France : la tentation totalitaire

Le pays n’est plus un Etat de droit, et personne ne s’en soucie  ! Tout comme l’antisémitisme juste avant la Seconde Guerre, et sous prétexte de protéger les Français, l’antisectarisme diffuse son poison dans l’arbitraire le plus débridé, n’hésitant pas à encourager la dénonciation calomnieuse et à recourir à la violence policière pour, en réalité, normaliser la pensée et réprimer les voies "différentes".

 

Or, en confiant à l’Etat et à de soi-disantes structures de vigilance le soin de séparer le bon grain de l’ivraie, l’individu démissionne de ce qui fait sa valeur d´homme et sa dignité de citoyen  : l´usage de sa raison pour se faire son opinion par lui-même.

 

Pas un seul parmi les intellectuels ne s’inquiète de cette dérive majeure qui pourtant atteint le cœur même de notre idéal démocratique. Pire, la plupart d’entre eux applaudissent, forts de leur bonne conscience, aux attaques et aux dénis de justice renouvelés contre les minorités spirituelles, contre les démarches naturelles ou tout simplement "différentes".

 

Aveuglés par la propagande et les préjugés, ils ne se rendent pas compte que cette dérive totalitaire, le mot n’est pas abusif, pourrait un jour se retourner contre eux. Mais alors, comme souvent, il sera trop tard…

 

Trois événements récents au moins auraient pourtant dû faire hurler tout démocrate, qu’il soit de droite ou de gauche, extrême ou non. Trois événements qui lèsent l’esprit même du lien qui rassemble les Français  : la certitude que le droit, protecteur de l’individu et de sa liberté, peut toujours primer sur les passions, les haines et les intérêts particuliers.

 

Ce n’est plus le cas en France où l’on dénie à tous ceux qui sont accusés, même sans preuve, d’être [dans] une « secte » le droit de faire entendre leur cause devant un tribunal impartial.

 

La justice elle-même, qui résiste tant bien que mal aux passions haineuses contre une certaine catégorie de Français, est soigneusement « sensibilisée » à la question des « dérives sectaires », entendez  : endoctrinée par des stages ad hoc concoctés par les organismes spécialement créés pour conduire cette entreprise de discrimination officielle.

 

C’est un flagrant conflit d’intérêt mais il passe totalement inaperçu. Comme si on confiait aux laboratoires pharmaceutiques le soin d’influer sur le choix des médicaments à autoriser sur le marché. Impensable, n’est-ce pas  ?

 

Cette possibilité de mettre quelqu’un hors d´état de nuire en évoquant simplement le « sectarisme », sans avoir besoin ni de se justifier, ni de donner un définition juridique à l’accusation, est en fait très utile pour le pouvoir qui l’utilise à bien d’autres fins  : criminaliser toute contestation tant soit peu radicale du "système".

 

Alors que dans bien d’autres pays, les minorités spirituelles ou thérapeutiques ont droit de cité, en France elles sont diabolisées et combattues, parfois même avec les mitraillettes. Ce n’est pas un hasard si, en France, et en France seulement (avec une seule exception  : la Chine), les « sectes » sont pratiquement assimilées à des organisations terroristes, qu’elles regroupent dix ou cent mille membres, qu’elles soient de simples groupes de prière ou de développement personnel sans le sou ou de puissants mouvements internationaux.

 

L’imputation de secte est bien utile quand on veut empêcher n’importe quel mouvement de répandre ses idées nuisibles à la religion de la consommation. Car c’est de cela qu’il s’agit en fait, de la traque par le matérialisme, associé au capitalisme, du naturel, de la subjectivité et de la transcendance.

 

1 – Premier événement, l’assaut militaire contre un centre pacifique et ouvert de développement personnel intitulé « Centre d’enseignement de biodynamisme », le mardi 22 février 2011 à Nyons, dans la Drôme, alors qu´un stage était en cours. Quatre personnes ont été placées en garde à vue. Il a suffi d’un signalement de la Miviludes pour que 70 gendarmes, avec la participation de la cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (Caimades, la police antisecte, une instance unique au monde), envahissent les lieux.

