Enquête Liberté de pensée

16 – Du positif dans la chasse aux sorcières «antisecte» à la française

Bien que discriminatoire et mensongère, la française « chasse aux sectes » comporte certains aspects positifs : une saine alerte sur les dérives possibles de l’influence psychologique et une « bonification » dans le temps des groupes stigmatisés.

Fin 2013, l'Ecole nationale de la magistrature a consacré un numéro spécial sur la situation française.

Fin 2013, l'Ecole nationale de la magistrature a consacré un numéro spécial sur la situation française.

Un point que les groupes mis au pilori et les avocats de la liberté de conscience ne soulèvent pas, c’est l’aspect innovant et positif pour la société que constitue la question des effets potentiellement délétères de l’influence psychologique, baptisée « manipulation » ou « emprise » mentale par les « antisectes ». Il est vrai que, sur ce point, la politique française est originale (quasi unique au monde, si l’on excepte la Chine et quelques petits pays qui tentent de suivre son modèle).

Qu’un gouvernement investisse autant dans ce domaine est le signe d’une conscience des risques que peut faire courir sur le libre arbitre des gens une conviction fortement affirmée et d’une attention à la fragilité des plus faibles. On ne peut que se louer de voir cette préoccupation traduite en actes, en France, par la mise en place de lois, de dispositifs de vigilance et de structures administratives.

De graves dérives

Malheureusement, cette politique est grevée de très gros défauts :

- Au lieu de couvrir tout le champ sociétal, ce qui la légitimerait aux yeux de tous, cette vigilance est strictement limitée aux minorités spirituelles et aux médecines douces (accusées d’être des portes d’entrée pour les « sectes »). Les abus de pouvoir psychologique existant dans les entreprises, les partis, les institutions, les familles, qui font chaque années des milliers de victimes bien réelles (suicides en entreprise, femmes battues à mort, enfants violés, etc.), n’entrent pas dans son champ d’application.

Et les « dérives sectaires » liées à l’islam en sont exclues, on se doute pourquoi.

- La question du vrai et de faux est rarement posée. En outre, elle est tranchée par des personnes et des institutions non neutres, qui ont intérêt à "criminaliser" des pensées/convictions dérangeantes. Les acteurs de cette vigilance/répression n’hésitent d'ailleurs pas à mentir, notamment pour faire croire à un nombre incommensurable de « victimes » des " sectes ".

Sondage MiviludesLa Miviludes se paie elle-même un sondage pour gonfler la "menace sectaire" et affirmer qu'elle est une "réalité concrète" pour un Français sur cinq :  "Plus de 20 %, soit 1 sur 5 (près de 13 millions de personnes) connaîtrait dans son entourage une ou plusieurs personnes qui ont été victimes de dérives sectaires". Facile d'arriver à ce chiffre quand on sait ce que la Miviludes désigne sous ce vocable, le recours à une médecine douce, par exemple.

G. Fenech, son ancien président, proclamait, malgré les démentis sous serment de l’administration, que plusieurs dizaines de milliers d’enfants sont en danger dans les " sectes " dans notre pays. Les antisectes aiment aussi évoquer l'« entrisme » sectaire dans les institutions ou les hôpitaux, etc., simplement parce qu'un scientologue a serré la main d'un président de la République, ou parce que telle ou telle médecine non conventionnelle est testée dans un hôpital...

La principale "association" antisecte est en fait une officine financée, non par les familles ou les victimes de "sectes", mais par... l'Etat.

La principale "association" antisecte est en fait une officine financée quasi exclusivement mais par... l'Etat. Dessin : David Miege.

Le journaliste Antoine Guélaud (TF1) invente un "carnet intime" accusateur d'une malade pour  justifier sa haine et provoquer l'indignation.

Par ailleurs, vu le nombre et l’audience des associations « antisectes » (Unadfi, CCMM, Fecris, etc.), on pourrait croire qu'elles regroupent une imposante masse de plaignants.

Détrompez-vous : elles comportent très peu de « victimes » de sectes et sont financées, non par des cotisations de membres, mais directement par l’Etat.

