Georges Fenech (ex-Miviludes) reconnaît les limites des listes parlementaires des « sectes »

Dans le livre qu’il vient de publier, l’ancien président de la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) admet que les fameuses listes noires des minorités spirituelles, établies par des parlementaires en 1995 et 1999, sont « obsolètes ». Le porte-parole français de l´Eglise de scientologie lui donne la réplique, également dans un livre.

 

« Avec le recul, j’estime que ces listes ont présenté des avantages mais aussi des inconvénients, il faut bien le reconnaître », écrit Georges Fenech dans "Apocalypse : menace imminente ? Les Sectes en ébullition" (Calmann Lévy).

 

Au titre de ces inconvénients  : « l’absence de force juridique, des erreurs et certainement des oublis [et le fait qu´elles soient] obsolètes, certaines sectes se réforment et ne méritent plus d´être montrées du doigt... » Extrait :

 

 

Malgré ces observations, les journalistes et les associations de lutte contre les minorités spirituelles continuent à utiliser ces listes pour les dénigrer et leur ôter toute respectabilité sociale. Y compris en l’absence de tout fait délictueux ou de condamnation en justice, en l’absence même de plainte formelle d’éventuelles victimes, le simple fait de citer en public un groupe listé suffit à le diaboliser, à le bannir du débat public. Une forme modernisée de l´étoile jaune...

 

Et aucun recours n’est possible pour le groupe ainsi exposé arbitrairement au pilori puisque la justice elle-même est ouvertement manipulée par les instances discriminatoires officielles…

 

C’est ce qu’explique Eric Roux, porte-parole français de l’Église de scientologie, le plus stigmatisé des mouvements qualifiés de « sectes » en France, dans un livre qui paraît en même temps que celui de G. Fenech.

 

Intéressante, cette confrontation entre le paladin défenseur des « manipulés » et le responsable de la scientologie, mouvement déclaré comme « manipulatoire » par les antisectes et qui fut dernièrement condamné pour « escroquerie en bande organisée ». D’où le titre de l’ouvrage du porte–parole de la scientologie  : « France 2012, Inquisition en bande organisée » (Les 3 Génies).


Plaidoyer pro domo

 

Le livre de Georges Fenech est un plaidoyer pro domo. Il s’efforce de justifier son action et l’argent public dépensé pour lutter, non plus « contre les sectes », mais contre les « dérives sectaires », ce qui, en l’absence d’une définition juridique précise de l’une et l’autre formulation revient à favoriser partout le même arbitraire. Le critère essentiel pour qualifier ces dérives serait la « sujétion psychologique », notion extrêmement floue et volatile sur laquelle les psychiatres n’ont pas d’avis unanimes. Et qui n’est absolument pas le propre de certaines minorités spirituelles…

 

Outre sa reconnaissance des limites des listes noires, j’ai relevé dans le livre du « Grand Inquisiteur », comme le nomme Éric Roux, deux points significatifs de son ouvrage  :

 

G. Fenech écrit que « la pluralité et la diversité des mouvances spirituelles que nous voyons éclore aujourd´hui témoignent de la grande santé de la laïcité dans notre pays et, par respect pour ce principe, l´État doit être soucieux de ne pas entraver et même de favoriser autant que faire se peut une telle pluralité. Mais dans le même temps, et par défense de ce même principe, l´État doit mener des actions de vigilance et de lutte contre la sujétion psychologique ».

 

Si la France a développé un imposant arsenal pour mener sa lutte contre les dérives sectaires, je n’ai vu nulle part que le gouvernement se montrerait « soucieux de ne pas entraver la diversité des mouvances spirituelles » et encore moins « de favoriser autant que faire se peut une telle pluralité ».

 

Là réside la force de M. Fenech  : affirmer sans cesse les principes républicains et le droit dans ses paroles et ses écrits (il a été magistrat), comme c’est le cas dans tous les documents de la Miviludes, mais, dans la pratique, passer allègrement par-dessus au nom d’une très populaire guerre contre les sectes.


Un "grand" journaliste milite pour une réactualisation des listes noires

 

G. Fenech nous apprend aussi que c’est le directeur de la rédaction de TF1, Antoine Guélaud, qui l’avait un moment convaincu de « réactualiser les listes parlementaires » (dans lesquelles étaient fichés les mouvements spirituels sans avoir été ni questionnés ni même jugés, triste pratique qu’affectionnèrent les nazis).

 

« Il [A. Guélaud] me suggéra avec conviction de la réactualiser. Malgré tout, j´hésitai, sachant que le sujet était ultrasensible outre-Adantique et ne manquerait pas de provoquer des tensions diplomatiques. Convaincu néanmoins de devoir faire quelque chose en ce sens, je décidai d´élaborer a minima un "référentiel" des mouvements et pratiques à caractère sectaire, sans publication pour éviter leur stigmatisation, mais qui nous permettrait de répondre au cas par cas à toutes les demandes d´information ».

 

Mais c’était sans compter avec « le lobby prosectaire américain qui s´adressa, dès la nouvelle connue, à notre ambassadeur à Washington, pour s´émouvoir de ce prochain "référentiel". […] Nous avons finalement retenu la dénomination de "bureau d´ordre", pour ne pas heurter les esprits chagrins, une terminologie déjà utilisée par les parquets des tribunaux pour l´enregistrement et le suivi des dossiers. Ce travail de mise à jour a déjà porté sur plus de cinq cents mouvements et pratiques et se poursuivra dans l´avenir, n´en déplaise à tous nos contempteurs ».

 

Ah, les subtilités de la sémantique  !

 

En tout cas, si certains doutaient de l’impartialité, de la neutralité et de l’objectivité du travail journalistique de la première chaîne française, les voilà désormais édifiés…

 

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