Comment un journaliste de TF1 romance une affaire pour faire passer sa thèse

En écrivant Ils ne m´ont pas sauvé la vie (Toucan/TF1 Entreprises, 2009), Antoine Guélaud, n° 3 de la rédaction de TF1, livre une charge violente contre les sectes en utilisant la mort par cancer d’une jeune femme, soi-disant suite à des pratiques sectaires. Mais, et c’est la justice elle-même qui  a définitivement tranché sur ce point, la thèse est fausse.

Antoine Guélaud interviewé sur LCI à propos de son ouvrage.

 C’est tellement énorme que cela paraîtra difficile à croire. Et pourtant… Malgré une décision de justice en appel et définitive qui innocente totalement le Dr Gérard Guéniot des charges et des accusations qui ont pesé sur lui pendant 13 ans, ce médecin homéopathe continue à être violemment calomnié.

 Le plus ardent de ses inquisiteurs est un journaliste, et pas n’importe lequel : Antoine Guélaud est en effet n° 3 de la rédaction de TF1. Après avoir réalisé deux reportages pour Le Droit de savoir en 1996 et 1997 (« sur l’influence des sectes dans le milieu médical »), où il clouait déjà le Dr Guéniot au pilori, il a écrit un livre à la mémoire d’une jeune femme qui souffrait d’un cancer du sein et que ce médecin, avec la complicité d’un autre, le Dr Saint-Omer, aurait conduit au décès par ses pratiques sectaires.

 Or, en innocentant totalement le Dr Guéniot dans son arrêt du 19 février 2009, la cour d’appel de Douai a pris la peine, fait inhabituel, de motiver sa décision sur plus de 80 pages. Toute l’affaire y est détaillée, démontée, analysée, sans que les juges aient pu finalement trouver quoi que ce soit à reprocher au docteur. D’où sa relaxe des deux chefs d’accusation portés contre lui : la non-assistance à personne en danger et l’homicide involontaire.

Pour Antoine Guélaud, ces pages sont « méticuleuses, tatillonnes, rébarbatives. (…) Elles représentent une brutale mise en cause de ce que j’ai vécu ». Tellement brutale qu’il l’a rejetée.

Loin de faire amende honorable, en effet, Antoine Guélaud publie aujourd’hui ce livre en utilisant tout son art pour reprendre la thèse de l’accusation malgré son rejet par la justice. Une justice qui, selon lui « supérieure à tout même à la vérité », a commis des « approximations » et des « erreurs » ; des manquements qu’il n’aura pas « la facétie ou la cruauté, c’est selon » de pointer. Il aurait bien du mal à le faire, les faits lui donnant tort...

Il ne s’autorise pas moins à défendre la version qui a été invalidée. Et ainsi à justifier son parti pris.

L’Adfi, association anti-secte qui s’était portée partie civile pour la seule raison que la croyance du docteur était pointée par la fameuse liste parlementaire, a été déboutée à l’un et à l’autre procès : la thèse sectaire ne peut être retenue en l’espèce.

Le livre n’est pas un reportage journalistique mais un "docu-fiction" (plus fiction que docu), une attaque orientée dans le but principal de démonter les mécanismes des « manipulations » sectaires. Et dans celui de salir une personne pourtant déclarée innocente après des années d’enquêtes, d’auditions et de confrontations.

Sans doute l’auteur part-il d’une bonne intention mais on sait où ce type de pensée sûre d’elle, quand elle n’est pas exigeante sur la réalité des faits, peut conduire…

Venant d’un haut responsable officiant au sommet du plus grand groupe français de médias, c’est grave et infiniment dommageable, vue la puissance de l’arme sans contrôle utilisée par le journaliste/auteur.

Mais il y a plus grave encore. Pour rendre son message recevable par le public, le journaliste quitte le domaine de l’information et invente carrément des faits pour faire vibrer la corde de l’émotion.

Le livre est écrit à la première personne du singulier. Antoine Guélaud s’est totalement identifié à la malade dont il suivait l’histoire jusqu’à se glisser en elle après sa mort, « comme par effraction, pour comprendre et informer ». S’estimant désormais son « mandataire », il a voulu « honorer la mémoire » d’Evelyne M. pour la « dédouaner » de sa « naïveté », de son « manque de lucidité ». Mais « aussi et surtout », écrit-il dans un accès de franchise, « de la noirceur des autres, ces médecins hypocrites et manipulateurs qui ont signé le serment d’Hippocrate, avant de le déshonorer en te faisant cheminer le long des berges escarpées de la mort ».