Le refus de tout débat public

- La continuité de cette politique n’est possible que parce que la presse, dans son immense majorité, reprend ses propos comme paroles d’évangile, sans jamais vérifier ses affirmations ni s’interroger sur ses méthodes. Ainsi, un militant « antisecte » est d’abord reconnaissable à son refus de tout débat public, à toute contradiction exprimée publiquement face à lui. Ou alors, avec la garantie que le média organisateur du débat sera de son côté.

C’est ainsi, par exemple, que La Chaîne Parlementaire (LCP) a conclu une convention avec la Miviludes, ce qui lui assure que tout reportage, enquête ou controverse sera favorable à sa politique stigmatisante.

LCP Miv

Alors que, dans la tradition démocratique, la presse se doit d'être le "poli à gratter" du pouvoir, LCP s'acoquine avec la Miviludes pour favoriser clairement la "répression" des minorités spirituelles. Un manque d'éthique qui ne choque personne...

- Elle agite sans cesse l’épouvantail des suicides collectifs pour geler indument la réflexion par la peur dès que l’on parle d’un groupe « différent », alors que le principal drame évoqué (les morts du Temple solaire) n’a toujours pas été élucidé, alors que l’on ne sait toujours pas s’il s’était agi d’un suicide collectif ou d’un massacre…

Ce que les « antisectes » ne voient pas, c’est que leurs modes d’action irrespectueux du droit et de l’éthique ne peuvent que les desservir. Ce n’est pas en trichant qu’on défend une bonne cause. Or c’est tricher que de dénoncer arbitrairement, de mentir effrontément, d’effrayer sans chercher à comprendre et surtout de fuir toute confrontation publique avec “l’adversaire” ou son avocat.

Cela ne peut que se retourner contre eux, logiquement, à plus ou moins long terme. Précisément parce que le droit finit toujours par s’affirmer, même s’il faut sortir des frontières pour le faire reconnaître. La France est, avec la Turquie, une des plus mauvaises élèves des justiciables de la Cour européenne des droits de l’homme ! Il serait peut-être temps qu’elle fasse son examen de conscience…

Limiter les effets de l’exaltation excessive

Mais tout n’est pas négatif pour les groupes dans cette chasse aux sorcières à la gauloise. En effet, elle a certainement permis de limiter les effets de l’exaltation excessive (la fameuse schwärmerei dénoncée par Kant) qui s’empare parfois des néophytes au contact de l’Absolu ou du divin.

Elle calme les prétentions à détenir LA vérité en obligeant ceux qui croient la posséder à tenter de le prouver par leurs actes et leurs comportements. Elle contraint à un approfondissement des fondamentaux du groupe pour mieux déterminer les attitudes à tenir en rapport avec la société, quitte à réviser certaines d’entre elles, etc.

Les membres de ces groupes sont ainsi incités à intérioriser leurs croyances, à ne plus se contenter de les proclamer et de les répandre. Ils doivent s’efforcer de les rendre plus humaines, plus personnelles, plus réalistes. Ils sont contraints à moins d’affichage et à plus de pratique. Et parfois à s’unir pour défendre la liberté de conscience.

A ce sujet, il faut reconnaître que leur volonté d’union et de collaboration est bien faible, à l’instar de ce qui se passe entre les différentes religions reconnues. La spécialité française d’inquisition aurait fait long feu si les principaux mouvements avaient voulu réagir ensemble aux agressions dont ils sont régulièrement victimes. Mais la peur des “sectes” est telle qu’aucun mouvement, si ce n’est par le biais de certains de leurs représentants (protestants, scientologues), ne veut officiellement porter secours à un autre mouvement vilipendé.

La secte, le diable, même chez les minorités, c’est encore et toujours l’autre.

Il faut dire aussi que le vocable “secte” est affecté tant à de toutes petites structures comptant quelques individus qu’à d’énormes groupes internationaux, à des mouvements spirituels, philosophiques ou thérapeutiques très variés qui n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres… et qui se trouvent tout surpris d’être un jour amalgamés avec les grandes “sectes” classiques qui faisaient la quasi unanimité contre elles !

