également noter des initiatives comme celle de Guillaume Chenevière, ancien Directeur de la TSR (Télévision Suisse Romande), qui a créé une fondation « Médias et société » pour inciter les médias à s’engager dans des procédures de certification auditées par un tiers indépendant, type ISO. La norme qu’il a créée pour la presse écrite et audiovisuelle (l’ISAS 9001) est actuellement étudiée par une demie douzaine de titres.

 

Avez-vous un exemple de bonne pratique ?


Le Guardian s’est engagé officiellement dans une démarche de transparence et d’amélioration continue dans le domaine éthique, social et environnemental. Il a accepté de faire contrôler son fonctionnement et ses résultats par un auditeur externe. Un point fort de la démarche est le rôle du médiateur, plus puissant que les médiateurs que l’on trouve habituellement en France, puisqu’il a le titre d’editor (rédacteur en chef), chargé de répondre aux questions et de gérer les plaintes de lecteurs. Choisi par le groupe auquel appartient le journal, il est indépendant du directeur du Guardian. Et il dispose d’un espace garanti dans le journal pour traiter de ce qui préoccupent les lecteurs. C’est lui, et non la rédaction du journal, qui gère la colonne des corrections journalières.

 

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à une presse écrite plus éthique ?

- Je peux en citer trois. Un, l’autocensure. Qui paie commande, cela demeure vrai quoiqu’en en dise. Si les patrons interviennent rarement aujourd’hui, directement, dans les rédactions, celles-ci explorent rarement les sujets qui pourraient déranger les « intérêts » des entreprises qui les emploient.

 

Deux, la passivité. Les journalistes sont devenus trop proches des milieux institutionnels qu’ils fréquentent, au point d’être quasi aveugles sur les réalités concrètes et sourds aux contestations. Par exemple, dans le domaine médical, ils suivent les sommités, les entreprises et les institutions, sans enquêter par eux-mêmes, ignorant les réalités dramatiques ou diabolisant les démarches différentes. »

 

Trois, le manque d’équité. La Commission paritaire des publications de presse (CPPAP), qui délivre, au nom de l’intérêt général, des agréments permettant aux journaux de bénéficier d’aides économiques, s’ingère clairement, comme l’a reconnu la Cour européenne des droits de l’homme, dans la liberté de la presse. Il n’est pas acceptable que n’y soient représentés que le gouvernement et les patrons presse, à l’exclusion des journalistes et des lecteurs ou du public.

 

- « Through the looking glass. Corporate responsibility in the media and entertainment sector ».

Téléchargeable sur Sustainibility.com.

 

Laisser un commentaire