 

Quels crimes avait-on à reprocher  ? Aucun. Alors quoi  ? Uniquement des soupçons  : « Une activité potentiellement sectaire » et « avoir fait payer de façon onéreuse des stages » (500 € par semaine  !) rapportent les médias. Hervé Machi, secrétaire général de la Miviludes, ajoute  : « Selon les éléments recueillis en 2009, la créatrice du centre semblait exercer une emprise mentale sur les stagiaires, avec rupture familiale et professionnelle ».

 

On pourrait croire à un dérapage des autorités. Mais non, il s’agit d’une politique bien établie, comme en peuvent témoigner les autres centres ayant subi pareils déploiements de la force publique  : Terre du Ciel, le Château de la Balme, le Domaine de Terranova, etc.

 

La disproportion entre les moyens mobilisés et les charges pesant contre ces communautés ouvertes (contrairement aux fantasmes propagés) est hurlante et devrait faire réagir tout citoyen attaché au respect des principes républicains, y compris le citoyen athée, y compris le "détestateur de secte". Mais nous en sommes arrivés là  : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu´au bout pour vous empêcher de le dire », voilà le nouveau mot d’ordre.

 

2 – Deuxième événement qui devrait faire bondir toute personne attachée à l’intelligence, à la diversité des approches et au débat cognitif  : la guerre ouverte contre les médecines naturelles ou traditionnelles. Toujours en s’efforçant d’effrayer et de diviser les Français, la Miviludes, le Conseil de l’ordre des médecins et le ministère de la santé dénigrent systématiquement les approches « différentes" et diffusent leur propagande pour faire croire que seule la "science officielle" (et donc la médecine conventionnelle) est vraie et éthiquement dispensée. Or, quand on additionne les scandales sanitaires survenus ces dernières années, on peut légitimement en douter.

 

En fait, là encore, sous prétexte de protéger les Français, on détourne un mandat d´intérêt général au profit du verrouillage d´un système qui rapporte tellement d’argent et concerne tant d’intérêts  !

 

Le sommet de cette hypocrisie est atteint avec l’affaire Gardénal, du nom de ce médecin qui a fait tant de bien tout au long de sa carrière et qui fut interdit d’exercer pour des motifs controuvés  : elle recourt à des pratiques « non conformes aux données acquises de la science » (l´homéopathie) et refuse de dénoncer des patients qui se détournent librement de la médecine allopathique.

 

3 – Enfin, le troisième événement récent qui devrait scandaliser tous ceux pour qui la liberté de penser et d’informer sont des principes sacrés, la parution du décret du 25 février 2011 précisant l´article 6 de la LCEN (Loi pour la confiance dans l´économie numérique). Ce texte dresse la liste des données devant être conservées par les fournisseurs d´accès et hébergeurs pour permettre l´identification des personnes ayant contribué à la création d´un contenu en ligne. L’ensemble des "données de connexion" de leurs clients ainsi conservées pendant un an pourront alimenter les enquêtes des services de police, de renseignement et de "lutte antiterrorisme".

 

Voici ce qu’explique dans Le Point Guillaume Desgens-Pasanau, avocat expert en protection des données (et ancien chef du service juridique de la Cnil)  : « Un hébergeur proposant, par exemple, aux internautes de créer et d´héberger leur blog doit conserver l´ensemble des identifiants (login, mot de passe), détails techniques de connexion (date, heure, adresse IP) et coordonnées personnelles (nom, prénom, adresse) ainsi que les références de paiement éventuellement communiquées par l´internaute. Idem pour les profils créés sur Facebook. Ces obligations s´imposent à tout opérateur, même lorsqu´il propose des services gratuits aux internautes. Cette réglementation vise à renforcer la surveillance par les autorités publiques des phénomènes de cybercriminalité sur Internet. Les autorités de police pourront consulter, dans le cadre de leurs enquêtes, les "fichiers de surveillance" ainsi créés par les opérateurs du Net. »