Enfin, autre intérêt de cette paranoïa française vis-à-vis des mouvements spirituels, c'est l'incitation qui en résulte, pour eux, pour espérer une certaine reconnaissance sociale, de rechercher des voies et des moyens qui soient compréhensibles et acceptables par tous. Ou, du moins, par le plus grand nombre. Une sorte d'invitation à s'élever à plus d'universalité...

Qui désinforme le plus ?

Bref, en raison des campagnes récurrentes des « antisectes », les minorités spirituelles sont incitées à se bonifier. En France, elles sont exceptionnellement calmes, malgré les attaques qu’elles subissent continuellement : pas de bombes, pas de manifestations, pas de destructions de locaux de préfecture, etc.

Pour protester, les plus fortunées d’entre elles utilisent les seules armes restant à leur disposition : le recours en justice et Internet, les médias leur étant systématiquement fermés. C’est alors qu’elles sont accusées de harcèlement judiciaire, de propagande et de désinformation.

Mais qui désinforme le plus ? Celui qui expose ses convictions et proteste des injustices commises à son égard ou celui qui accuse et dénigre en refusant toute confrontation avec ses « cibles » ?

Les petites minorités ou les minorités sans moyen, elles, se terrent en attendant que l’orage passe ; mais il est toujours là, après des décennies. Et les personnes ou les groupes les plus inconscients exercent au grand jour jusqu’à ce qu’ils soient désignés comme suspects par des sycophantes professionnels (comme l’Unadfi). Du jour au lendemain, ils sont alors mis au ban de la société sans pouvoir s’expliquer.

De même, beaucoup de thérapeutes "différents" apprennent la prudence dans leur offre de soins. Ils sont moins nombreux à promettre de tout guérir et à s'opposer à la médecine conventionnelle. Ils sont de plus en plus nombreux à reconnaître les limites de leur art, préparant le terrain pour une future intégration dans le système de santé.

Tentative d'étouffement des contestataires

Certes, la paix sociale y gagne, mais au prix de l’étouffement des contestataires, avec la bénédiction des médias et du public manipulé. Au prix de la mise sous le boisseau d’idées nouvelles qui pourraient être pourtant d’un grand bénéfice pour la société.

Mais la chape de plomb que la France tente de plaquer sur certaines de ses forces vives, malgré tous ses efforts, est pleine de fissures. Les médecines douces, par exemple, malgré le dénigrement, les alertes et les mises en garde des « antisectes », ne cessent de se répandre.

Qu’elle le veuille ou non, beaucoup de Français finissent par accueillir les idées des contestataires dont on tente d'étouffer la voix. Leur méfiance croissante envers les vaccinations en est un clair exemple.

Peu à peu, s'ils savent garder l'esprit ouvert, ils s’éveillent aussi aux valeurs que leur gouvernement, leurs institutions et leurs médias, dirigés par des élites vieillissantes et souvent bornées, s'efforcent vainement d'occulter. Valeurs que portent ceux que l’on appelle les « créatifs culturels » :

- L’ouverture aux valeurs féminines (place des femmes dans la sphère publique, question de la violence faite aux femmes...)

- L’intégration des valeurs écologiques et du développement durable (avec un intérêt pour l'alimentation biologique et les méthodes "naturelles" de santé)

- L’implication sociétale (implication individuelle et solidaire dans la société)

- Le développement personnel (avec une dimension spirituelle, et un intérêt pour les nouvelles formes de spiritualité, l’idée étant : "Connais toi toi-même si tu veux agir sur le monde").

> NB : Le mot "antisecte" ne désigne pas dans notre bouche les personnes ou organismes qui luttent réellement contre les abus de faiblesse psychologique ou l'emprise mentale, mais les personnes ou organismes qui font de la chasse aux minorités spirituelles et des médecines douces leur fond de commerce et interviennent au mépris de l'éthique démocratique.

> A suivre :

17 - Pour un "marché" libre des cultes et des convictions

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