Bénin : une journée type de journalistes

Le Bénin aime la presse. Au mois de juin 2010, malgré un manque criant de moyens, pas moins d’une cinquantaine de journaux avait existence légale, selon la Haute autorité l’audiovisuel et de la communication (Haac), l’instance de régulation de la presse écrite et audiovisuelle dans ce pays. Eclairages.


Un kiosque à journaux à Cotonou.

A la fin du mois de novembre 2010, nous sommes sur l’une des plages de la ville de Cotonou au Bénin. En cet début d’après-midi, cette plage sert de cadre au meeting politique d’un des candidats en lice pour le scrutin présidentiel prévu pour mars 2011 dans le pays. Plusieurs télévisions, radios et télévisions sont mobilisés pour la circonstance.

 

Parmi les journalistes, Joël Tokponou représente le journal Le Progrès. Il s’agit d’un quotidien d’informations générales. Calepin et stylo en main, il prend les différentes notes qui lui seront nécessaires pour élaborer son papier de presse.

 

Prévu pour treize heures, le meeting ne commence que deux plus tard, une pratique bien courue. « L’heure béninoise », comme on le dit communément.

 

Au fil des années, il s’est « adapté » comme il le dit. Il est arrivé sur le terrain sur sa moto personnelle. Ces confrères des médias publics sont quant à eux, venus avec les voitures du service. Le meeting s’achève au début de la soirée. Joël nous explique qu’il assure la fonction de chef d’édition au Progrès depuis juillet 2009  : « J’assure la coordination technique du journal, le  tracée de la maquette et la correction des articles. A part cela, j’anime surtout la page politique, même s’il m’arrive de faire des articles dans d’autres rubriques ». Et d’ajouter  : « Avec ma fonction, je ne pars du journal qu’au mieux sous les coups de 2h du matin ».

 

Depuis cinq ans, il a fait son entrée au sein de la rédaction du journal. Auparavant, il avait fait ses premiers pas au sein des médias de la presse universitaire dès 2003. Cette dernière comprend Radio Univers et le journal Le Révélateur, tous deux situés sur le campus de l’université d’Abomey-Calavi (Uac). Journaliste à plein temps, au-delà de la passion qu’il a pour son travail, il met surtout en avant le problème du paiement régulier des salaires qui constitue le talon d’Achille de la presse écrite privée au Bénin. Malgré cela, « j’estime que le matériel de travail dont nous disposons au journal est satisfaisant », soulignera-t-il.

 

Animatrice et journaliste

 

Toujours à Cotonou, mais dans un autre lieu, se tient une manifestation culturelle destinée à faire la promotion d’un festival scolaire de théâtre. L’une des personnes qui l’anime est Rosine Kédédji  : « Si je me mets dans la peau de l’impresario comme c’est le cas ici, c’est parce que j’aspire un jour à faire des émissions à la télévision. C’est en quelque sorte un tremplin pour moi ».

 

Mis à part, cette corde qu’elle a son arc, elle a fait ses premières armes dés 2006, également, au sein de la presse universitaire béninoise et ce en tant que journaliste stagiaire. « J’ai présentée des émissions et animée des rubriques d’autres émissions à la radio jusqu’en 2010 ». En juillet 2009, elle a fait son entrée au “Magazine Plurielles“, un bimestriel gratuit d’informations culturelles. Elle y tient le rôle de secrétaire de rédaction. Son magazine est une publication des Editions Plurielles et de l’Agence Cadence Culture. « Nous avons décidé d’arrêter dans le courant  de l’année 2010, la parution du magazine, car nous avons décidé de donner la priorité à l’édition de livres, qui est d’ailleurs l’activité première des Editions Plurielles. Mais nous mettons à profit cette période, pour faire un relookage complet du magazine qui paraitra de nouveau en 2011.» Rosine Kédédji,  qui anime la page culture du “Magazine Plurielles“, collabore aussi avec d’autres journaux béninois.


> Par Bernado Houenoussi, rédacteur en chef du Mutateur (Bénin).

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 


Théophile Nata, président
de la Haac.

 La Haac  : elle concerne aussi bien l’audiovisuel que la presse écrite. C’est une institution de la république béninoise, et  c’est l’équivalent de la Csa en France. Au sujet des sites internet, il y a un vide juridique. La législation béninoise  n’a pas encore pris en compte cette nouvelle donne, au niveau des textes régissant les médias audiovisuels et la presse écrite.

 

- L´observatoire de déontologie : c’est une instance que les journalistes ont créée pour l’autorégulation au sein de l’ensemble de l’espace médiatique béninois. Ses avis sont rendus publiquement et les médias audiovisuels et autres journaux qui seraient mis en cause sont tenus de les publier. Ces sanctions sont d’ordre seulement symbolique, car elles ne sont pas coercitives. Au contraire de la Haac. L’observatoire peut être saisi dans un délai de trois mois, à compter de la date de publication de l’article ou de diffusion de l’émission, par toute personne physique ou morale se sentant lésé, dans son droit à l’information, ou se sentant victime d’une atteinte à sa vie privée ou d’injures ou encore de diffamation. Il peut s’autosaisir pour encourager ou dénoncer et sanctionner ou faire sanctionner tout acte posé par un organe de presse ou un professionnel des médias dans l’exercice de ses fonctions.

- Sur les 53 quotidiens, (un nombre datant du mois de juin dernier), seulement une poignée à une envergure nationale. Il y a par exemple, La Nation, le journal du service public, et deux ou trois journaux appartenant à des privées. Le reste, bien que s’étant déclaré officiellement comme des quotidiens, paraissent pour la plupart trois fois par semaine.  : les lundis, mercredis et vendredis.

- Qui peut être journaliste ? Au Bénin, est journaliste toute personne qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l’exercice de cette profession, dans un ou plusieurs agences de presse, dans une ou plusieurs publications quotidiennes ou périodiques, ou dans une ou plusieurs entreprises de presse audiovisuelle et qui en tire le principal de ses revenus.  Pour être journaliste, il faut être  :
- soit diplômé d’une institution supérieure ou centre de formation professionnelle dispensant une formation en journalisme, et à la condition que ces institutions ou centres soient reconnus par l’Etat, ou bien  :
- être titulaire d’un diplôme de 3ème cycle, ou de maitrise, de licence, de premier cycle universitaire (Bac+2), du baccalauréat etc. Mais en plus de l’un de ces diplômes, il faut pouvoir justifier d’un nombre minimum de mois de stage, d’une part dans l’organe de presse, et aussi d’un nombre minimum de pratique professionnelle.

Tout journaliste doit être détenteur de la carte de presse que seul la Haac est autorisée à délivrer. Mais cette disposition n’est pas respectée. Et c’est pourquoi, chaque organe de presse ou média audiovisuel délivre à son journaliste une carte professionnelle. L’actuelle mandature de la Haac ambitionne de délivrer une carte de presse à tous ceux qui exercent régulièrement la profession de journaliste, afin d’assainir la corporation.

 

- Le Bénin dispose d’une école spécialisée en journalisme et reconnue par l’Etat depuis un peu plus d’un an. La grande majorité des journalistes se sont formés sur le tas, dans les rédactions qu’ils ont intégrées.

 

La vie du journaliste béninois est compliquée. Le marché publicitaire est exigu et ne dépasse par le cadre de la ville de Cotonou, la capitale économique. La survie des organes de presse est plus que périlleuse. Un constat que vient renforcer le nombre élevé de journaux pour une population estimée à environ huit millions. L’Etat béninois accorde une aide annuelle de 533 000 euros à la presse. Une aide que gère la Haac.

 

 

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