Manipulations

« Gourous et guérisseurs » : comment « Révélations » (Numéro 23) tronque l’information

Présentés par l’émission Révélations sur Numéro 23 le 28/11/16 comme des « adeptes » d’une « secte » qui détruit le lien familial, une mère de famille et un médecin n’ont pas eu droit à la parole, au contraire de ceux qui ont parlé d’eux. Débredinoire les a retrouvés et a écouté leur version des faits, une version qui aurait dû normalement être présentée lors de l’émission.

Le magazine "Révélations", présentée par Yasmine Oughlis, a donné une vision tronquée et partiale du dossier. Il bafoue ainsi cette règle majeure de la déontologie journalistique qui commande de donner le point de vue de toutes les parties en lice dans un conflit grave.

Gérard et sa fille interviewés dans le cadre du magazine Révélations sur Numéro 23.

Gérard et sa fille sont mis en scène sur le plateau du magazine Révélations sur Numéro 23 intitulée « Gourous, guérisseurs, chamans : soignants ou charlatans ? » Selon eux, Françoise (un pseudo), ex-femme de Gérard et mère d’Emmanuelle (et de deux autres enfants dont un adopté), les a quittés sur ordre d’une « secte » (dénommée par la presse la « Grande Mutation ») qui l’a mise « sous emprise mentale ».

Une instruction judiciaire pour « manipulation mentale » et « exercice illégal de la médecine » est en cours contre sept animateurs de ce « courant de pensée » qui se nomme en fait « Science des 17 sens », connu également sous l’appellation Greve-SVI (« Groupement de recherches des énergies vibratoires éternelles et supports vibratoires incorruptibles »). Un de ses fondateurs, Etienne Guillé, agrégé de physiologie et de biochimie, est un ancien chercheur au CNRS. Il a enseigné à la fac d'Orsay (Essonne) jusqu'au début des années 1980, travaillant notamment sur le cancer végétal et l'ADN, « une assise scientifique à laquelle il a peu à peu agrégé un discours ésotérique portant sur les énergies vibratoires, les grands mythes mayas, l'alchimie des métaux » (Le Parisien du 6 mai 2016).

Une autre vision des choses

Depuis son divorce, intervenu en 2014, Françoise a rompu tout lien avec sa famille. Ils vivent tous dans une même ville de Saône-et-Loire mais Françoise ne donne plus de nouvelle aux siens qui, eux, continuent à lui écrire et à lui ouvrir leur bras, prêts à l’accueillir quand elle reviendra.

Ceci est la version de Gérard et de sa fille, version appuyée sans réserve par les réalisateurs de l’émission – alors qu’aucun jugement n’a encore été prononcé (le procès devrait avoir lieu courant 2017). Nous serions ainsi en présence d’un drame causé par une secte dangereuse qui manipule l’esprit de ses adeptes, les place en « état de sujétion » et les coupe de leur environnement pour abuser de leur faiblesse.

• Dans le cadre de son action pour une meilleure qualité de l'information et contre les dérives journalistiques, Débredinoire écoute des personnes ou des entités dont les médias ont dénaturé ou ignoré le point de vue.

Le problème – et il est de taille – c’est que ces faits ne sont pas du tout établis. Françoise a une en effet toute autre vision des choses. Une vision que Numéro23 a refusé d’exposer. Car cette vision remet en cause la présentation à charge qui est faite de ce dossier.

Qui manipule qui ?

Selon Françoise, ce n’est pas à cause sa philosophie ni sur ordre du soi-disant « gourou » qu’elle a quitté Gérard, mais bien parce qu’elle ne le supportait plus ! C’est une banale affaire de divorce qui est montée en épingle et détournée pour pouvoir accabler le mouvement de pensée incriminé. C'est un règlement de compte familial qui est instrumentalisé pour tenter de nuire à un mouvement spirituel.

C’est d’ailleurs Gérard qui avait parlé de divorce en premier. Françoise alors, pour protéger ses enfants, avait évité d’évoquer les difficultés du couple devant eux. D’où la surprise et l’incompréhension de ces derniers au moment de la séparation. Ce n’est pas par « manque d’amour » qu’elle ne donne pas de nouvelle, mais parce qu’elle connaît les rumeurs que son ex-mari et d’autres font courir sur son compte. Et qu’elle ne peut pas s’expliquer sereinement dans ce contexte agressif.

Françoise s'est plainte en vain auprès de différentes institutions, et notamment auprès de MFP, la maison de production de l'émission, de ne pas avoir été sollicitée pour donner son point de vue. MFP n'a pas trouvé le moindre indice d'une faille dans le traitement déontologique de l'émission. Le fait de n'avoir donné qu'une seule version, et uniquement à charge, du conflit entre les deux membres du couple, ne lui paraît pas avoir constitué un "manquement" ("déontologique" souligné par nous) :

Qui manipule qui ?
Bonne conscience, quand tu nous tiens...

Le même scénario s’était déjà produit avec le même personnage et dans les mêmes conditions de partialité dans le documentaire « Emprise mentale, quand la thérapie dérape » suivi d’un débat, présentés par Marina Carrère d’Encausse dans "Le Monde en face" sur France 5 les 19 avril et 12 mai 2016.

Dans l'émission de N° 23 est filmé en caméra cachée un médecin présenté comme celui qui conduit Françoise à la « secte ». Lui non plus n’a pas eu l’occasion de s’expliquer sur la chaîne. Et lui aussi a une autre version que celle présentée par Numéro23. Il a d'ailleurs déposé plainte, étant facilement reconnaissable malgré le flouté ajouté par l'antenne, pour non-respect du droit à l'image.

Grâce à cette émission tronquée, la chaîne est sûre d'avoir persuadé le téléspectateur que Françoise a été envoûtée par un méchant gourou qui l'a coupée de sa famille. Qu'importe si la vérité est... ailleurs.

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