On comprend, en lisant le livre, que le journaliste de TF1 a essentiellement un compte personnel à régler avec les sectes et en particulier avec le Mouvement du Graal, auquel appartenait (à l’époque) le Dr Guéniot : « Je veux comprendre comment tu as pu tomber sous le charme de ces sectateurs zélés, porteurs d’une extravagante certitude mystique et irrationnelle qui fait insulte à Descartes ».

La justice a pu démontrer que cette orientation spirituelle (pour “différente” qu’elle soit aux yeux de la société) n’avait pas interféré avec le traitement de la malade. Celle-ci, avant même de rencontrer les deux médecins, refusait absolument tout traitement « classique » (chimio et radiothérapie). Elle l’avait dit, affirmé et même plusieurs fois écrit noir sur blanc (ses lettres en témoignent).

Mais Evelyne devenue Antoine oublie ce fait pour écrire simplement : « Conditionnée, je tourne résolument le dos aux traitements conventionnels ».

Elle avait rencontré une seule fois le Dr Guéniot, qui ne l’a plus suivie par la suite. Et elle venait auparavant de l’Institut de cancérologie Gustave Roussy qu’elle avait fui pour son approche inhumaine.

Pour faire passer son parti pris, puisque les faits ne lui donnent pas raison, le journaliste va employer tout son talent pour présenter malgré tout la victime comme « manipulée par des membres d’une secte guérisseuse ».

Se faisant ouvertement passer pour elle, il réécrit ainsi toute l’histoire à sa guise, se permettant de teinter les dialogues entre les différents interlocuteurs de propos et d’attitudes « sectaires », pour que lecteur voie bien où sont les bons et les méchants.

Se permettant même, en toute bonne conscience, de fabriquer des faits.

Par exemple, il invente un carnet intime, le Journal de bord de ma maladie, dont il n’explique nulle part qu’il n’existe pas réellement[1]. Il peut ainsi présenter sa vision très personnelle de l’affaire. Pour le lecteur, cela sonne d’autant plus vrai que ce carnet est soi-disant écrit « à l’encre mauve, ma couleur favorite ». Détail réaliste poignant… mais controuvé.

C´est clairement de la manipulation, une technique de persuasion affective pour geler l´esprit critique du lecteur.

Pour faire bonne mesure, Antoine/Evelyne cite quand même certains propos du Dr Guéniot, qui se justifie à l’audience, et que le tribunal a accrédités. Sur 286 pages, 4 ou 5 seulement sont consacrées à la présentation de la thèse adverse, celle que le tribunal a validée…

Enfin, pour rajouter à la charge émotionnelle du livre, l’auteur abandonne le dernier chapitre à la fille de la victime. Qui ne serait pas complètement retourné par toutes ces évocations ?

Si je n’avais pas personnellement rencontré le Dr Guéniot après son procès et que je m’étais contenté de lire ce livre, j’aurais été soulevé par l’indignation et la haine. Comme le seront inévitablement la plupart des lecteurs qui connaissent peu de choses de cette affaire.

Le seul problème est que cela ne s’est pas passé comme Antoine Guélaud l’a prétendu dans ses enquêtes télévisées (recourant à la caméra cachée) ou dans son livre. Autant de talent pour défendre sa cause personnelle, une « obsession fantomatique », comme il le dit si bien. Dommage que cela soit au détriment du vrai et du juste…

Car dans cette affaire, c’est la famille du Dr Guéniot aujourd’hui décédé, qui souffre injustement du fait de cette haine condensée en près de 300 pages. Ce sont des centaines, voire des milliers de personnes, ses amis, ses malades, ses élèves, ses collègues et ses sympathisants qui doivent désormais endurer la calomnie du journaliste, reprise sans aucun recul par ses confrères et diffusée aussi sur les ondes et dans la presse.

Une calomnie officiellement encouragée par les pouvoirs publics. Une calomnie qui n’a pourtant pas résisté à un examen rigoureux et équitable des faits par la justice.

Mais dans les esprits hantés par la haine et la peur des sectes, la raison a-t-elle encore sa place ?…


[1] Il l’avouera plus tard au cours d’une interview : « Evelyne, au cours de sa brève existence, n’a pas rédigé de journal intime. (…) C’est en quelque sorte une liberté littéraire pour être au plus près du personnage complexe d’Evelyne, ce qui a été mon obsession tout au long de l’écriture du livre. »

 

Une réflexion au sujet de « Comment un journaliste de TF1 romance une affaire pour faire passer sa thèse »

  1. rrriu

    C’est normal cet individu surnommé « Lacombe Lucien » dans les couloirs de sa redaction ( dixit le livre Mesdames, messieurs, bonsoir » sorti en 2008 sur TF1). Un sombre personnage cet Antoine Guelaud de la rédaction de TF1

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