Vivre ensemble

Il faut défaire la Miviludes et intégrer socialement les « sectes douces »

La bête répression française des minorités spirituelles, qualifiées de « sectes », a certainement joué comme facteur aggravant dans la haine des jeunes sans repères contre le pays. Il faut avoir le courage de le reconnaître et de changer de politique.

daesh

Partie du drapeau de l'Etat islamique (Daech).

Pourquoi les jeunes Français représentent-ils la nationalité la plus importante parmi les étrangers ralliés à Daesc en Syrie ? Outre les raisons historiques liées à notre passé colonial et au fond de racisme qui pourrit nos relations avec nos immigrés et leur descendance, il en est une qu’il faudra bien un jour regarder en face : parce que la France est seul le pays qui a mis en place une politique très élaborée de répression des minorités spirituelles. C’est un des pays les plus matérialistes qui soit et qui a peur du « spirituel ».

Or, la personne humaine a besoin d’idéal, de transcendance.

Or qu’offre-t-on à la jeunesse de notre pays ? Nos valeurs démocratiques ? Certes, elles sont belles. Mais elles sont contredites par nombre de nos comportements. Ne voit-on pas, par exemple, comme les marchands se réjouissent dans notre pays qui est le 3e vendeur d’armes au monde ? Et puis, la corruption, les lobbies, les conflits d’intérêt, etc., qui pourrissent la vie économique (cf. le domaine de la santé, par exemple) et politique (l’aide aux dictateurs africains qui continue aujourd’hui), une presse sans régulation déontologique, tout cela fragilise le lien social.

La laïcité ? Sans la transcendance, elle n’est pas « sexy ». Elle ne peut motiver les jeunes parias, encore moins si elle est comprise restrictivement, comme c’est souvent le cas en France, c’est-à-dire en excluant le religieux ou le spirituel de l’agora.

Imaginons un instant que la France n’ait pas mis en place cette politique irréfléchie, sectaire pour le coup, contre les minorités spirituelles QUI N'ONT JAMAIS ASSASSINE PERSONNE, NI POSE DE BOMBES, NI FAIT EXPLOSER LEURS MEMBRES AU MILIEU DU PUBLIC. Pourquoi je les appelle « sectes douces ».

Témoins de Jéhovah, scientologues, raéliens, moonistes, charismatiques de tout poil, anthroposophes, etc., auraient naturellement investi aussi les banlieues sans être inquiétées à prioiri comme c'est le cas aujourd'hui. Avec plusieurs conséquences positives :

- elles auraient pu attirer dans leur rang bien des jeunes à la recherche d’un idéal, d’un absolu auquel se consacrer à un moment clé de leur développement ;

- ces groupes se seraient confrontés à la fois à la société et aux autres groupes. Ils auraient été obligés de se poser des questions, de modifier certaines attitudes trop extrêmes, de s’améliorer sous l’aiguillon de la concurrence, etc. Or, en les marginalisant aujourd’hui comme le font tous nos gouvernements, ils les renforcent dans leurs identités particularistes. Se sentant injustement persécutés et n’ayant aucune tribune pour s’expliquer socialement, ils se sentent confortés dans « leur » vérité et se durcissent sur leur position.

- la société aurait pu découvrir et mieux apprécier encore les apports de ces approches. Il n’y a pas que l’athée, le croyant traditionnel, le fou d’Allah et l’agnostique (ou l’indécis). Il y a aujourd’hui bien des moyens différents de croire en Dieu de façon constructive, positive et bénéfique pour chacun et tous. D’ailleurs, même réprimées, ces approches intéressent déjà bien du monde. Que ne serait-ce si on cessait de les discriminer !

Les athées et les matérialistes, au lieu de se réfugier facilement – et vainement –, derrière la laïcité, devraient alors redoubler d’intelligence et d’imagination pour attirer des « clients ».

Reste une question : oui, mais laisser des citoyens être ainsi sous emprise est contraire à nos valeurs d’émancipation !