 

Quand on sait que n’importe quelle activité susceptible de déranger un peu trop le "système" et ceux qui en vivent peut être classée "activité terroriste", comme par exemple tout groupe de prière non issu d’une grande religion "reconnue" (même si la République n’en reconnaît officiellement aucune, ce qui permet de dissoudre toute accusation de discrimination), comment ne pas voir que tout individu, tout groupe à l’esprit critique, sont potentiellement visés  ?

 

Pour des prétextes de police, ce décret ouvre encore plus la porte à l’arbitraire, comme le fait déjà la notion floue de "trouble à l’ordre public". Sans compter que le secret défense pourra opportunément venir dispenser le pouvoir de son devoir de rendre des comptes.

 

Ceux qui connaissent bien le dossier des "sectes", qui voient au travers de la fumée émise tant par le pouvoir que par les "grands" médias, ceux-là savent que les problèmes "sectaires" (les vrais problèmes, et non les seules plaintes des familles qui acceptent mal le rejet dont ils sont l’objet par ceux de leurs membres suivant une route nouvelle et inhabituelle), ceux-là donc savent que le nombre d’affaires réellement préoccupantes est dérisoire. Et quels intérêts se cachent derrière cette obsession persécutrice.

 

Nierai-je pour autant qu’il y ait matière à se préoccuper  ? Serai-je contre l’idée de dénoncer les charlatans et les manipulateurs  ? Non, simplement, il faut peser chaque chose avec un même poids, rendre justice à chacun. Et cesser l’hypocrisie qui permet de monter en épingle la moindre paille chez une soi-disante "secte" tout en fermant les yeux sur les poutres de la société "normale".

 

Le combat français contre les « sectes », stigmatisé chaque année par le Département d’Etat américain, est perdu d’avance. De 70 qu’ils étaient il y a quinze ans, les mouvements ont décuplé et se sont disséminés partout. Le pouvoir sera de toutes façons toujours à la traîne et d’autant plus impuissant (ce que lui reprochent notamment les associations antisectes) qu’il se trompe de cible.

 

Car les ennemis, ce ne sont pas tel ou tel groupe, tel ou tel gourou, mais, partout, l’ignorance et la peur. Notamment, la peur d’être manipulé, trompé, séduit par des individus ou des communautés « avançant masqués », comme aiment à les présenter les militants antisectes.

 

En réalité, des manipulateurs, des arnaqueurs, il y en a plein le monde, en France comme ailleurs. C’est dans les familles, non dans les communautés spirituelles, que l’on dénombre une femme tuée tous les trois jours par son compagnon, des dizaines de milliers d’enfants et de personnes âgées maltraités, plus de dix mille suicides chaque année. C´est dans le monde "normal" du travail que l´on compte plusieurs centaines de milliers d´escroqueries tous les ans. Tous ces chiffres sont officiels et reconnus...

 

Il faut délivrer les Français de la peur d’être trompés. Car c’est cette peur qui ouvre la porte à la manipulation.

 

Pourquoi  ? Parce qu’elle décharge l’individu de la nécessité de s’équiper intellectuellement pour trier le vrai du faux, pour affiner son discernement. En confiant à l’Etat et à de soi-disantes structures de vigilance le soin de séparer le bon grain de l’ivraie, l’individu démissionne de ce qui fait sa valeur d´homme et sa dignité de citoyen  : l´usage de sa raison pour se faire son opinion par lui-même.

 

Tant qu´il suit sa propre lumière, l´homme peut résister aux sirènes de la peur. En recouvrant sa faculté de penser les questions essentielles, il peut déjouer lui-même les manipulations et, grâce à l´autonomie ainsi acquise, écarter à jamais les risques de totalitarisme.

 

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