Campagne anti-sectes : l´hypocrisie de la Miviludes et du secrétariat d´État à la famille

Pour protéger un modèle bourgeois et criminogène de la famille, Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), et Claude Greff, secrétaire d´Etat à la famille, tentent de faire peur aux Français en agitant le chiffon des « méchantes sectes  qui en veulent à nos enfants ». Quitte à inventer des risques de toutes pièces.

 


Mme Greff (secrétaire d´Etat à la famille) et M. Fenech (Miviludes),
lors du lancement de leur campagne de "sensibilisation".

Vos journaux évoquent sans aucun recul ni esprit critique la campagne d’effroi, appelée de « sensibilisation aux dérives sectaires », qui a commencé en cette mi-janvier 2012.

 

Quelque 10.000 affiches sont en ce moment placardées sur les murs des écoles, des services sociaux et même des crèches. Objectif : sensibiliser les parents aux dangers qui guettent leurs enfants. « Face au phénomène sectaire, parents soyez vigilants », peut-on lire sur les documents à fond bleu et violet. Les enfants sont présentés comme des  « proies faciles » courtisées par les "sectes".

 

Je ne vais pas ici tenter de démontrer la quasi inexistence de la menace. Toute personne éprise de connaissance et non dorlotée de préjugés lira avec profit mes articles dans cette rubrique « Du bon usage des sectes » sur ce blog.

 

Juste ceci, cependant  : la commission d’enquête parlementaire que M. Fenech en personne avait suscitée et dirigée, avait conclu, après avoir écouté attentivement tous les services compétents de l’Etat, à l’extrême rareté des cas problématiques. Une dizaine tout au plus, très officiellement. Cela n’empêche nullement Georges Fenech d’inventer une menace de 80 000 enfants en danger de « dérives sectaires » pour justifier sa campagne  ! Sur quelles bases précises et scientifiquement établies ces chiffres sont-ils calculés  ? Une question que se gardent bien de lui poser mes confrères…

 

Cliquer sur l´image pour voir la vidéo réalisée par Ethique et Liberté, une émanation de la scientologie,
à partir des enregistrements de la commission d´enquête parlementaire.

 

Tous en effet, abandonnant dans ce domaine l´usage de leur raison, hypnotisés par le regard ensorceleur et la faconde du gourou de la Miviludes, relaient son message de peur vers les familles. Ils confortent et commettent ainsi une énorme injustice envers les milliers de familles qui suivent une voie « différente », soit spirituelle, soit thérapeutique, soit écologique. Des familles qui n´ont pourtant jamais été, pour l´immense majorité d´entre elles, condamnées pour quoi que ce soit par la justice.

 

Ces familles-là, désormais taxées de l’étoile jaune du sectarisme, terrorisées tant par les services de l’Etat que par la presse irresponsable, sont rejetées de leur entourage, ou sont obligées de masquer leur pensée, voire de s’enfuir à l’étranger.

 

Cette atmosphère violente et arbitraire de discrimination contre des citoyens supposés habités de mauvaises intentions devient irrespirable pour beaucoup dans notre pays. Des citoyens qui ont pourtant, en théorie, les mêmes droits que les autres, mais à qui on dénie le droit de s´exprimer et d´expliquer leur position, de se défendre médiatiquement, etc. Des citoyens mis en apartheid. En France, pays des droits de l´homme. Et en 2012...

 

Mais ce qu’il me semble utile de souligner, c’est de pointer au nom de quoi cet apartheid est mis en place en France. Au nom de la sacro-sainte famille  ! Au nom de nos petits chéris à tête blonde qu’il faut préserver des grands méchants loups, etc.

 

Raisonnons un moment et sur des faits, cette fois-ci. Si, si, essayez, cela vous sera profitable  ! Rien qu’un moment.

 

Le terrible danger des familles

 

Combien de disparus, combien de viols, combien d’incestes, combien de femmes tuées par leur compagnon, combien de suicides, combien de maltraitances de personnes âgées, combien de morts pour recours à des thérapies non conventionnelles, chaque année en France dans les soi-disantes « sectes »  ?

 

Quelques unités de chacune des catégories évoquées, peut-être, à chaque fois médiatisées à grand renfort de déclarations outrées et virulentes.

 

Et combien, en comparaison, d´exactions commises dans les bonnes familles françaises qu’il faudrait pourtant « protéger à tous prix », y compris au prix du mensonge et de la discrimination  ? Exactions dont on fait pourtant bien peu de cas, alors que cela devrait être proclamé grande cause nationale...

 

Il faut le savoir, en France, hors milieu « sectaire », on enregistre  :

 

- 1 femme tuée tous les trois jours par son compagnon

- 80 000 violées/an

- 2 millions d’incestes

- 20 000 personnes âgées maltraitées/an

- 250 000 mineurs déclarés officiellement en danger/an

- > 30 000 meurent à cause des médicaments officiellement distribués/an

- 11 000 personnes se suicident/an, dont plus de 350 en lien avec leur travail

- 145 000 cancéreux meurent dans les bras de leurs médecins, etc.

 

C’est bien dans les familles que les drames se jouent, des drames bien réels (et non seulement "potentiels") avec des résultats concrets autrement plus dramatiques que ce qu’on peut voir dans les mouvements spirituels « différents ». Sans parler des « pervers narcissiques » et des ravages plus ou moins visibles causés par la boisson et le machisme ordinaire…

 

Les « sectes » sont un bouc émissaire bien commode pour éviter une réflexion en profondeur sur le statut, le rôle et le fonctionnement effectif de ces familles où sont manipulés à longueur de temps enfants, femmes, vieillards et « différents » (homosexualité, par exemple).

 

Ainsi, à l´inverse de ce que la bonne conscience généralisée s´autorise à penser, ne serait-ce pas criminel de vouloir à tout prix retenir dans ces familles mortifères les personnes qui trouvent dans un autre mode de vie une soupape pour décompresser et se faire entendre, pour  affirmer sa "différence" sans avoir à se justifier, sans être objet de violence plus ou moins manifeste, et enfin respirer  ?

 

Il serait temps de repenser les conditions de l’exercice familial. Sous peine de voir perdurer ces pratiques délétères et trop souvent mortelles, il faut désacraliser la famille (dans le sens de démythifier la fausse sacralité de la famille), voir comment l´inciter à se rendre enfin « éthique » et citoyenne. On ne peut plus la laisser fonctionner sans intervenir, en arguant d´une liberté qui risquerait alors de ne plus être, pour beaucoup de cellules, qu’une liberté de mal faire et de faire souffrir…

 

>> Encore une fois, je précise que la veille contre les dérives me paraît entièrement justifiée. Mais qu´elle doit s´exercer contre toutes les dérives et dans tous les milieux, pas seulement, comme aujourd´hui, dans certains milieux (mouvements spirituels et thérapeutiques) et domaines (santé et alimentation différentes", écologie) qui gênent les pouvoirs en place et les conceptions "normées"...

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