Cessons de rêver : l’influence, l’emprise, la dominance, la violence sont omniprésentes dans notre société ! Elles sont peu visibles mais cependant bien réelles. Publicités, hiérarchies, manipulations plus ou moins perverses, abus de toute nature, sont à l’œuvre à tous les niveaux. Un seul exemple, combien de morts par violence dans les couples dans les « sectes » décriées en France : 0 ou quelques unités ? Et dans les familles « normales » : 267 en 2011 !

Mivil

Sigle de la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contres dérives sectaires.

Il serait temps de faire cesser ou fortement évoluer la Miviludes, véritable instance de discrimination dont j’affirme qu’elle a une part de responsabilité, indirecte certes mais réelle, dans l’accroissement de la haine qui pousse des jeunes déshérités mal accompagnés à se faire exploser aujourd’hui au milieu de nous.

 

 

> Sur Altermonde sans frontière : « Depuis 15 ans, les chasseurs de sectes étatiques claironnent que la France, suivie par la Belgique, ont mis en place « un arsenal unique au monde » pour lutter contre ce fléau. Résultat ? Aujourd’hui, et au vu des derniers événements tragiques, ce sont précisément ces deux pays qui sont devenus les terreaux les plus fertiles pour des sectes radicales criminelles. »

7 réflexions au sujet de « Il faut défaire la Miviludes et intégrer socialement les « sectes douces » »

  1. Gourgand

    Bonjour J-Luc, j’ai lu votre article avec intterret, comme d’habitude j’apprécie l’exactitude de vos articles. Mais, dans cet article, vous intégrez les Témoins de Jéhovah dans les sectes (même douces) je ne puis l’accepter car contrairement aux autres mouvements que vous citez, la religion des Témoins de Jéhovah n’est pas une secte comme vous le savez mais bien une religion reconnue par l’état. La Miviludes elle même ne nous considére plus ainsi. Pardonnez moi ce rappel, mais cela s’avérait nécessaire de mon point vue car je suis moi même fidéle de cette religion chrétienne. Serait-il possible de remédier à cela et je vous en remercie à l’avance J-Luc et félicitations pour tout ce bon travail que vous faîtes et j’apprécie.

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    1. Jean-Luc Martin-Lagardette Auteur de l’article

      Merci Jean-Jacques pour votre réaction et votre appréciation. Je suis 100 % d’accord avec vous.
      Je vous fais simplement remarquer que j’ai mis les termes « sectes douces » entre guillemets pour bien faire comprendre que je n’assumais pas leur signification littérale. Mais je dois les utiliser quand même, en forme de raccourci, pour être compris de la plupart des citoyens dont beaucoup ont plein de clichés dans la tête. Et dans leur tête, les TJ sont, trop souvent et malheureusement, encore considérés ainsi…
      Et j’ajouterai que, même s’ils ne sont pas « reconnus » par l’Etat (ce qui ne veut pas dire grand chose sur le fond puisque « la République ne reconnaît aucun culte »), la plupart des mouvements spirituels minoritaires déclarent eux aussi ne pas être des « sectes ».

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      1. Gourgand

        Merci Jean-Luc pour votre réponse très satisfaisante et je comprends tout à fait votre démarche que j’approuve totalement et je vous félicite pour votre excellent travail d’information. Il est vrai qu’en tant Témoins de Jéhovah, nous sommes très sensible aux termes employés et notamment en ce qui concerne le mot (secte), nous ne désirons pas que l’amalgame soit fait de nouveau, nous en avons trop souffert, avec les mouvements, que je respecte tout à fait, que vous citez et je pense que vous comprenez mes réserves qui me semblent justifiées. Merci à l’avance pour compréhension Jean-Luc.

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  2. Olaf_le_preux

    Belle démonstration, claire et structurée.
    Reste à permettre au grand public d’envisager que le fait qu' »elles auraient pu attirer dans leur rang bien des jeunes à la recherche d’un idéal, d’un absolu auquel se consacrer à un moment clé de leur développement » soit un fait positif.
    Ce point là pourrait être développé, argumenté, comme l’amorce un peu le paragraphe suivant.

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  3. huot

    a caresser trop souvent les drogues « douces  » elles deviennent « dures  »
    votre amalgame Mivilude et événements récents est à la limite de l’honnêteté intellectuelle

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