Vivre ensemble

Comment faire cohabiter matérialisme et transcendance ?

En France, le matérialisme est devenu insidieusement la norme institutionnelle et sociale. Sous couvert de laïcité, les visions spiritualistes sont exclues de la sphère publique, ou simplement traitées en termes de gestion de la paix sociale. Or, le besoin de transcendance est inhérent à l’homme. Comment la prendre en compte ? En favorisant l’individuation des citoyens.

"La Question", par JL ML.

"La Question", par JL ML.

La question du sens de l’Univers, et aussi de notre raison d’être humaine, est capitale. D’abord individuellement, pour savoir comment orienter sa propre existence. Collectivement aussi, pour savoir sur quelles bases prendre de bonnes décisions, comment favoriser l’intérêt général, quelles règles du jeu mettre en place pour favoriser la cohabitation de tous avec tous.

Cette question a donc une importance vitale, y compris en termes de politique, de civilisation, de diplomatie. Nous voyons ce qui se passe aujourd’hui avec la question de l’islam, par exemple, en France et dans le monde. Tout se passe comme si la planète était divisée (pour faire vite et si l’on excepte ceux qui doutent) entre matérialistes rationalistes (le monde sort du hasard) et croyants irrationnels (le monde a un sens ; finalisme).

Aujourd’hui, les bases du vivre ensemble sont essentiellement dictées par les rationalistes athées.

Cela peut se comprendre. En effet, la science occidentale a fait d’extraordinaires découvertes et a permis des progrès technologiques fulgurants. Pour autant, détient-elle le mot final sur l’homme ?

Certains le croient, des scientifiques, des politiques, des responsables de toute nature. Notamment parmi certains darwiniens qui présentent le créationnisme, ou même simplement la foi, comme une dangereuse superstition. En tant que telles, selon eux, ces croyances n’ont pas à entrer dans le débat public. Celui-ci doit accueillir uniquement des faits scientifiques avérés. C’est particulièrement vrai en médecine, par exemple, où seules sont retenus les traitements « basés sur des preuves ».

Quasi officiellement, tout se passe comme s’il est admis désormais que l’univers n’a pas de sens. D’où le fameux « désenchantement » du monde. On évacue la subjectivité, la spiritualité, l’âme. Y compris l’éthique (cf. ‘Le Hasard et la nécessité’, Jacques Monod) !

Abus idéologique

Les matérialistes se prétendent cartésiens et traitent les croyants de dogmatiques, d’irrationnels, voire d’illuminés ou, pire encore, de charlatans. Cet abus idéologique est grave parce qu'il laisse place aux dérives que l’on connaît : priorité au profit, à la technologie, etc. Avec toutes les pollutions et les injustices qui en découlent.

De même, la divinisation du matériel et du physique a conduit à une société hypernormée, fonctionnant essentiellement sur les apparences et l’immédiat, au détriment du long terme, de la sensibilité, de la complexité, de la poésie, de la foi, bref, de l’humain.

Autre problème, la conséquence sur le vivre ensemble l’international. En effet, Dieu, la religion, l’esprit ayant été abusivement évacués du domaine de la connaissance, le croyant qui se veut "raisonnable" n’a plus d’outil conceptuel, d’argument fort à opposer aux extrémistes et aux fanatiques religieux. Or ceux-ci ont au moins une bonne raison, une certaine légitimité à leur combat : le refus occidental de l’Esprit leur paraît inadmissible.

Et ce refus est inadmissible de fait, que l’on soit croyant ou non, car aucun scientifique n’a prouvé l’inexistence de l’Esprit ou de Dieu. Ni l’inverse, d’ailleurs ! En toute logique, toute société intellectuellement honnête doit admettre la cohabitation entre des visions du monde multiples, autant celles donnant un sens à l’univers que celles lui en refusant un.

De même, ceux qui croient en une dimension divine ou spirituelle de l’homme, et notamment les scientifiques croyants, doivent pouvoir œuvrer et travailler avec l’hypothèse que l’univers a un sens.

