Charles Taze Russell, millénariste et précurseur des Témoins de Jéhovah

Il y a cent ans mourrait Charles Taze Russell (1852- 1916), le dernier prophète millénariste du 19ème siècle. Après sa mort, son mouvement se scinda en de multiples groupes rivaux, dont l’Association internationale des Témoins de Jéhovah.

dericqPar Régis Dericquebourg, Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL/CNRS) ; Faculty for Comparative studies of Religion and Humanism (Antwerpen-Wilrijk).

Charles Taze Russell , dont on célèbre cette année le centième anniversaire de la mort, se situe dans la veine théologique impulsée par William Miller (1782-1829) qui avait annoncé le retour du Christ et l’avènement du millénium pour 1844 et continuées par des prédicateurs et par Ellen White (1827-1915), fondatrice des Adventistes du septième jour que Russell aurait fréquenté.

Russel

Charles Taze Russel. Huile sur toile, JL ML, 2016.

Dans les débuts de sa prédication, il eut pour associés quelques anciens Adventistes du septième Jour. En revisitant les Ecritures bibliques, il a élaboré une eschatologie originale qui consiste en une lutte des travailleurs contre le capital qui aboutit à une révolution mondiale qui se termine non pas politiquement mais spirituellement par le retour du Christ de manière invisible et sa domination pendant le millénium.

Russell a prédit plusieurs dates de l’avènement de la Parousie et a donc suscité des attentes vaines chez ses disciples réunis au sein de la Watchtower Tract and Bible Society. Après son décès (1916), son mouvement se scinda en de multiples groupes rivaux, le plus connu est l’Association internationale des Témoins de Jéhovah qui a abandonné certaines de ses vues et qui ne se réfère plus à ses écrits. Une myriade de mouvements russellistes dont les effectifs sont parfois très restreints continuent à étudier ses Ecrits. Toutefois, tous ces mouvements qui lui ont succédé perpétuent l’attente millénariste.

Une activité intense

On peut donc considérer que Russell a transmis le flambeau millénariste au 20ème siècle et maintenant au 21ème siècle, alors que d’autres mouvement du même type ont abandonné ou repoussé dans un avenir lointain l’attente de la restauration du Paradis originel sur la terre.

Photodrama_of_creationRussell a déployé une activité intense. Les Témoins de Jéhovah estiment qu’il aurait fait un million et demi de kilomètres pour répandre son message, pour fonder des congrégations ou pour visiter les congrégations existantes. Il fut un auteur prolifique (comme Ellen White). Il a écrit 5000 pages imprimées, il a prononcé trente mille sermons qu’il a publiés dans quatre mille journaux. Son œuvre principale : Les Etudes dans les Ecritures (en 6 volumes) ont été imprimés à 16 millions d’exemplaires.

Du point de vue sociologique, Russell correspond à la définition wébérienne du prophète. Son exemple prouve qu’il peut encore exister des prophétismes dans une société industrielle contrairement à ce que certains ont affirmé. Dans ses activités, Russell a géré son charisme de manière très rationnelle comme il avait géré brillamment ses affaires commerciales avant de se consacrer à sa mission. Il a utilisé les nouveautés techniques de son époque comme le cinéma naissant pour répandre son message (Le photodrame de la création).

La question de la réussite prophétique

D’autre part, la mission de Russell nous renvoie à la question de la réussite prophétique. Comment estimer s’il a réussi ou s’il a échoué sans tomber dans les jugements de valeur ? Et d’abord : qu’est que la réussite d’un prophète ? Certes, ses prédictions ont été des échecs mais en dépit de cela, ses disciples sont restés attachés à son message et à sa personne. Et il a fondé un mouvement qui comptait à son décès vingt cinq mille fidèles répartis en 1200 congrégations dans le monde sans que son message ait eu un impact historique.

Enfin, que représentait son message dans son contexte historique et social ? La réussite toute relative de la mission de Russell peut-elle s’expliquer par les thèses socio-sémantiques de De Certeau ou de Bourdieu selon lesquelles le prophète apporte les mots qui manquent aux gens à un moment de crise ?

En dehors de l’intérêt théologique et historique, Russell et le russellisme restent une mine d’interrogations et d’interprétations sociologiques.

R. D.

> Article et toile réalisés en préparation du colloque "Les témoins de Jéhovah : évolution du groupe, évolution de la recherche", 21-22 avril 2016 - Anvers.

 

Une réflexion au sujet de « Charles Taze Russell, millénariste et précurseur des Témoins de Jéhovah »

  1. Bernard BLANDRE

    Depuis 1985 j’ai démontré sur la base des textes de l’époque que Russell n’a jamais fréquenté les adventistes du 7° jour. Depuis mes travaux n’ont fait que confirmer cela. Et je le démontrerai à nouveau au colloque dans ma contribution sur Russell et ses premiers maîtres adventistes. Bon, je recommence : A l’origine, le système de Priestley contenait déjà l’essentiel des enseignements repris plus tard par Russell. Par l’intermédiaire de Grew, ce système de pensée s’est introduit dans l’adventisme. Russell a découvert l’adventisme par Wendell, qui n’était pas adventiste du septième jour mais chrétien-adventiste. Il a approfondi ses études bibliques avec le chrétien adventiste Stetson et Storrs qui avait fondé l’Union de la Vie et de l’Advent puis s’en était séparé pour enseigner ses lecteurs du « Bible Examiner ». La croyance à la restauration d’Israël en Palestine pendant le millénium a été réintroduite dans l’adventisme par Marsh et les adventistes de l’âge à venir. Russell s’est réintéressé aux calculs chronologiques au contact de l’adventiste Barbour qui n’a jamais été adventiste du septième jour.

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