Autant de croyances que de croyants

Mais cette affirmation implique une contrepartie. En effet, le sens donné au monde par ceux qui pensent qu’il en a un diffère d’un croyant à l’autre. D’où un déséquilibre : d’un côté, les non croyants forment un groupe homogène ; de l’autre, leurs croyances sont presque aussi nombreuses qu’il y a de croyants.

Aussi, ces derniers, s’ils veulent pouvoir intervenir dans le débat et le fonctionnement publics, doivent s’élever pour concevoir un point de rencontre universel. Ils doivent se dépouiller de leurs dogmes particularistes, aller plus loin que leurs propres doctrines ou préjugés. Pour être légitimes dans le discours public, devient nécessaire une vision générale susceptible de rassembler tous les croyants autour d’une poignée de grands principes universels admis possiblement par tous, y compris par les non croyants, sans passer par le filtre de leurs particularismes (qu’ils peuvent en revanche conserver dans leur vie privée).

Les religions et les approches spirituelles et idéalistes, sont ainsi invitées à travailler plus pour le bien commun et les valeurs universelles, à relativiser les étiquettes et la défense de leur chapelle pour échanger avec tous sur un plan universel.

Récapitulons :

- A la science de reconnaître ses limites structurelles (elle ne pourra jamais dire le tout de la réalité, nous le savons aujourd’hui) et d’accepter que l'on puisse aussi travailler sur l'hypothèse d'un univers en partie "finalisé" (sans forcément parler d’un Dieu). Aux institutions de reconnaître que bien des réalités échappent encore à notre connaissance dite rationnelle (par exemple, le phénomène des guérisseurs) et de s’ouvrir en conséquence.

- Aux croyants de se hisser au delà de leurs dogmes particularistes, d’intégrer les découvertes scientifiques (amendables et perfectibles) et de s’unir autour de quelques grands principes que les non croyants pourraient reconnaître comme compatibles avec leurs connaissances.

Bref, que toutes les parties sachent voir au delà de leurs « savoirs », au delà de la croyance et de la non croyance, jusqu’à une réalité universelle, transcendantale, dans laquelle tous et chacun peuvent se retrouver.

Chacun est universellement unique

Chacun est unique et ne peut, ne doit pas se laisser résumer par une étiquette, aussi vraie et belle soit-elle. Fût-elle une révélation divine. Ne nous laissons impressionner ni par les théologiens ni par les savants ni par aucune autorité ! Chacun de nous est légitime pour répondre à la question du sens de l’existence, pour choisir sa vision du monde, pour dire si l’univers a un sens ou non.

D’où l’importance de s’épanouir en s’individualisant, de cultiver une soif personnelle de connaître et de développer son esprit critique. En effet, si on ne bâtit pas sa propre pensée, si l’on conserve une trop faible conviction personnelle, on peut facilement se laisser prendre par des discours trompeurs, qu’ils soient officiels, scientistes ou religieux.

De même, si l’on se restreint à un dogme traditionnel ou révélé, à une vérité "extérieure", on risque l’enfermement sur des voies tracées d’avance et déconnectées de la vie du présent.

D’ores et déjà, il y a une vérité qui pourrait tous nous rassembler, c’est qu’il faut à l’homme, pour s’épanouir au milieu des siens, après la satisfaction de ses besoins fondamentaux, la liberté, l’amour et la connaissance.

C’est sur ces trois valeurs que doivent désormais, à mon sens, porter tous nos efforts individuels et collectifs.

Une réflexion au sujet de « Comment faire cohabiter matérialisme et transcendance ? »

  1. Jacques Ducentre

    Comment faire cohabiter matérialisme et transcendance ?
    C’est simple…
    Il suffit de voir que la matière est une « vue » de l’Esprit !
    Et que la matière est donc soumise à l’Esprit..mais tous les esprits, malheureusement : esprits de contradiction, mauvais esprit, etc..
    Donc, il faut retrouver ses esprits..

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